Introduction : Un rendez-vous sous haute tension
La réception d’une délégation du Front Polisario par le président mauritanien le 30 mai 2025 dépasse le cadre protocolaire habituel des rencontres diplomatiques. La composition même de cette délégation, incluant des « hauts responsables militaires » et sécuritaires de la milice, traduit l’importance stratégique accordée par le mouvement séparatiste à cette rencontre. Cependant, selon des informations exclusives obtenues auprès d’une source de haut niveau à Nouakchott, cette visite dissimulait des objectifs bien plus ambitieux que les déclarations officielles ne le laissent paraître.
Cette rencontre intervient une semaine après une importante réunion algéro-mauritanienne tenue les 23 et 24 mai 2025 à Nouakchott, en marge de la 7e édition de la Foire des produits algériens. Cette séquence diplomatique rapprochée n’est pas fortuite et révèle une coordination manifeste entre Alger et de son proxy dans la région.
La stratégie du Polisario : Entre narratif étatique et pressions diplomatiques
Une délégation calibrée pour simuler une rencontre d’État
La composition de la délégation du Polisario mérite une analyse approfondie :
- Hamma Salama, « président du Conseil national sahraoui » et membre du secrétariat national du Front Polisario
- Saleck Bobbih, « ministre conseiller à la présidence de la République »
- Taleb Ami Deh, « chef d’état-major adjoint de l’armée sahraouie »
- Hamma Malou, « directeur de la sécurité et de la documentation »
- Mohamed Mouloud Dafa Ali, « membre de l’état-major » de la milice
Cette configuration, mêlant des individus affublés de titres ministériels et militaires fictifs, visait manifestement à projeter l’image d’une rencontre d’État à État. Le Polisario cherchait ainsi à légitimer son statut d’interlocuteur étatique, une stratégie récurrente dans ses démarches diplomatiques régionales pour accréditer l’existence de la prétendue « RASD », entité fictive non reconnue par l’ONU ni par la majorité de la communauté internationale.
Les véritables enjeux de la rencontre : Un triple objectif
Au-delà des déclarations officielles évoquant le renforcement des « liens fraternels » et la « coopération », nos sources révèlent que la délégation du Polisario poursuivait trois objectifs majeurs :
La fermeté mauritanienne : Une position de principe non négociable
Le refus catégorique du président Ghazouani
Face aux sollicitations du Polisario, le président mauritanien a maintenu une position d’une fermeté remarquable. Selon notre source, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a :
- Refusé catégoriquement de revenir sur la militarisation de la zone de Lebriga, qualifiant cette décision de « question de sécurité nationale » pour la Mauritanie
- Maintenu la qualification de « zone de défense sensible » adoptée depuis janvier 2021, destinée à protéger le territoire mauritanien contre les incursions terroristes, le trafic de drogue et la criminalité organisée
- Réaffirmé la souveraineté mauritanienne sur ses décisions sécuritaires, ne laissant aucune marge de manœuvre aux pressions externes, qu’elles viennent du Polisario ou de ses parrains algériens
Une recommandation révélatrice
Plus significatif encore, et c’est là une information exclusive de première importance, le président mauritanien aurait recommandé à la délégation du Polisario de « prendre en considération la proposition marocaine d’autonomie ». Cette déclaration, confirmée par notre source de haut niveau, marque un tournant dans la position mauritanienne sur le dossier du Sahara, traditionnellement plus neutre voire favorable au Polisario sous pression algérienne.
