Gaza : le Maroc officialise sa participation à l’ISF
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I. Les faits
Le 15 juillet 2026, au siège de l’Administration de la Défense nationale à Rabat, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita et le ministre délégué chargé de la Défense nationale Abdeltif Loudyi ont signé, avec Nickolay Mladenov, Haut Représentant du Conseil de paix pour Gaza, l’accord définissant le cadre juridique, technique et opérationnel de la participation marocaine à l’ISF.
Cette participation se décline en trois volets distincts — et ne comprend pas de mandat d’opérations de police marocaines sur le terrain gazaoui, une confusion fréquente qu’il convient de lever. Commandement : des officiers supérieurs des FAR intègrent l’état-major conjoint de l’ISF. Formation : des cadres de la Gendarmerie royale et de la DGSN sont chargés d’encadrer et de former les futurs effectifs de la police gazaouie, non de mener eux-mêmes des opérations de sécurité auprès de la population civile. Assistance médicale : un hôpital militaire de campagne apportera une aide médicale et hospitalière directe à la population de Gaza. Le Maroc figure parmi les pays fondateurs du Conseil de paix depuis janvier 2026 ; il serait le premier d’entre eux à déployer effectivement des moyens sur le terrain, avec une zone pilote humanitaire envisagée près de Rafah. Aucun calendrier n’a été fixé : l’accord SOFA encadrant la présence de forces étrangères sur le sol israélien reste à signer, et peu d’avancées sont attendues avant les élections israéliennes d’octobre.
II. La communication officielle
Lors de la cérémonie, Nasser Bourita a inscrit la signature dans la continuité de l’action du Roi Mohammed VI, président du Comité Al-Qods depuis 1999 : « La Vision Royale a toujours été cohérente », a-t-il déclaré, évoquant des contributions « tangibles et pragmatiques » sans rupture avec les positions de principe du Royaume. Le ministre a rappelé le corridor terrestre humanitaire vers Gaza que le Maroc dit avoir été seul à négocier et utiliser, ainsi que l’action continue de l’Agence Bayt Mal Al-Qods à Jérusalem-Est. Il a réaffirmé la position marocaine en faveur d’un État palestinien dans les frontières de 1967, capitale Jérusalem-Est.
III. La contestation interne
Le Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation a rejeté publiquement cette participation, y voyant un service rendu aux « projets sionistes et américains » et une contradiction avec la position populaire marocaine sur la cause palestinienne. Cette critique s’inscrit dans un mouvement plus large : des officiers marocains sont présents depuis juin 2026 dans une structure de commandement de l’ISF basée en Israël, ce que plusieurs organisations anti-normalisation dénoncent depuis plusieurs mois comme une légitimation d’un ordre sécuritaire construit avec l’appui israélo-américain.
IV. Une double antériorité
Cette participation s’inscrit dans une double antériorité. D’une part, plus de soixante ans d’engagement marocain dans les opérations de maintien de la paix, depuis l’ONUC au Congo (1960) jusqu’aux déploiements actuels en RDC, en Centrafrique et au Soudan du Sud. D’autre part, et de façon plus structurante, la présidence marocaine du Comité Al-Qods de l’Organisation de la Coopération islamique, confiée à Hassan II le 12 mai 1979 puis, depuis 1999, à Mohammed VI.
V. La doctrine du Comité Al-Qods
Ce mandat structure, depuis près d’un demi-siècle, une doctrine constante à quatre volets : soutien politique à la solution à deux États ; action humanitaire permanente à Jérusalem-Est, portée par l’Agence Bayt Mal Al-Qods (écoles, hôpitaux, bourses, prise en charge des orphelins maqdessis) ; protection du statut des lieux saints ; et participation aux mécanismes internationaux dès lors qu’ils concourent à la stabilisation des populations palestiniennes. Lue à travers cette grille, la participation à l’ISF ne mobilise pas un registre nouveau : elle applique ce registre constant à un nouvel instrument — de la diplomatie et de l’assistance humanitaire vers une contribution opérationnelle et sécuritaire.
Changement de doctrine ou évolution opérationnelle ? Pour l’IGH, les éléments documentés à ce stade orientent vers la seconde lecture : non un changement de doctrine, mais l’évolution opérationnelle d’une doctrine ancienne combinant engagement diplomatique, assistance humanitaire et stabilisation internationale. Cette lecture demeure une hypothèse de travail — elle sera confrontée systématiquement à la lecture concurrente exposée en section III dans la Note d’Orientation Stratégique de l’IGH à paraître.
Signal à suivre
Signature de l’accord SOFA Maroc-Israël (prérequis au déploiement) ; élections israéliennes d’octobre 2026, présentées par des sources arabes comme un point de blocage ; activation effective de la zone pilote de Rafah.
Conclusion
L’accord du 15 juillet fixe un cadre juridique sans engager, à ce stade, de déploiement effectif. Sur le fond, l’IGH lit cette participation comme l’évolution opérationnelle d’une doctrine ancienne plutôt que comme une rupture — une hypothèse que la Note d’Orientation Stratégique à paraître confrontera systématiquement aux lectures concurrentes, notamment celle portée par les mouvements anti-normalisation.







