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Schizophrénie Diplomatique à Alger : Du « No Limit » à Trump à l’Asile à Al Assad

Institut Géopolitique Horizons by Institut Géopolitique Horizons
11 mars 2025
in Actualités, Algérie
Reading Time: 8 mins read
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Schizophrénie Diplomatique à Alger : Du « No Limit » à Trump à l’Asile à Al Assad
Institut Géopolitique Horizons
Mars 2025

Les récentes révélations concernant la présence de Maher Al-Assad à Alger, combinées aux tentatives de rapprochement avec Washington, mettent en lumière les contradictions fondamentales qui caractérisent la politique étrangère algérienne actuelle. Cette analyse examine la manière dont le pouvoir politico-militaire algérien navigue entre des positions diamétralement opposées, sans ligne stratégique claire, révélant une approche purement tactique et réactive face aux défis géopolitiques régionaux et internationaux.

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I. UN DOUBLE JEU PÉRILLEUX : ENTRE WASHINGTON ET DAMAS

A. L’accueil secret de Maher Al-Assad : une provocation calculée et un soutien historique

Les révélations de l’activiste et opposant algérien Oualid Kébir concernant la présence de Maher Al-Assad dans un complexe résidentiel fermé, hautement sécurisé à Douira, dans la banlieue sud d’Alger, démontrent un double jeu périlleusement contradictoire. Dans sa déclaration exclusive à l’Institut Géopolitique Horizons, Oualid Kebir affirme sans ambiguïté : « Maher Al-Assad se trouve actuellement à Alger dans un complexe résidentiel comprenant plusieurs villas appartenant à la présidence de la République algérienne. Il est arrivé avec sa famille immédiatement après la chute du régime de son frère et a atterri à l’aéroport militaire de Boufarik. »

Selon la même source, les cinq hauts ex-responsables syriens qui l’accompagnent sont, quant à eux, logés à Oran dans un complexe résidentiel fermé, hautement sécurisé à Bousfar, également en compagnie de leurs familles. Kebir précise : « Les cinq grands officiers de l’armée syrienne et leurs familles sont actuellement hébergés dans la résidence très connue de Bousfar, à l’ouest d’Oran. » L’activiste algérien  également mentionné l’implication d’Abdelkader Haddad, alias « Nasser El Djen », patron de la DGSI algérienne, dans la coordination de cette opération sensible.

Il est crucial de souligner que la junte politico-militaire algérienne avait appuyé le pouvoir de Bachar Al-Assad jusqu’à ses derniers jours. Le 3 décembre 2024, à quelques jours de la chute du régime, le Ministère algérien des Affaires étrangères publiait encore un communiqué réaffirmant « la position constante de l’Algérie et sa solidarité absolue avec la République arabe syrienne sœur, État et peuple, face aux menaces terroristes qui guettent sa souveraineté, son unité et l’intégrité de son territoire, ainsi que sa sécurité et sa stabilité. » Ce soutien indéfectible jusqu’au bout explique aujourd’hui l’accueil des figures centrales du régime déchu.

Cette protection offerte aux résidus du régime Assad représente un affront direct aux intérêts américains dans la région, Washington ayant soutenu les forces d’opposition au régime syrien. L’Algérie se place ainsi dans une position intenable : offrir publiquement une coopération sécuritaire « sans limite » à Washington tout en abritant et soutenant clandestinement des éléments hostiles aux intérêts américains.

B. La pantalonnade diplomatique face à Washington

Les déclarations récentes de l’ambassadeur algérien aux États-Unis, Sabri Boukadoum, offrant une coopération militaire et sécuritaire « sans limite » avec Washington, contrastent violemment avec les positions traditionnelles d’Alger. Cette volte-face intervient peu après les déclarations anti-américaines du président Tebboune lors de sa visite à Moscou en 2023, où il avait appelé à « sortir de l’hégémonie du dollar américain » et exprimé le souhait de voir l’Algérie rejoindre les BRICS.

Cette incohérence trahit une diplomatie de panique plutôt qu’une recalibration stratégique réfléchie. L’offre publique et empressée de Boukadoum, faite à des journalistes plutôt que par les canaux diplomatiques conventionnels, constitue une véritable pantalonnade qui révèle l’amateurisme de la démarche algérienne.

C. La gifle diplomatique du nouveau régime syrien

L’échec de cette politique de soutien inconditionnel au régime Assad s’est manifesté de façon spectaculaire lors d’un incident diplomatique révélateur. Trois jours à peine après la visite officielle du ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf à Damas le 8 février 2025, le président syrien Ahmad Hussein Al-Sharaa a infligé un camouflet spectaculaire à l’Algérie. Selon les révélations de Radio Monte-Carlo Doualiya du 11 février 2025, il a catégoriquement rejeté la demande d’extradition des combattants algériens capturés lors de la chute du régime Assad, dont environ 500 combattants algériens et des membres du Front Polisario.

