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AMAR BELANI : DU CHEVAL DE TROIE AU JUDOKA

Paradoxe d'une contreproductive tentative de recadrage qui renforce la lecture stratégique d'un texte retiré

Institut Géopolitique Horizons by Institut Géopolitique Horizons
7 octobre 2026
in Actualités, Afrique, Algérie, Analyse Stratégique, Documents, Maghreb, Maroc
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AMAR BELANI : DU CHEVAL DE TROIE AU JUDOKA

Institut Géopolitique Horizons (IGH) · Analyse stratégique

AMAR BELANI : DU CHEVAL DE TROIE AU JUDOKA

Paradoxe d’une contreproductive tentative de recadrage qui renforce la lecture stratégique d’un texte retiré

Référence : IGH-AS-2026-10-07-01 · 7 octobre 2026 ·

Cette analyse prolonge la réflexion engagée par l’IGH dans sa précédente note consacrée au premier texte d’Amar Belani : « L’autonomie vue par l’Algérien Amar Belani : le cheval de Troie du processus de négociation ? ». Elle la complète en lisant ce premier texte à la lumière du second, consacré au rapport du Secrétaire général des Nations unies.

Résumé exécutif

Deux publications successives d’Amar Belani forment une séquence qui se lit d’un seul tenant. La première, rédigée en arabe et présentée comme une « simulation », décrit comment le Front populaire pour la libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro (Front Polisario) peut entrer dans le cadre de l’autonomie sans la reconnaître comme règlement définitif : garanties internationales, arbitrage indépendant, partage des ressources, désarmement conditionné, transition d’environ dix-huit mois, évaluation, réexamen après dix à quinze ans. Elle est ensuite retirée. La seconde, consacrée au rapport S/2026/781 du Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), António Guterres, retient onze éléments du cadre onusien favorables au Front.

« Belani a produit un second texte qui, lu à la lumière du premier, rend plus intelligible la stratégie que le premier avait exposée. »

Le premier texte expose la stratégie ; le second en identifie les points d’appui dans le cadre onusien. Le premier disait quoi faire. Le second montre sur quels éléments du cadre onusien cette stratégie peut s’appuyer.

  • La logique d’entrée (cheval de Troie). L’autonomie est acceptée comme point d’entrée dans le processus, non comme point d’arrivée.
  • La méthode (judoka). Les règles, garanties et principes du cadre sont utilisés pour déplacer le centre de gravité de la négociation, du statut vers les garanties, la séquence et la consultation.
  • Le point de friction. L’ordre entre désarmement et garanties, et la nature de la consultation, sont les deux endroits où la négociation se jouera.

La portée de la séquence tient à son auteur. Amar Belani est un diplomate de carrière algérien, qui a exercé des responsabilités importantes au ministère des Affaires étrangères, en communication diplomatique, en représentation multilatérale et sur le dossier saharien. Cette note n’attribue pas ces textes à une position officielle. Elle relève que la précision de la construction est celle d’un praticien du dossier, et c’est ce qui la rend significative.

I. Ce que le premier texte construit

1. Entrer dans la négociation sans en accepter le résultat

La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, fait du plan marocain d’autonomie la base des négociations sans en imposer l’issue. Trois cycles de pourparlers ont depuis réuni à Washington et à Madrid le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie. Le texte part de ce cadre et pose une hypothèse : après plus d’un demi-siècle de conflit, le Front peut considérer que l’indépendance n’est plus sa seule option. Il discuterait alors de l’autonomie, mais refuserait qu’elle lui soit imposée comme solution définitive.

Tout repose sur une distinction : participer à une négociation n’est pas en accepter l’issue. L’autodétermination reste au cœur du processus, et le défi consiste à l’articuler avec l’autonomie. Le texte localise ensuite avec précision l’endroit où le projet marocain, tel qu’il le décrit, heurte ce principe : un exécutif nommé par le roi et un référendum national ouvert à l’ensemble des Marocains. Le Front demanderait un exécutif issu du parlement régional et une consultation limitée aux seuls Sahraouis. Ces deux points tracent la ligne de fracture entre autonomie et autodétermination.

