Par Abdelhakim Yamani
Dans ces prochains derniers jours de décembre 2024, l’Algérie devrait dévoiler ce qui devrait être sa dernière performance géopolitique : le lancement de la production de 1,3 milliard de mètres cubes d’eau dessalée. Un projet aussi monumental dans son annonce que dérisoire dans sa probable réalisation, incarnant à merveille la sophistication du mensonge d’État algérien.
Le président Abdelmadjid Tebboune, maître ès art de la communication mystificatrice, avait initialement promis cette prouesse hydraulique lors de son discours du 5 juillet 2023 à Boumerdès. Avec Tebboune, chaque allocution, chaque intervention médiatique devient une nouvelle occasion de lancer une promesse, de présenter un « projet-mythe » national que la presse complaisante convertira en récit épique, où la réalité importe moins que la narration.
En août 2024, lors d’un meeting à Oran, Tebboune franchit un nouveau sommet de l’hubris politique en déclarant, devant une foule acquise ou résignée, que l’Algérie est désormais la troisième économie mondiale. Cette affirmation, aussi audacieuse qu’absurde, devient elle-même un marqueur de cette réalité alternative que le régime algérien s’évertue à construire.
La rhétorique présidentielle ne connaît pas de limites, pas même dans le domaine sanitaire. En janvier 2022, reconnaissant timidement les insuffisances du système de santé, Tebboune persiste néanmoins à le qualifier de « meilleur en Afrique ». Déjà en juin 2020, il avait proclamé que ce même système de santé était « le meilleur au Maghreb et en Afrique », démontrant une constance remarquable dans l’art de la mystification.
À la tribune des Nations Unies, lors de la 78ème assemblée générale, Tebboune avait réitéré son engagement avec cette assurance qui caractérise les déclarations déconnectées du pouvoir algérien. Produire 1,3 milliard de mètres cubes d’eau dessalée devient moins un objectif technique qu’un acte de souveraineté narrative, une manière de réinventer la géographie et les possibles du pays.
L’ironie réside dans la mécanique même de ces annonces. Les stations de dessalement, ces cathédrales modernes censées transformer l’eau salée en ressource vitale, deviennent des monuments à la gloire d’une puissance plus imaginaire que réelle. Chaque mètre cube promis est une pierre ajoutée à l’édifice d’une Algérie fantasmée, une Algérie toute-puissante qui prétend dominer les défis et transcender les limitations géographiques.
Les experts, les observateurs internationaux ont beau pointer l’impossibilité technique d’un tel volume, souligner les défis technologiques et économiques, leur voix se perd dans le désert de la communication présidentielle. La faisabilité importe peu ; seul compte le récit, la capacité à projeter une image de puissance et de maîtrise.
Cette stratégie de communication devient ainsi le parfait symbole de l’Algérie contemporaine : un pays qui se définit plus par ce qu’il prétend être que par ce qu’il est effectivement. Un territoire où la fiction gouvernementale s’étend comme un mirage, où chaque annonce est une tentative de réinventer le réel, de le plier aux désirs d’une narration nationale aussi vaste et insaisissable que le Sahara.
Qu’adviendra-t-il réellement de ces 1,3 milliard de mètres cubes promis ? Probablement rien, ou si peu. Qu’adviendra-t-il de cette prétendue troisième économie mondiale ? Certainement pas ce qui a été annoncé. Mais l’essentiel n’est pas dans la réalisation, il est dans l’acte même de promettre, dans cette capacité à suspendre collectivement l’incrédulité, à faire exister un projet par sa seule énonciation.
L’eau promise ne coulera peut-être jamais, mais le récit, lui, coulera à flots.








