Par Abdelhakim Yamani, Institut Géopolitique Horizons 13 mars 2025
Des négociations en cours pour un échange de prisonniers entre la France et l’Algérie
Selon des informations exclusives recueillies par notre Institut auprès de sources concordantes françaises et algériennes en France, Paris et Alger seraient en négociation avancée pour un échange de prisonniers poursuivis dans les deux pays pour « actes d’intelligence avec une puissance étrangère ».
L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, incarcéré en Algérie depuis novembre 2024 et récemment poursuivi pour « intelligence avec des parties étrangères », pourrait être l’un des bénéficiaires de cet arrangement diplomatique discret.
Cette formule d’échange permettrait au pouvoir algérien de préserver son image sur la scène intérieure tout en renforçant la position du président Tebboune, qui pourrait ainsi affirmer n’avoir « pas cédé » face aux pressions de « l’ancien colonisateur » ni face à la « campagne anti-algérienne » menée par certains médias français.
Un dossier sensible dans un contexte tendu
Sansal a comparu ce jeudi 13 mars devant le tribunal de Dar El Beida (Alger). Selon les médias algériens, il lui serait notamment reproché d’avoir livré « des informations et des renseignements sensibles à caractère sécuritaire et économique à l’ambassadeur de France en Algérie ».
La coïncidence temporelle est frappante : l’annonce de cette nouvelle accusation d’intelligence avec une puissance étrangère contre Sansal intervient au moment même où la presse française révèle l’existence de deux fonctionnaires emprisonnés en France pour espionnage au profit de l’Algérie. Cette synchronisation des annonces judiciaires dans les deux pays semblerait confirmer l’existence de tractations en coulisses.
L’échange envisagé pourrait concerner côté français ces deux personnes récemment mises en examen : un fonctionnaire franco-algérien de 56 ans travaillant au ministère de l’Économie et des Finances (Bercy) et une assistante sociale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii). Ces deux personnes sont soupçonnées d’avoir transmis des informations sensibles sur des ressortissants algériens en France, notamment des opposants au régime.
Une solution diplomatique discrète
L’arrangement en discussion entre les deux capitales s’inscrirait dans une stratégie visant à désamorcer les tensions diplomatiques qui se sont intensifiées ces derniers mois entre la France et l’Algérie. Pour Alger, cette formule permettrait de régler la question épineuse de Boualem Sansal sans donner l’impression de céder aux pressions internationales.
« Ces négociations sont menées très très discrètement, et devraient aboutir assez prochainement sauf revirement de dernière minute », affirme notre source diplomatique à Paris. Elle précise toutefois qu’« avec le système politico-militaire algérien, on ne peut jamais être sûrs de rien, il suffit d’un déséquilibre des rapports de force internes pour tout faire capoter ».
Selon nos informations, les discussions se dérouleraient par des canaux officieux, impliquant les services diplomatiques et de renseignement des deux pays. L’annonce d’un accord pourrait intervenir dans les prochaines semaines, mais resterait conditionnée à l’évolution des procédures judiciaires en cours dans les deux pays.
Des enjeux diplomatiques plus larges
Une libération de Boualem Sansal pourrait apaiser légèrement les tensions entre les deux pays, créant potentiellement un climat plus propice à des négociations sur d’autres dossiers épineux. Selon notre analyse, cet échange de prisonniers pourrait constituer une première étape vers des discussions plus politiques et plus calmes sur plusieurs dossiers bilatéraux en suspens.
Parmi les sujets sensibles qui pourraient bénéficier de ce dégel figureraient notamment la question des Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF) concernant les ressortissants algériens, ainsi que la renégociation des accords bilatéraux, dont ceux historiques de 1968 qui régissent en partie la circulation des personnes entre les deux pays.
Sur la question du soutien de la France à la souveraineté marocaine sur ses provinces sahariennes, véritable déclencheur de cette crise inédite entre les deux pays, nos sources indiquent qu’un message clair a été transmis par Emmanuel Macron aux autorités algériennes via des intermédiaires : aucun rétropédalage n’est envisageable sur cette position. Ce message semblerait avoir finalement convaincu Alger de la nécessité d’une approche plus pragmatique.
« L’Algérie ne peut qu’en faire son deuil », affirme notre source, ajoutant qu’« au vu de son isolement géopolitique et de l’arrivée de Trump à la Maison Blanche », Alger est désormais « condamnée à trouver une porte de sortie honorable, même a minima ». Ce contexte international défavorable pousserait donc les autorités algériennes vers un compromis sur plusieurs fronts avec Paris.
Pour Paris comme pour Alger, il s’agirait de trouver un terrain d’entente qui permettrait de préserver les intérêts économiques et stratégiques mutuels, sans donner l’impression de céder sur les questions de souveraineté qui demeurent très sensibles des deux côtés de la Méditerranée.








