Par Abdelhakim Yamani
Fin février 2025, le Ramadan débutera dans un contexte particulièrement explosif en Algérie. Déjà, un responsable annonce une pénurie de viande rouge pour ce mois sacré, s’ajoutant aux pénuries chroniques qui frappent le pays. Durant cette période de forte consommation, ces carences risquent d’être particulièrement mal vécues par une population déjà exaspérée. Surtout, le régime ne pourra ni empêcher les rassemblements des prières nocturnes, ni réprimer violemment d’éventuelles manifestations pendant ce mois sacré.
Le proverbe marocain «قالوا له: ابوك ساقط في السوق؛ اجابهم: » من المنزل خرج مائلا» (« Ils lui annoncèrent : Ton père est tombé au marché. Il leur répondit : il titubait déjà en sortant de la maison ») semble augurer l’inévitable. Les signes d’un éventuel effondrement du régime algérien sont aussi manifestes que l’étaient ceux du régime syrien à la veille de 2011.
La mise en garde prophétique du ministre qatari des Affaires étrangères à son homologue algérien le 13 novembre 2011 – « Ne défendez pas la Syrie, votre tour viendra » – résonne désormais comme une évidence historique. Le défi lancé par Tebboune en juillet 2021 – « Notre chair est amère, que celui qui veut essayer vienne » – apparaît aujourd’hui comme la dernière bravade d’un régime condamné.
Les similitudes avec la Syrie pré-2011 sont saisissantes. Comme Damas avant sa chute, Alger cumule un isolement diplomatique sans précédent. Le rejet de sa candidature aux BRICS, accompagné du jugement lapidaire de Lavrov – « Pas de poids, pas de prestige, pas de positions » – illustre la perte totale d’influence du pays. L’éloignement progressif de la Russie, traditionnelle alliée, et le risque imminent d’exclusion de la Ligue arabe lors du prochain sommet de Bagdad accentuent cet isolement.
La situation s’aggrave avec l’arrivée anticipée à la Maison Blanche de Donald Trump et la nomination probable de Marco Rubio comme Secrétaire d’État, ce dernier ayant déjà appelé à des sanctions contre l’Algérie. Les relations exécrables avec pratiquement tous ses voisins et la perte d’influence en Afrique complètent ce tableau d’isolement quasi-total.
Cette mise au ban internationale s’ajoute à une illégitimité politique criante après des élections présidentielles massivement boycottées en septembre 2024. Le dinar poursuit sa dépréciation inexorable, atteignant 260 dinars pour un euro sur le marché parallèle, tandis que la répression intérieure s’intensifie quotidiennement.
Le revirement spectaculaire d’Alger sur la Syrie trahit la panique qui s’empare du régime. Après avoir soutenu Assad jusqu’à ses dernières heures en qualifiant les rebelles de « terroristes », le pouvoir algérien salue aujourd’hui leur victoire. Les communiqués du ministère des Affaires étrangères du 3 et 8 décembre 2024 illustrent ce grand écart : en cinq jours, Alger est passée du « soutien total » à la « République arabe syrienne face aux menaces terroristes » à un appel au « dialogue entre toutes les composantes du peuple syrien ».
L’Algérie présente des fragilités particulières qui pourraient accélérer l’effondrement. Le régime abrite le Polisario, qui risque d’être classé comme organisation terroriste dès les premières semaines du mandat Trump, faisant d’Alger un État paria du jour au lendemain. Le séparatisme en Kabylie s’affirme désormais ouvertement, créant un précédent qui résonne dans d’autres régions historiquement rétives au pouvoir central.
Les luttes intestines au sein de l’armée, exacerbées depuis l’arrivée au pouvoir du duo Tebboune-Chengriha en 2019, fragilisent l’institution qui a toujours constitué la colonne vertébrale du régime. La corruption endémique et les scandales à répétition ont miné la confiance de la troupe envers sa hiérarchie.
La crise avec la France, qui abrite pourtant les investissements et les fortunes colossales de l’oligarchie civile et militaire, prive le régime d’une soupape de sécurité traditionnelle. Si la Banque mondiale salue poliment un taux de croissance officiel de 4%, la réalité du terrain est catastrophique : dépendance totale aux hydrocarbures, échec complet des tentatives de diversification économique, fuite massive des cerveaux et des capitaux.
Les pénuries touchent désormais les produits de première nécessité : lait, huile, café, médicaments. La classe moyenne, pilier traditionnel de la stabilité sociale, s’effondre sous l’effet de l’inflation. Le chômage des jeunes atteint des niveaux explosifs tandis que l’économie informelle devient la norme.
Dans ce contexte explosif, le Ramadan 2025 pourrait bien constituer le détonateur de l’effondrement final. L’impossibilité d’empêcher les rassemblements religieux nocturnes offre une opportunité de mobilisation unique. Les pénuries alimentaires, particulièrement insupportables durant le jeûne, risquent d’être la goutte d’eau qui fait déborder le vase de la colère populaire.
La symbolique religieuse du mois sacré rendrait toute répression violente politiquement suicidaire pour le régime. Les prières surérogatoires ( Tarawih) pourraient facilement se transformer en manifestations massives, comme ce fut le cas en Syrie. La fragilisation des forces de sécurité, touchées comme le reste de la population par la crise économique, pose la question de leur fiabilité en cas de soulèvement populaire.
Tous les ingrédients d’un effondrement semblent réunis : perte totale de légitimité du pouvoir, crise économique aigüe, tensions sociales explosives, isolement international sans précédent, et décomposition de l’appareil sécuritaire. Le Ramadan 2025 pourrait bien être le moment où le régime algérien, qui « titubait déjà en sortant de la maison », finit par s’effondrer au grand jour.
La chute du régime syrien, que l’Algérie a soutenu jusqu’au bout, apparaît rétrospectivement comme une répétition générale. La prophétie qatarie de 2011 trouve son accomplissement, rappelant que les régimes qui refusent obstinément toute évolution finissent invariablement par s’effondrer, particulièrement quand ils se retrouvent aussi isolés sur la scène internationale.








