IGH-SA-2026-10-15-01 · 15 octobre 2026 · Niveau : IMPORTANTE
USA–Maroc et la résolution A/C.4/81/L.4 : un vote contre nature ?
Sahara occidental marocain : derrière le vote opposé de Washington et de Rabat, deux doctrines diplomatiques distinctes, et un enjeu stratégique à la veille de la prochaine échéance au Conseil de sécurité.
Ce qui est établi
Le scrutin. Le 15 octobre 2026, la Quatrième Commission de l’Assemblée générale (AG) de l’Organisation des Nations unies (ONU) a adopté sa résolution annuelle sur la question du Sahara occidental marocain par 152 voix pour, 2 contre et 7 abstentions. Le tableau de vote affiché en séance, confirme le détail nominal :

| Pour : 152 | Dont le Maroc et l’Algérie, d’après le tableau. |
| Contre : 2 | États-Unis, Israël. |
| Abstentions : 7 | Brunei Darussalam, Cameroun, France, Honduras, Liberia, Maldives, Royaume-Uni. |
Le compte rendu officiel écrit de la séance n’a pas été retrouvé ; le tableau de vote en tient lieu à ce stade.
La rupture de pratique. Le texte, présenté par le président sénégalais de la Commission, était traditionnellement adopté sans vote depuis 2006. Les comptes rendus onusiens consultés pour 2005, 2015, 2019 et 2023 le confirment.
La demande américaine. Selon le communiqué de l’agence Maghreb Arabe Presse (MAP), la délégation américaine a demandé à la dernière minute un vote sur les 23 projets de résolution, y compris ceux adoptés habituellement sans vote. Cette source rattache la démarche à une orientation du Département d’État visant à exiger un vote sur toutes les résolutions des six Grandes Commissions ; aucun document américain ne la confirme à ce stade.
La résolution 2797 (2025). Adoptée par 11 voix pour, aucune contre et 3 abstentions (Chine, Pakistan, Russie), l’Algérie n’ayant pas pris part au vote, elle prend comme base des discussions la proposition marocaine d’autonomie et reconnaît qu’une autonomie véritable « sous souveraineté marocaine » pourrait constituer la solution la plus réaliste. Les États-Unis, rédacteurs du texte, ont présenté cette proposition comme la seule base d’une solution durable.
Le texte A/C.4/81/L.4. Il cite la résolution 2797 dans la liste des résolutions du Conseil de sécurité et au paragraphe 2, qui soutient le processus de négociation en vue d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable garantissant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental marocain. Il réaffirme le droit inaliénable des peuples à l’autodétermination et à l’indépendance (résolution 1514) et reconnaît la validité de toutes les options conformes aux résolutions 1514 et 1541. Une partie du contenu est héritée de textes antérieurs : les rounds de négociation de 2007 à 2012 y sont toujours salués.
1. La cohérence du vote marocain
Les explications marocaines avancent plusieurs raisons : le texte confirme la résolution 2797, il est constant depuis vingt ans et ne préjuge pas du statut du territoire, en soutenant la dynamique du Conseil sous le Chapitre VI de la Charte. La référence à la 2797 est inédite dans le texte annuel, son adoption (31 octobre 2025) étant postérieure à l’examen de la question par la Commission en 2025. Le vote est cohérent avec la doctrine de Rabat : l’autodétermination s’exerce par l’autonomie dans le cadre de la souveraineté du Royaume, et la 2797 s’inscrit ainsi dans la continuité des travaux de l’AG.
Deux limites.
- Le texte ne vaut pas reconnaissance juridique de la souveraineté marocaine. Il faut distinguer la portée politique de la référence à la 2797, le cadre revendiqué par Rabat et la formulation juridique effective du texte.
- Une tension à relever, sans la tenir pour démontrée. Le 13 octobre, l’ambassadeur Omar Hilale a présenté la lecture décoloniale du dossier comme dépassée, et le maintien de la question à l’agenda du Comité des 24 comme anachronique. Rabat a pourtant voté un texte relevant de l’agenda de la décolonisation. Un média panafricain, Afrik.com, en conclut que le Maroc a lui-même validé ce cadre. La réponse marocaine (texte constant, statut non préjugé) est une position officielle.
