Tunisie : Kaïs Saïed hospitalisé après un incident cardiaque, la question de sa succession refait surface
Le président tunisien Kaïs Saïed aurait été hospitalisé en urgence à l’hôpital militaire de Tunis à la suite d’un incident cardiaque ayant nécessité une intervention chirurgicale, selon des informations obtenues par le média italien Il Foglio et maintenues sous un strict secret par les autorités. Cette annonce, non confirmée officiellement à ce stade, relance les spéculations sur une éventuelle succession à la tête de l’État, dans un contexte où le président a méthodiquement éliminé toute opposition crédible depuis son arrivée au pouvoir.
La dégradation prêtée à l’état de santé du chef de l’État intervient dans un paysage politique que Kaïs Saïed a lui-même façonné à son avantage. Les vagues d’arrestations visant des opposants, journalistes, activistes et syndicalistes ont progressivement vidé la société civile tunisienne de tout contre-pouvoir structuré, laissant un vide institutionnel béant en cas de vacance du pouvoir. Des figures de l’opposition installées en Europe chercheraient, selon Il Foglio, à identifier depuis plusieurs mois des candidats alternatifs capables de fédérer.
Dans ce vide, un nom revient avec insistance : celui de Kamel Ghribi, homme d’affaires originaire de Sfax, président du groupe de conseil GKSD Holding, vice-président du Gruppo San Donato et fondateur du think tank Ecam. Ghribi cultive une posture de candidat potentiel sans jamais l’assumer frontalement : sur Instagram, il a récemment affirmé que « personne ne [l]’empêchera d’exercer [ses] droits de citoyen tunisien » lors d’une future élection — une formule prudente, lue comme une confirmation d’intérêt pour la fonction présidentielle. L’homme d’affaires accorde peu d’interviews et préfère maîtriser sa communication via Instagram et les dépêches de l’agence italienne Italpress.
C’est précisément ce lien avec Italpress qui a produit, ces dernières semaines, un incident révélateur des tensions entourant la succession. Dirigée par Gaspare Borsellino, l’agence — après avoir signé un accord de coopération avec Ecam — a engagé des négociations avancées avec l’agence officielle tunisienne TAP, dont le directeur est nommé par la présidence. Ces négociations auraient échoué, la proximité de Borsellino avec Ghribi étant perçue par les autorités comme un vecteur de visibilité pour un rival politique de Saïed. La tentative d’Italpress d’ouvrir un bureau permanent à Tunis a, de fait, été rejetée.
Contacté par Il Foglio, Borsellino a contesté cette lecture, affirmant disposer de « tous les documents signés avec la TAP, en pleine conformité avec les règles, avec le concours de l’ambassade d’Italie ». L’ambassade a toutefois précisé ne « parrainer aucun accord entre agences de presse » — une contradiction non résolue à ce stade sur la réalité et le statut de l’accord.
Au-delà de l’épisode médiatique, cette séquence éclaire un problème structurel plus large. Le système présidentiel tunisien, issu du suffrage universel direct depuis la Constitution de 2022, suppose pour fonctionner légitimement l’existence d’un paysage pluripartisan actif, capable de produire des candidatures alternatives. Or c’est précisément ce multipartisme que Kaïs Saïed a méthodiquement sclérosé depuis 2021 — dissolution du Parlement, marginalisation des partis, verrouillage du champ électoral — privant le pays d’un mécanisme institutionnel crédible pour organiser une succession légitime en cas de vacance soudaine du pouvoir.
Faute d’un multipartisme fonctionnel — condition structurelle de toute succession par suffrage universel —, la Tunisie s’expose à un scénario de vacance du pouvoir sans issue institutionnelle claire.
— Source : Il Foglio (enquête, juillet 2026)
— Élément relatif à l’état de santé du président : source unique, non confirmé officiellement