L’importance stratégique de la zone de Lbriga
Un verrou géographique crucial pour les activités illicites
La zone de Lbriga, située à la frontière algéro-mauritanienne près des camps de Tindouf, représente un enjeu géostratégique majeur pour plusieurs raisons :
- Position géographique clé : Elle constitue un point de passage entre les camps de Tindouf et le territoire mauritanien
- Zone de transit historique : Utilisée depuis des décennies pour les mouvements de personnes et de marchandises, incluant trafics d’armes, de drogue et contrebande
- Espace de manœuvre du Polisario : La milice séparatiste y maintenait une présence significative pour ses activités logistiques, opérationnelles et ses trafics lucratifs
Les implications de la militarisation pour le Polisario
La décision mauritanienne de militariser cette zone a des conséquences directes et dévastatrices sur les capacités opérationnelles du Polisario :
- Restriction drastique des mouvements : Les déplacements entre les camps de Tindouf et la Mauritanie sont désormais strictement contrôlés par l’armée mauritanienne
- Surveillance technologique accrue : Installation de radars à Zouerate et d’un centre de contrôle aérien à Fdirek permettant une surveillance en temps réel
- Interdiction totale aux civils : La zone est désormais exclusivement réservée aux forces militaires mauritaniennes, coupant les routes de contrebande
- Asphyxie économique : Les revenus tirés des trafics illicites, essentiels au financement du Polisario, sont considérablement réduits
Le contexte régional : L’étau se resserre autour du Polisario
Le rapprochement maroco-mauritanien : Une alliance stratégique
La fermeté mauritanienne s’inscrit dans un contexte plus large de rapprochement avec le Maroc :
- Ouverture de nouveaux postes frontaliers : Amgala-Bir Moghrein bientôt opérationnel et Twajil en développement
- Développement d’infrastructures communes : Routes transsahariennes, plateformes logistiques, projets énergétiques majeurs
- Coopération sécuritaire renforcée : Échanges de renseignements, patrouilles conjointes, coordination opérationnelle
- Vision économique partagée : Intégration dans l’Initiative Royale Atlantique pour le développement régional
L’isolement croissant du Polisario et de son parrain algérien
Cette évolution régionale contribue à l’isolement progressif du Front Polisario et met en évidence les limites de la stratégie algérienne :
- Perte d’espaces de manœuvre : Les restrictions mauritaniennes privent le Polisario de routes vitales pour ses approvisionnements
- Affaiblissement du soutien régional : La position mauritanienne reflète une tendance plus large de désengagement vis-à-vis du Polisario
- Échec de la pression algérienne : Malgré la rencontre algéro-mauritanienne du 23-24 mai, Nouakchott maintient sa ligne
- Pression pour une solution réaliste : La recommandation d’accepter l’autonomie traduit un pragmatisme croissant face à l’impasse actuelle
Analyse prospective : Les implications stratégiques
Un message clair aux acteurs régionaux
La position mauritanienne envoie plusieurs signaux forts :
- Au Maroc : Confirmation du partenariat stratégique et validation de la proposition d’autonomie comme solution crédible
- Au Polisario : Fin de l’ère des complaisances et nécessité de s’adapter aux nouvelles réalités géopolitiques
- À l’Algérie : Démonstration des limites de son influence et de l’inefficacité de sa stratégie proxy
- À la communauté internationale : Signal d’un réalignement régional favorable à une solution politique pragmatique
Les scénarios d’évolution
Plusieurs développements sont prévisibles :
- Intensification de la coopération maroco-mauritanienne : Nouveaux projets d’infrastructure et approfondissement du partenariat sécuritaire
- Tentatives désespérées du Polisario : Possibles provocations ou escalades pour tenter de retrouver une pertinence
- Manœuvres algériennes : Pressions économiques ou diplomatiques accrues sur Nouakchott pour tenter d’infléchir sa position
- Rôle constructif de la Mauritanie : Possible émergence de Nouakchott comme médiateur crédible pour une sortie de crise
Conclusion : Un échec révélateur et un tournant historique
La rencontre du 30 mai 2025 marque un tournant décisif dans l’évolution du conflit artificiel du Sahara. L’échec du Polisario à faire plier la Mauritanie sur la question de Lebriga et la recommandation mauritanienne d’accepter l’autonomie constituent un double revers pour la milice séparatiste et son parrain algérien.
Cette séquence diplomatique révèle plusieurs réalités incontournables :
Premièrement, la stratégie du Polisario consistant à se présenter comme un « État normal » à travers des mises en scène diplomatiques atteint ses limites face au pragmatisme des États de la région. La Mauritanie, en refusant de jouer ce jeu, démontre que les intérêts de sécurité nationale priment sur les considérations idéologiques héritées de la guerre froide.
Deuxièmement, l’isolement croissant du Polisario reflète une prise de conscience régionale sur la nature réelle de ce conflit : non pas une lutte de libération nationale, mais un instrument géopolitique aux mains d’Alger pour déstabiliser le Maroc et maintenir une tension permanente dans la région.
Enfin, la recommandation mauritanienne concernant l’autonomie ouvre une brèche significative dans le front du refus. Si un pays traditionnellement proche du Polisario comme la Mauritanie considère désormais l’autonomie comme une option viable, cela pourrait encourager d’autres États à adopter une position similaire.
La Mauritanie, en défendant fermement ses intérêts sécuritaires tout en proposant une voie de sortie réaliste, émerge comme un acteur mature et responsable dans ce dossier. Cette évolution augure d’une possible accélération vers une solution définitive, fondée sur le réalisme politique plutôt que sur les chimères idéologiques du passé.
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