Cette position sans ambiguïté du nouveau président syrien – ces combattants seront jugés en Syrie selon les conventions internationales relatives aux prisonniers de guerre – a révélé au grand jour l’ampleur méconnue de l’engagement militaire algérien dans le conflit syrien et ses liens avec l’Iran et ses proxies régionaux. Cette révélation sur la présence de miliciens du Polisario aux côtés des forces d’Assad a pris une dimension particulièrement sensible dans le contexte géopolitique actuel, confirmant les accusations marocaines concernant l’instrumentalisation du Polisario comme force supplétive dans les conflits régionaux.

Cette gifle diplomatique intervient à un moment particulièrement délicat pour la diplomatie algérienne, dessinant les contours d’un nouvel ordre régional où l’Algérie risque de se trouver de plus en plus marginalisée. L’affront syrien marque ainsi un tournant décisif, accélérant un processus de réalignement diplomatique majeur dans la région, où l’Algérie se voit contrainte de reconsidérer fondamentalement ses alliances et sa stratégie d’influence.

II. LES RACINES D’UNE POLITIQUE ÉTRANGÈRE SCHIZOPHRÈNE

A. Un isolement géopolitique catastrophique

L’Algérie connaît actuellement un isolement diplomatique sans précédent depuis son indépendance. En crise avec la France, son ancien partenaire privilégié en Europe, Alger s’est également aliéné la quasi-totalité de ses voisins directs. Les relations avec le Maroc sont au point mort depuis la rupture unilatérale des relations diplomatiques par l’Algérie en août 2021. Le refroidissement avec la Tunisie est palpable malgré les apparences. Même ses relations avec les pays du Sahel, jadis zone d’influence traditionnelle algérienne, se sont considérablement détériorées.

Cette spirale d’isolement s’est accélérée avec les bouleversements géopolitiques régionaux : normalisation des relations entre le Maroc et Israël, reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, perte d’influence dans le dossier libyen, et émergence de nouveaux acteurs comme les Émirats Arabes Unis et la Turquie dans son pré-carré sahélien.

B. L’obsession du Polisario comme catalyseur de panique

L’affolement actuel de la junte algérienne s’explique en grande partie par des pressions américaines croissantes concernant son soutien à la milice du Polisario. Washington aurait clairement fait comprendre à Alger que l’administration Trump pourrait envisager de qualifier cette organisation d’entité terroriste. Une telle désignation constituerait un désastre diplomatique pour l’Algérie, dont le soutien au Front Polisario représente depuis des décennies un pilier de sa politique étrangère et un outil d’affaiblissement du Maroc.

C. La fragilité structurelle du pouvoir

Les contradictions de la politique étrangère algérienne reflètent également les tensions au sein même du système de pouvoir. La DGDSE algérienne (Direction Générale de la Documentation et de la Sécurité Extérieure) a été régulièrement décapitée depuis 2019, perdant expertise et continuité opérationnelle. Cette instabilité chronique au sein des services de renseignement rend absurde toute prétention à une coopération sérieuse avec des puissances comme les États-Unis.

III. LE REFUGE DE MAHER AL-ASSAD : ANALYSE D’UNE DÉCISION À HAUT RISQUE

A. Les motivations cachées d’un accueil controversé

L’accueil de Maher Al-Assad et d’ex-responsables syriens s’inscrit dans une tradition algérienne d’hospitalité envers les dirigeants déchus ou controversés (comme en témoigne l’accueil passé de Yasser Arafat ou de membres du FIS). Cependant, cette décision comporte des motivations plus stratégiques :

1. Maintenir un canal d’influence dans le dossier syrien, en particulier face à l’émergence de nouveaux acteurs comme la Turquie, les Émirats ou l’Arabie Saoudite.

2. Signaler aux puissances régionales (notamment l’Égypte et les Émirats) une capacité d’action autonome et une volonté de s’affirmer comme acteur incontournable sur les questions arabes, malgré son exclusion des forums régionaux récents.

3. Enfin et surtout, disposer éventuellement d’une monnaie d’échange potentielle dans ses négociations avec Washington, offrant la possibilité de « livrer » ces figures controversées en échange de concessions américaines sur d’autres dossiers, notamment celui du Sahara.

B. Les risques majeurs d’une telle décision

Cette décision expose cependant l’Algérie à des risques considérables :

1. Sanctions américaines potentielles pour soutien à des acteurs qualifiés de « terroristes » par Washington.

2. Détérioration des relations avec les nouveaux acteurs de la scène syrienne et leurs soutiens internationaux.

3. Instrumentalisation de son territoire pour des opérations militaires contre un gouvernement reconnu internationalement, exposant l’Algérie à des accusations de violation du droit international.

4. Atteinte à sa crédibilité diplomatique déjà fragilisée, confirmant l’image d’un État jouant un double jeu incompatible avec les standards de fiabilité attendus sur la scène internationale.