2. Une architecture de garanties

Le texte part d’un constat : une autonomie inscrite dans un système politique non démocratique ne se garantit pas par la seule Constitution marocaine. Il cite la régionalisation annoncée en 2011, qui progresse difficilement, et la répression du mouvement du Rif en 2016-2017. D’où une série de dispositifs qui dépassent le cadre constitutionnel : un accord enregistré auprès de l’ONU, des États garants, un mécanisme permanent de suivi, un arbitrage indépendant, une protection du statut contre toute modification unilatérale.

Le dispositif est complété par un mécanisme de déclenchement. Le statut définirait les violations qui ouvrent une procédure internationale : dissolution du parlement, retrait de compétences, refus d’investir l’exécutif élu, arrestations collectives d’élus, détournement des revenus régionaux. Une instance indépendante statuerait rapidement, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) vérifierait la situation sur le terrain, et les États-Unis seraient associés à un second garant, l’Union européenne ou l’Union africaine. Côté gouvernance, l’exécutif serait issu du parlement, la loi électorale et le corps électoral seraient négociés, les revenus de la pêche, des phosphates et de l’énergie feraient l’objet d’un partage garanti. Le « double verrou » sur les projets stratégiques serait défini avec précision pour ne pas devenir un veto permanent de Rabat.

La clause de réexamen après dix ou quinze ans, avec nouvelle consultation possible en cas de violation grave et persistante, est la pièce la plus habile. Le texte la présente comme une perspective différente, pour Rabat, d’un mécanisme conduisant automatiquement à l’indépendance. L’architecture ne cherche pas à rejeter l’autonomie : elle rend sa réversibilité coûteuse et sa violation justiciable, en offrant à l’autre partie une sortie qui n’est pas automatique.

3. Une séquence, donc une temporalité

Rabat souhaite que le désarmement précède les garanties ; le Front veut l’inverse. Le texte lie les deux processus. Le désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) commence après l’enregistrement de l’accord auprès de l’ONU, le déploiement d’observateurs et la mise en place des premières institutions. Les étapes suivantes dépendent de l’inscription du statut dans la Constitution, de l’amnistie, du transfert des compétences, de la libération des détenus et de l’élection du parlement régional. La remise définitive des armes intervient après un premier transfert garanti de ressources et un rapport positif des États garants. Le Front devient un parti légal, une partie des anciens combattants rejoint la police régionale, le retour des réfugiés est progressif. Une transition d’environ dix-huit mois précède plusieurs années de test, puis une première évaluation.

Autonomie → garanties → transition → institutionnalisation → désarmement → mise en œuvre → évaluation → éventuel réexamen.

Cette temporalité est l’élément décisif. Le texte déplace la négociation du quoi (le statut) vers le dans quel ordre (la séquence), et c’est dans l’ordre que se loge le rapport de force : qui livre en premier, qui détient l’instrument de vérification, qui peut suspendre. Les deux scénarios finaux le confirment. Si les garanties fonctionnent, Rabat peut constater qu’une autonomie réelle sert aussi ses intérêts. Si elles restent théoriques, une répression à Laâyoune peut provoquer une mobilisation et la reprise du conflit armé. Entre les deux, le texte identifie cinq conditions : arbitrage rapide, garants capables d’agir, sanctions prévisibles, désarmement progressif et volonté réelle de Rabat de faire réussir une autonomie substantielle.

Le texte se dit « simulation ». Par son contenu, il est un modèle de négociation complet, avec ses conditions, ses mécanismes, sa chronologie et ses issues.

II. Le retrait : une publication disparue, une information qui demeure

Le premier texte a été publié puis retiré, et le second l’a remplacé. La cause du retrait n’est pas établie publiquement : le constat d’être allé trop loin, une demande extérieure ou le jugement qu’une publication devenait contreproductive restent des hypothèses. La séquence n’a pas besoin de trancher entre elles. Le retrait modifie la nature de la séquence sans en effacer le contenu. Il signale que le texte a été jugé trop explicite ; il ne fait pas disparaître ce qu’il explicite.

