En quelques mois, le Sahel a changé de visage institutionnel. Une force militaire commune s’est mise en place entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Un partenariat sécuritaire s’est noué entre cette alliance et la Russie. Washington, de son côté, a multiplié les contacts avec le Maroc et l’Algérie. Et le 10 juillet, Bamako et Alger ont renoué leurs relations diplomatiques. Pris séparément, ces événements semblent disparates. Ensemble, ils dessinent une région en pleine recomposition — et posent une question directe au Maroc : quel rôle y jouer ?
Une architecture qui se solidifie
Le 20 décembre 2025, l’Alliance des États du Sahel (AES) a officiellement lancé sa Force unifiée, avec l’ambition de porter ses effectifs à 15 000 hommes. Sept mois plus tard, le 8 juillet 2026 à Niamey, l’AES et la Russie ont signé un mémorandum instituant un cadre permanent de consultation diplomatique et sécuritaire — leur deuxième rencontre de ce type en un peu plus d’un an. Ce qui relevait, il y a encore dix-huit mois, d’une coopération informelle prend désormais la forme de textes signés et de calendriers pluriannuels.
Washington revoit aussi sa carte régionale
Ce mouvement n’est pas propre à l’axe sahélo-russe. Le printemps 2026 a vu se multiplier les échanges militaires américains dans la région : signature d’une feuille de route de défense avec le Maroc courant sur la décennie 2026-2036, visite du commandant d’AFRICOM à Alger fin avril, puis nouvel entretien avec l’état-major algérien en juin, en marge d’une conférence panafricaine à Luanda. Interrogé par le Congrès en mai, le commandant d’AFRICOM a lui-même expliqué que la perte d’accès aux bases aériennes nigériennes, consécutive au retrait des troupes américaines du Niger, avait pesé sur les capacités de surveillance et de renseignement des États-Unis dans la région — une explication qui éclaire, plus qu’une lecture de coïncidence, cette densification simultanée des contacts avec Rabat et Alger.
Lecture IGH — aucun de ces mouvements, pris isolément, ne suffit à conclure. C’est leur convergence qui importe : la sécurité régionale s’organise désormais autour de mécanismes permanents plutôt que d’arrangements ponctuels, sans qu’aucun acteur extérieur n’affiche une position d’exclusivité.
Pour aller plus loin
L’Institut a produit une note stratégique complète sur cette recomposition — « Le Sahel en recomposition : quel rôle stratégique pour le Maroc ? » (17 pages) — couvrant la cartographie des signaux régionaux, la réorganisation du dispositif américain, les implications pour les équilibres régionaux, le rôle stratégique du Maroc et une réactualisation doctrinale de la proposition SIMBA. Cette note, à diffusion restreinte, est réservée aux partenaires institutionnels de l’Institut.
Le Maroc, une offre différente
Dans ce paysage, le Maroc occupe une position particulière : il n’est membre ni de l’AES ni d’aucun des mécanismes qui la lient à ses partenaires extérieurs. Depuis l’Initiative royale de novembre 2023 pour l’accès des pays sahéliens à l’Atlantique, le Royaume a construit un registre différent — formation d’officiers, médiation, corridors économiques, dont le projet de gazoduc avec le Nigeria constitue la pièce la plus avancée. Ce n’est pas un registre concurrent de la coordination sécuritaire sahélienne : c’est une offre de connectivité et de stabilité, sur un terrain que les nouvelles architectures régionales n’occupent pas.
Ce qu’il faut surveiller
- la montée en puissance effective de la Force unifiée de l’AES vers son objectif de 15 000 hommes ;
- la mise en œuvre concrète du partenariat AES-Russie sur la période 2026-2027 ;
- l’évolution du rapprochement diplomatique entre Bamako et Alger, annoncé le 10 juillet.
Sources
Afrik.com, 22 décembre 2025 · Communiqué conjoint des consultations AES-Russie, Niamey, 8 juillet 2026 · U.S. Africa Command, 28 avril 2026 · Eurasia Review, 10 juin 2026 · Communiqué du Gouvernement de la Transition du Mali, 10 juillet 2026 · Médias24, 16 avril 2026.









