Abdelhakim Yamani, Institut Géopolitique Horizons 03 mai 2025
Une crise dont les véritables enjeux dépassent le cadre médiatique
La violente charge médiatique de la télévision algérienne contre les Émirats arabes unis le 2 mai 2025 a surpris par sa virulence exceptionnelle. Si l’interview controversée de l’historien algérien Mohamed Lamine Belghit sur Sky News Arabia a été présentée comme le déclencheur officiel, nos investigations révèlent une toute autre dimension à cette crise diplomatique.
Révélation exclusive : Les contacts entre le MAK et les Émirats
D’après les informations exclusives recueillies par l’Institut Géopolitique Horizons, le véritable catalyseur de cette crise serait la découverte par les services de renseignement algériens de contacts établis entre des cercles proches de Mohammed Ben Zayed (MBZ) et le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK).
Selon nos sources, les autorités algériennes soupçonnent fortement l’existence d’un canal de communication entre des personnalités émiraties influentes et le mouvement indépendantiste kabyle, classé comme organisation terroriste par Alger en 2021.
Les services de renseignement algériens en alerte maximale
Nos investigations révèlent que depuis plusieurs mois, les services de renseignement extérieur algériens tentent activement d’infiltrer les cercles dirigeants du MAK pour surveiller leurs contacts internationaux. Selon une source proche des services algériens, « La DGDSE algérienne a renforcé dernièrement la surveillance des activités internationales du MAK, après les premiers soupçons de contacts avec des puissances étrangères. »
Cette importante mobilisation de ressources de renseignement témoigne de l’importance accordée par Alger à cette menace perçue. D’après nos sources kabyles, « les services de renseignement extérieur algériens tentent vainement de collecter des renseignements via des infiltrations de la direction du MAK et plus précisément de l’entourage de nos dirigeants chargés des relations avec les pays du Golfe. »
Ces tentatives d’infiltration se seraient intensifiées au cours des derniers mois, particulièrement après qu’un premier rapport confidentiel ait atteint la présidence algérienne en début 2025, mentionnant des « indices préoccupants de contacts entre des représentants officieux du MAK et des personnalités émiraties. »
Historique détaillé du rapprochement MAK-Émirats
Nos différents entretiens de ces dernières 24 heures permet de reconstituer la chronologie précise de ce rapprochement entre le mouvement indépendantiste kabyle et les Émirats arabes unis :
Premières approches (mi-2023)
Des contacts initiaux auraient été établis via des intermédiaires britanniques, notamment des parlementaires connus pour leur sympathie envers la cause kabyle. Ces premières discussions, de nature exploratoire, visaient à établir des canaux de communication discrets.
La réunion de New York (mars 2024)
Le véritable tournant s’est produit en mars 2024, lors d’une rencontre organisée en marge d’une conférence sur les droits des minorités à New York. Cette réunion, qui s’est tenue dans un hôtel de Manhattan, aurait rassemblé deux représentants du MAK, trois personnalités émiraties (dont un diplomate en poste à Washington), ainsi que des émissaires saoudiens et bahreïnis. Selon notre source au sein du mouvement indépendantiste, « cette rencontre a permis d’établir une feuille de route pour une coopération discrète mais suivie. »
Rencontres régulières à Londres (juin-décembre 2024)
Suite à la réunion de New York, des contacts plus réguliers ont été établis, principalement à Londres, considérée comme une plateforme neutre. Une personnalité du MAK nous a confié que « le dialogue de rapprochement kabylo-émirati a été facilité par plusieurs élus britanniques favorables à la cause kabyle. » Londres serait devenue la plaque tournante de ces échanges, avec au moins quatre rencontres documentées entre juin et décembre 2024.
Soutien financier et logistique potentiel (début 2025)
Selon nos sources, ces discussions auraient progressivement évolué vers l’évocation d’un soutien potentiel des Émirats au MAK. Si nous n’avons pu confirmer indépendamment l’existence d’un soutien financier concret, plusieurs sources concordantes évoquent des « promesses d’appui logistique » et des « engagements à relayer les préoccupations kabyles dans les forums internationaux. »
Confirmation par des dirigeants du MAK
Des dirigeants du MAK, contactés directement par notre institut, ont attesté de l’existence de « contacts avancés avec certains pays arabes », spécifiquement les EAU selon d’autres sources consultées. Une personnalité du mouvement indépendantiste, s’exprimant sous anonymat, nous a décrit l’évolution de ces relations : « Au début, c’était simplement des échanges de points de vue. Progressivement, nos interlocuteurs émiratis ont manifesté un intérêt croissant pour notre cause, voyant des parallèles avec d’autres mouvements d’autodétermination qu’ils soutiennent dans la région. »
Selon cette même source, les discussions auraient récemment pris une dimension plus concrète : « Lors de notre dernière rencontre en mars 2025, les émissaires émiratis se sont montrés particulièrement réceptifs à nos arguments concernant le droit des Kabyles à l’autodétermination. Ils ont exprimé leur volonté d’explorer des voies pour soutenir notre cause sur la scène internationale. »
La réaction des services algériens
Face à ces développements, les services de renseignement algériens auraient mis en place une stratégie à plusieurs niveaux :
1. Intensification de la surveillance des personnalités du MAK, tant en Algérie qu’à l’étranger
2. Mobilisation du réseau diplomatique algérien pour observer les activités des représentants émiratis
3. Opération d’influence médiatique visant à discréditer le MAK et ses soutiens internationaux
4. Renforcement des mesures de sécurité dans les régions kabyles d’Algérie
Un rapport confidentiel aurait été transmis à la présidence algérienne (probablement) fin avril 2025, établissant un lien direct entre certaines personnalités émiraties proches du pouvoir et les dirigeants du MAK. Ce rapport aurait été le déclencheur de la réaction virulente d’Alger contre Abu Dhabi.
