Par Abdelhakim Yamani, Institut Géopolitique Horizons 23 mars 2025
L’entretien accordé hier par le président algérien Abdelmadjid Tebboune à trois médias nationaux apporte des éléments significatifs qui corroborent nos analyses précédentes concernant l’affaire Boualem Sansal et la crise diplomatique franco-algérienne ( Vers une Libération de Boualem Sansal?, Affaire Sansal: Le Deal se Confirme
Une évolution rhétorique significative
En qualifiant le contentieux franco-algérien de « créé de toutes pièces » et en évoquant un « brouhaha » et un « capharnaüm politique », le président Tebboune adopte une posture sensiblement différente des communications officielles algériennes des mois précédents.
Cette modération du discours s’inscrit précisément dans la logique que notre Institut avait identifiée dès le 13 mars, lorsque nous évoquions une recherche de « porte de sortie diplomatique » qui permettrait au pouvoir algérien de « préserver son image sur la scène intérieure ».
Des éléments factuels concordants
Plusieurs éléments concrets de l’entretien présidentiel viennent étayer nos analyses antérieures :
1. La centralisation du dialogue au niveau présidentiel : « On garde comme unique point de repère, le Président Macron. Nous travaillons ensemble », a déclaré Tebboune, confirmant l’existence d’un canal diplomatique de haut niveau que nous avions évoqué.
2. La délégation explicite au ministre des Affaires étrangères : « Le dossier contentieux créé de toutes pièces, il est entre de bonnes mains, entre des mains de quelqu’un de très compétent qui a toute ma confiance, en l’occurrence le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf ». Cette déclaration confirme que des canaux diplomatiques sont activement mobilisés, comme l’indiquait notre analyse du 13 mars.
3. L’absence de référence au retrait de l’ambassadeur : Le président n’a fait aucune mention du retrait de l’ambassadeur algérien à Paris décidé le 30 juillet 2024, illustrant la volonté de minimiser la gravité de la crise pour faciliter une normalisation progressive.
Des omissions révélatrices
Trois absences majeures dans le discours présidentiel méritent d’être soulignées :
1. Les visites officielles françaises au Sahara occidental : Tebboune affirme que les visites d’officiels français dans les territoires sahraouis « ne sont pas une provocation », sans mentionner explicitement les déplacements récents de Rachida Dati, ministre française de la Culture, à Laâyoune et Dakhla le 17 février 2025, et celle de Gérard Larcher, président du Sénat français, à Laâyoune le 25 février 2025. Ces visites avaient pourtant fait l’objet d’un communiqué officiel du ministère algérien des Affaires étrangères les qualifiant de « gravité particulière ».
2. Les manœuvres militaires « CHERGUI 2025 » : Aucune référence n’est faite aux exercices militaires franco-marocains prévus en septembre prochain à Er-Rachidia, près de la frontière algérienne, qui avaient motivé la convocation de l’ambassadeur de France le 6 mars 2025 et été qualifiés d' »acte de provocation à l’égard de l’Algérie ».
3. Le retrait de l’ambassadeur : L’absence de mention de cette décision majeure prise en juillet 2024 est particulièrement significative de la volonté d’apaiser les tensions.
Ces omissions ne sont pas fortuites. Elles s’inscrivent précisément dans la stratégie de minimisation de la crise diplomatique que notre Institut avait identifiée, préparant le terrain pour une normalisation progressive des relations sans paraître céder aux pressions françaises.
Une temporalité concordante
Le timing de ces déclarations présidentielles, à quatre jours seulement du verdict attendu dans l’affaire Sansal, s’inscrit parfaitement dans le calendrier que nos sources avaient évoqué dès le 13 mars.
Notre Institut avait alors anticipé que « l’annonce d’un accord pourrait intervenir dans les prochaines semaines », et notre analyse du 22 mars soulignait que le verdict fixé au 27 mars s’inscrivait « parfaitement dans la perspective de l’Aïd al-Fitr début avril », offrant l’opportunité d’une grâce présidentielle.
Les anomalies procédurales confirmées
Les déclarations présidentielles ne remettent pas en cause les anomalies procédurales que nous avions relevées dans le traitement judiciaire de l’affaire Sansal :
– Le choix d’un tribunal correctionnel plutôt que de la Cour de Sûreté de l’État
– Le calendrier judiciaire accéléré dans le contexte du Ramadan
– L’absence d’avocat aux côtés de Sansal et sa défense délibérément minimaliste
Ces éléments, non démentis, continuent de suggérer que le processus judiciaire s’inscrit dans un cadre plus large d’arrangements diplomatiques.
Une approche pragmatique face au contexte international
La position conciliante exprimée par le président Tebboune concernant les visites d’officiels français au Sahara occidental marque une évolution notable de la posture algérienne, qui peut s’expliquer par le contexte international que nous avions décrit.
Comme l’indiquait notre analyse du 13 mars, « au vu de son isolement géopolitique et de l’arrivée de Trump à la Maison Blanche », Alger est amenée à adopter une approche plus pragmatique de ses relations extérieures.
Ainsi, les déclarations du président Tebboune du 22 mars 2025 s’inscrivent dans la continuité des évolutions diplomatiques que notre Institut avait anticipées. Sans triomphalisme, nous pouvons constater que les éléments factuels, l’évolution rhétorique et les omissions stratégiques confirment la pertinence de nos analyses concernant:
1. L’existence de négociations discrètes entre Paris et Alger
2. Le calendrier du processus diplomatique et judiciaire
3. La recherche d’une issue qui préserverait l’image du pouvoir algérien
Le verdict attendu le 27 mars dans l’affaire Sansal et l’approche de l’Aïd al-Fitr début avril constitueront des indicateurs supplémentaires permettant d’évaluer l’exactitude ou non de nos prévisions concernant la résolution de cette crise diplomatique et judiciaire.