2. Le vote américain : ce que l’on sait, ce que l’on ignore
Aucune explication de vote américaine sur L.4 n’a été retrouvée. Les motifs restent donc non documentés. Trois éléments documentaires éclairent néanmoins les hypothèses.
- La pratique américaine à la Quatrième Commission. En 2025, les États-Unis ont demandé un vote enregistré et voté non sur des textes relatifs à l’information, puis voté non sur huit résolutions de décolonisation, en invoquant des réserves anciennes : caractère non contraignant de la résolution 1514, réaffirmations ne liant que les États qui les ont adoptées, efficacité de l’usage des ressources.
- Le précédent de 2023. Les États-Unis avaient demandé un vote sur cinq textes et voté contre tous, tandis que le texte sur le Sahara était adopté sans vote. Cette année, ce texte entre dans le périmètre du vote demandé.
- Le Conseil de sécurité. Washington a rédigé et défendu la 2797 en octobre 2025.
Hypothèses (aucune n’est établie ; elles ne s’excluent pas).
- H1, logique procédurale générale : appuyée par la demande portant sur les 23 textes, mais sourcée côté marocain.
- H2, réserves sur le contenu : L.4 réaffirme précisément la résolution 1514, objet des réserves américaines documentées en 2025. Ce recoupement est un indice, non une preuve.
- H3, distinction entre enceintes : soutien maintenu au Conseil de sécurité, réserve à l’Assemblée générale.
3. Ce que la divergence permet de conclure, ou non
- Le vote seul ne vaut pas message politique. Dans les comptes rendus consultés pour des sessions antérieures, la France et le Royaume-Uni s’abstiennent de façon répétée sur des textes de décolonisation, tandis qu’Israël et les États-Unis votent contre. Or la France soutient la souveraineté marocaine selon l’American Society of International Law (ASIL). Le vote sur L.4 n’est donc pas un indicateur fiable de la position sur la 2797.
- Il n’est pas non plus neutre. Un vote négatif sur un texte citant la 2797 reste un signal observable, même si sa cause est procédurale. Il offre toutefois aussi à Alger et au Polisario un « argument » : le Polisario voit dans l’autodétermination l’unique option d’une indépendance, faisant fi du reste de la résolution 1514 et considère ainsi ce vote comme une réaffirmation du cadre juridique du conflit.
- La portée de la référence à la 2797 est réelle sur le plan diplomatique (ancrage dans l’AG) et limitée sur le plan normatif (aucune reprise de la substance sur l’autonomie).
- Rien ne permet de déduire le contenu du prochain texte du Conseil. Le mandat de la MINURSO expire le 31 octobre 2026.
4. Conclusion
Le « vote contre nature » n’est que l’illustration d’une méconnaissance du langage diplomatique et de la procédure onusienne. Le paradoxe s’explique de façon plausible par la différence des doctrines : Washington vote selon une pratique constante contre les textes de décolonisation, Rabat vote pour inscrire la 2797 dans la continuité de l’AG.
Indicateurs et surveillance
- Compte rendu officiel de la séance et explication américaine éventuelle.
- Déclarations de Washington sur le processus politique et l’autonomie avant le 31 octobre.
- Formulation du texte du Conseil de sécurité : maintien ou non de la base autonomie.
- Vote de l’AG en séance plénière en décembre, et ses explications de vote.
Conditions d’invalidation. Une explication américaine visant le fond de la 2797, ou un infléchissement de Washington au Conseil, ferait basculer la lecture vers une divergence substantielle.
Sources
- Projet de résolution A/C.4/81/L.4, ONU, 7 octobre 2026.
- Tableau de vote de la Quatrième Commission, 15 octobre 2026 (capture transmise à l’IGH).
- Hespress / MAP, 15 octobre 2026
- Afrik.com, 15 octobre 2026
- ONU, communiqué sur la résolution 2797 (2025)
- Mission américaine auprès de l’ONU, explication de vote du 31 octobre 2025
- Mission américaine auprès de l’ONU, résolutions de décolonisation, 16 octobre 2025
- ONU, Quatrième Commission, 2023
- Le360, intervention d’Omar Hilale, 13 octobre 2026