IV. LES TENTATIVES DÉSESPÉRÉES DE SÉDUCTION DE L’ADMINISTRATION TRUMP

A. Une opération de séduction massive

L’initiative diplomatique algérienne pour tenter de séduire l’administration Trump comprend plusieurs volets révélateurs d’une diplomatie de panique :

1. Des rencontres secrètes avec des intermédiaires supposés proches de la famille Trump.

2. L’engagement de cabinets de lobbying américains pour des sommes colossales.

3. Des propositions financières stupéfiantes : engagement d’achat d’armement américain de 15 milliards de dollars annuels, versement immédiat de 500 millions de dollars à l’Ukraine.

4. Une demande explicite d’aide à la normalisation avec Israël – en contradiction totale avec les positions idéologiques affichées par le régime.

B. Un triple reniement historique

Cette offre représente un triple reniement historique pour le régime algérien :

1. Abandon de la position traditionnelle pro-palestinienne, pilier de la légitimité internationale et intérieure du régime.

2. Rupture potentielle avec l’allié russe, principal fournisseur d’armement et soutien diplomatique d’Alger.

3. Tentative désespérée de reproduire le modèle de normalisation marocain, après l’avoir violemment dénoncé.

C. L’incompatibilité technique fondamentale

La proposition algérienne révèle une méconnaissance profonde des prérequis d’une coopération stratégique internationale. L’infrastructure technique, doctrinale et humaine algérienne est entièrement configurée selon les modèles russes, créant une incompatibilité fondamentale avec les systèmes occidentaux.

L’armée algérienne dépend presque entièrement de l’expertise technique russe pour ses équipements sophistiqués (S-400, Su-30MKA, sous-marins Kilo). L’approvisionnement en munitions, pièces de rechange et la formation des officiers sont également liés à Moscou, rendant l’offre « sans limite » non seulement irréfléchie mais techniquement irréalisable à court et moyen terme.

V. IMPLICATIONS ET PERSPECTIVES

A. Pour les États-Unis : une opportunité d’extraction d’informations sans engagement

Si cette proposition a un quelconque intérêt pour Washington, c’est uniquement comme opportunité d’extraire des informations sensibles sur les systèmes militaires russes en service en Algérie et potentiellement sur les activités de Maher Al-Assad, sans véritable intention d’établir un partenariat durable. La désorganisation manifeste des services algériens et la fragilité du régime rendent tout engagement stratégique américain hautement improbable.

B. Pour la région : le spectacle d’un effondrement d’influence

Cette pantalonnade diplomatique offre aux rivaux régionaux de l’Algérie, notamment le Maroc, le spectacle d’un effondrement de crédibilité et d’influence. Elle confirme aux acteurs régionaux et internationaux l’isolement croissant d’Alger et sa perte de boussole stratégique, accélérant potentiellement sa marginalisation dans les grandes questions régionales comme le Sahel, la Libye ou la question palestinienne.

C. Pour le pouvoir algérien : un risque existentiel

Le double jeu entre Washington et Damas représente un risque existentiel pour la stabilité du pouvoir algérien. Si l’administration Trump venait à utiliser publiquement les révélations sur la présence de Maher Al-Assad pour justifier un durcissement de sa position, le régime se retrouverait dans une impasse diplomatique totale, ayant perdu toute crédibilité auprès des acteurs occidentaux sans pour autant avoir consolidé ses relations avec ses alliés traditionnels comme la Russie.

En définitive, le revirement diplomatique algérien vers Washington, combiné à l’accueil clandestin de figures du régime Assad, constitue l’illustration parfaite d’une politique étrangère ayant perdu toute cohérence stratégique au profit d’un tactisme à courte vue. Cette approche contradictoire traduit une désorientation totale des cercles décisionnels algériens, pris en étau entre un isolement diplomatique croissant et des menaces existentielles pour leurs intérêts fondamentaux, notamment sur la question du Sahara.

La contradiction fondamentale entre la dépendance militaire quasi-totale envers la Russie, le soutien clandestin aux résidus du régime Assad, et cette tentative de séduction des États-Unis illustre l’impasse stratégique dans laquelle s’est enfermée l’Algérie. L’absence de prise en compte des réalités techniques, logistiques et doctrinales de son appareil militaire dans cette nouvelle orientation révèle une diplomatie de panique plutôt qu’une recalibration réfléchie.

À moins d’un rééquilibrage rapide et d’une restauration des fondamentaux de sa politique étrangère, l’Algérie risque de compromettre davantage sa crédibilité internationale et de s’enfoncer dans un isolement encore plus profond, fragilisant ainsi sa stabilité interne déjà précaire face aux défis économiques et sociaux qui l’attendent.

Cette crise diplomatique majeure représente bien plus qu’une simple difficulté conjoncturelle : elle témoigne de l’épuisement d’un modèle de gouvernance et d’une vision géopolitique qui, faute de renouvellement, pourrait conduire à une marginalisation complète de l’Algérie sur la scène internationale.

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