Les contradictions de la politique algérienne sur l’autodétermination
Cette crise met en lumière l’une des contradictions fondamentales de la politique étrangère algérienne. Alors que l’Algérie se présente comme le chantre de la défense du droit des peuples à l’autodétermination en soutenant activement les mouvements séparatistes au Sud et au Nord du Maroc, elle a toujours refusé catégoriquement d’appliquer ce même principe au peuple kabyle.
Cette position à géométrie variable illustre les contradictions de la doctrine diplomatique algérienne, qui utilise le droit à l’autodétermination comme un instrument géopolitique sélectif plutôt que comme un principe universel. En soutenant le Front Polisario au Sahara occidental et en promouvant historiquement la question palestinienne, tout en réprimant fermement les aspirations autonomistes kabyles, Alger démontre une application différenciée des principes qu’elle défend sur la scène internationale.
Cette contradiction n’a pas échappé aux dirigeants du MAK, qui dénoncent régulièrement ce qu’ils considèrent comme un « deux poids, deux mesures » dans l’approche algérienne des droits des peuples. Ces arguments seraient d’ailleurs, selon nos sources, parmi les plus convaincants auprès de leurs interlocuteurs émiratis, sensibles à cette apparente hypocrisie de la position algérienne.
Une ligne rouge absolue pour Alger
Pour comprendre la réaction démesurée d’Alger, il faut saisir l’importance cruciale de l’intégrité territoriale dans la doctrine sécuritaire algérienne. Depuis l’indépendance, l’unité nationale constitue un pilier fondamental de la légitimité du pouvoir. La Kabylie, région berbérophone du nord de l’Algérie, est considérée comme partie intégrante et non négociable du territoire national.
Le MAK, fondé en 2001 par Ferhat Mehenni, plaide pour l’autodétermination de la Kabylie. Sa classification comme organisation terroriste en 2021 illustre la sensibilité extrême du pouvoir algérien sur cette question. Tout soutien étranger, réel ou perçu, à ce mouvement est interprété comme une agression directe contre la souveraineté nationale algérienne.
Le contexte historique des tensions algéro-émiraties
Cette crise s’inscrit dans une dégradation progressive des relations entre les deux pays, marquée par plusieurs points de friction majeurs :
Divergences sur la Libye (2020-2022)
L’Algérie a soutenu le Gouvernement d’union nationale reconnu par l’ONU, tandis que les EAU ont appuyé militairement et financièrement le maréchal Haftar. En 2023, les EAU auraient activement bloqué la nomination de l’ancien ministre algérien Sabri Boukadoum comme envoyé spécial de l’ONU en Libye.
Normalisation avec Israël (2020)
La signature des Accords d’Abraham par les EAU a été perçue par Alger comme une trahison de la cause palestinienne, position historique de l’Algérie sur la scène internationale.
Suspicions d’ingérence au Sahel (2023-2024)
L’Algérie a accusé Abu Dhabi de financer des groupes armés au Mali et de contribuer à l’instabilité régionale, notamment via son soutien présumé au groupe Wagner, constituant une menace directe pour sa sécurité nationale.
La crise des déclarations de Tebboune (Avril 2024)
Sans nommer explicitement les EAU, le président algérien a dénoncé un « petit pays » finançant des opérations de déstabilisation dans la région, provoquant une réaction diplomatique émiratie.
L’équation kabyle : facteur multiplicateur de tensions
Dans ce contexte déjà tendu, les soupçons algériens de contacts entre Abu Dhabi et le MAK agissent comme un facteur multiplicateur, transformant une rivalité géopolitique en crise diplomatique aiguë. Pour Alger, ces contacts présumés s’inscrivent dans un schéma plus large de déstabilisation régionale orchestrée par les EAU, perçus comme cherchant à affaiblir l’influence algérienne dans son environnement immédiat.
Cette « équation kabyle » est d’autant plus explosive qu’elle fait écho aux accusations similaires portées contre le Maroc, qui avaient conduit à la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat en 2021. L’Algérie avait alors accusé le royaume chérifien de soutenir le MAK, franchissant une ligne rouge fondamentale.
Perspectives et scénarios possibles
À court terme, plusieurs scénarios se dessinent :
Une escalade contrôlée
L’Algérie pourrait maintenir la pression médiatique tout en évitant une rupture complète des relations diplomatiques, cherchant à obtenir des garanties discrètes d’Abu Dhabi concernant ses contacts avec le MAK.
Une rupture diplomatique
Si de nouvelles preuves venaient confirmer un soutien substantiel des EAU au MAK, l’Algérie pourrait franchir le pas d’une rupture des relations diplomatiques, sur le modèle de celle avec le Maroc en 2021.
Conclusion
L’« équation kabyle » constitue désormais une variable essentielle dans la relation complexe entre l’Algérie et les Émirats arabes unis. Au-delà des désaccords sur la Libye, le Sahara marocain ou la normalisation avec Israël, c’est la question existentielle de l’intégrité territoriale algérienne qui est désormais en jeu.
Cette nouvelle dimension du conflit diplomatique illustre la complexification des jeux d’alliances dans la région, où les puissances du Golfe cherchent à étendre leur influence en cultivant des relations avec divers acteurs politiques, y compris des mouvements contestataires. Pour Alger, ces développements constituent une menace directe à sa souveraineté nationale et à son influence régionale.
Dans le grand échiquier du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, la question kabyle devient ainsi une pièce stratégique dont l’importance dépasse largement le cadre d’un simple différend bilatéral entre Alger et Abu Dhabi. Elle s’inscrit dans une reconfiguration plus profonde des équilibres régionaux à l’œuvre depuis les printemps arabes de 2011.







