Par Abdelhakim Yamani, Institut Géopolitique Horizons
Trois jours à peine après la visite officielle du ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf à Damas, le président syrien Ahmad Hussein Al-Sharaa inflige un camouflet spectaculaire à l’Algérie. Selon les révélations de Radio Monte-Carlo Doualiya ce 11 février 2025, il a catégoriquement rejeté la demande d’extradition des combattants algériens capturés lors de la chute du régime Assad, portant un coup sévère aux intérêts diplomatiques d’Alger dans la région.
L’humiliation est d’autant plus cinglante que la séquence diplomatique révèle toutes les contradictions de la politique étrangère algérienne. Le 3 décembre 2024, à quelques jours de la chute de Bachar al-Assad, le MAE algérien publiait encore un communiqué réaffirmant « la position constante de l’Algérie et sa solidarité absolue avec la République arabe syrienne sœur, État et peuple, face aux menaces terroristes qui guettent sa souveraineté, son unité et l’intégrité de son territoire, ainsi que sa sécurité et sa stabilité. » Un soutien qui se retourne aujourd’hui contre ses auteurs.
La visite d’Ahmed Attaf le 8 février 2025, en qualité d’envoyé spécial du président Tebboune, illustre la tentative désespérée d’Alger de sauver ce qui peut l’être de sa relation avec Damas. Comme le détaille le communiqué du MAE algérien, cette visite visait à « explorer les perspectives de renforcement des relations fraternelles et de coopération entre les deux pays et peuples frères, sur la base des liens historiques profonds qui les unissent. » La réalité de la réponse syrienne, révélée par Monte-Carlo Doualiya, démontre l’échec retentissant de cette démarche.
L’enjeu est d’autant plus crucial qu’il concerne environ 500 combattants algériens, dont un général, ainsi que des membres du Front Polisario, capturés par Hayat Tahrir al-Cham lors de la chute du régime Assad. La présence de ces forces aux côtés des troupes loyalistes constitue un embarrassant secret d’État pour Alger, révélant l’ampleur méconnue de son engagement militaire dans le conflit syrien.
La position du nouveau président syrien Al-Sharaa est sans ambiguïté : ces combattants seront jugés en Syrie selon les conventions internationales relatives aux prisonniers de guerre. Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de légitimation du nouveau régime syrien, comme en témoigne l’accueil d’une délégation ukrainienne à Damas, marquant une rupture nette avec les alliances de l’ère Assad.
Cette révélation sur la présence de miliciens du Polisario aux côtés des forces d’Assad prend une dimension particulièrement sensible dans le contexte géopolitique actuel. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 renforce considérablement la position marocaine sur le dossier du Sahara occidental, confirmant la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur ce territoire. Cette situation fragilise davantage la position algérienne, déjà ébranlée par le soutien croissant de la communauté internationale à la position marocaine.
La crise diplomatique avec la France, qui s’est intensifiée depuis juillet 2024 suite à la déclaration française reconnaissant explicitement la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, contribue également à l’isolement d’Alger sur la scène internationale. Cette position française, alignée sur celle des États-Unis, a provoqué une nouvelle rupture dans les relations franco-algériennes, rappelant la crise de 2021, mais cette fois-ci dans un contexte où l’Algérie dispose de moins de marges de manœuvre diplomatiques.
La présence avérée de miliciens du Polisario aux côtés des forces pro-Assad constitue désormais une preuve tangible de la collusion entre cette organisation, l’Iran et ses proxies régionaux. Cette alliance, longtemps niée par Alger, confirme les accusations marocaines concernant l’instrumentalisation du Polisario comme force supplétive dans les conflits régionaux. Le rôle du Hezbollah dans la formation et l’équipement de ces combattants, déjà dénoncé par le Maroc en 2018, apparaît aujourd’hui comme une évidence qui compromet davantage la crédibilité diplomatique algérienne.
Cette configuration place l’Algérie dans une position particulièrement délicate. D’un côté, elle fait face à un axe occidental renforcé par le retour de Trump et uni dans son soutien à la position marocaine sur le Sahara occidental. De l’autre, la révélation de son implication militaire directe en Syrie, via ses forces régulières et les miliciens du Polisario, expose au grand jour sa collaboration avec l’Iran et ses proxies régionaux, au moment même où la nouvelle administration syrienne cherche à se distancer de l’influence iranienne.
Sur le plan intérieur algérien, cette crise pourrait avoir des répercussions significatives. L’engagement de militaires réguliers aux côtés du régime Assad risque de raviver les débats sur les liens entre l’armée et certaines factions, dans un pays encore marqué par la décennie noire. La crédibilité internationale de l’Algérie se trouve également affectée par son incapacité à obtenir le rapatriement de ses ressortissants.
Cette crise diplomatique illustre l’urgence d’un réalignement stratégique algérien. La défaite de ses alliés historiques, comme le régime Assad, et l’émergence d’un nouveau paradigme régional imposent une refonte profonde de sa politique étrangère. Le nouveau régime syrien, en quête de légitimité internationale, incarne cette transformation en cours du Moyen-Orient, où les anciennes alliances idéologiques cèdent la place à un pragmatisme diplomatique renouvelé.
La position de l’Algérie, qui avait proposé d’utiliser son siège au Conseil de sécurité de l’ONU pour soutenir l’ancien régime syrien, apparaît aujourd’hui particulièrement fragilisée. Le refus d’Al-Sharaa d’accéder à la demande algérienne marque peut-être la fin d’une certaine conception des relations internationales dans la région, basée sur des solidarités idéologiques héritées du passé.
Cette gifle diplomatique intervient dans un moment particulièrement délicat pour la diplomatie algérienne. Le retour de Trump à la présidence américaine, conjugué au soutien français à la position marocaine sur le Sahara occidental, dessine les contours d’un nouvel ordre régional où l’Algérie risque de se trouver de plus en plus marginalisée. La révélation de son implication militaire en Syrie, notamment à travers le Polisario, confirme les inquiétudes de ses adversaires régionaux quant à son rôle dans la déstabilisation du Moyen-Orient et du Maghreb. L’affront syrien pourrait ainsi marquer un tournant décisif, accélérant un processus de réalignement diplomatique majeur dans la région, où l’Algérie se voit contrainte de reconsidérer fondamentalement ses alliances et sa stratégie d’influence.