Un texte retiré après diffusion devient une information qui circule hors de son auteur. Son contenu reste identifiable et analysable, et le texte qui lui succède se lit nécessairement à travers lui. Le retrait donne même une indication : le premier texte comptait assez pour être retiré, et le texte de remplacement n’est donc pas un choix neutre.

III. Le second texte : ce qu’il sélectionne dans le rapport Guterres

Le second texte change de registre. Il passe de la simulation au commentaire du cadre onusien, et recentre le propos sur l’autodétermination. Il ne résume pas le rapport S/2026/781 : il en extrait onze éléments. Ils se regroupent en trois familles, qui n’ont pas la même fonction.

FamilleÉléments retenus par BelaniFonction stratégique
Cadre politiqueProposition du Front du 20 octobre 2025 ; résolution 2797 « cadre sans issue prescrite » ; participer n’est pas accepter l’issue ; autodétermination et souveraineté non réglées ; consultation « libre et volontaire » ; Front maintenu comme interlocuteur directPoints d’appui de l’architecture : légitimer l’entrée sans la clôture
Pression normativePréoccupation du Secrétaire général sur les droits humains ; détenus de Gdeim Izik et décisions du Comité contre la torture ; absence d’accès du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) depuis 2015 ; réserves d’experts onusiens sur une désignation terroriste du FrontFonder la demande de garanties externes : le cadre constitutionnel marocain seul ne vérifie pas
Supervision et terrainEnquêtes de la MINURSO sur des frappes de drones à l’est du mur ; prolongation recommandée jusqu’au 31 octobre 2027Préserver l’instrument de vérification qui préfigure l’instance du premier texte

La sélection est stratégiquement importante lorsqu’on la confronte au premier texte, pour trois raisons. Les éléments de la première famille sont ceux sur lesquels repose la logique d’entrée. La deuxième famille répond à un besoin précis du premier texte, qui appelait des garanties « dépassant le cadre constitutionnel marocain » : le rapport documente un déficit de surveillance indépendante, que le second texte met en avant. La troisième maintient en vie le seul instrument de vérification déjà installé sur le terrain, celui auquel le premier texte confie la vérification des violations.

Une sélection n’est pas un résumé. Elle laisse hors champ des éléments du même rapport, que la section VII examine parce qu’ils indiquent où le dispositif est le moins solide.

IV. La lecture croisée : le second texte donne les clés du premier

Le premier texte répond à la question : quelle architecture le Front peut-il rechercher ? Le second répond à une autre : sur quels principes et mécanismes du cadre onusien cette architecture peut-elle s’argumenter ? La matrice suivante met en relation les deux textes avec le rapport (les références renvoient aux paragraphes de S/2026/781).

Premier texteCadre onusien (S/2026/781)Fonction
L’autonomie est une base, non un règlement définitifCadre de négociation qui ne prescrit pas d’issue ; participer n’est pas accepter l’issue (¶5) ; le projet de statut marocain est lui-même conçu comme base de négociation plutôt qu’accord de résultat (¶3)Entrer sans clore
Articuler autonomie et autodéterminationAutodétermination et souveraineté parmi les points les plus contentieux (¶10) ; objectif : une solution qui assure l’autodétermination (¶59)Maintenir la question du statut ouverte
Consultation limitée aux Sahraouis, avec possibilité de refusConsultation significative : choix libre et volontaire d’accepter ou de rejeter (¶61)Faire de l’autodétermination une procédure de validation
Accord enregistré à l’ONU, États garants, suivi permanentGaranties internationales de mise en œuvre, engagement renforcé des États et organisations régionales (¶62) ; « fortes garanties » (¶10, ¶12)Internationaliser l’exécution
Transition de dix-huit mois, ressources, amnistie, DDR, système électoralConseil de transition, partage des ressources, amnistie, DDR, systèmes électoraux débattus à Madrid (¶8) ; projet d’accord-cadre sur la phase transitoire (¶9, ¶13)Inscrire la séquence dans l’agenda existant
Le Front devient acteur politique légal et institutionnelPartie directe des trois cycles, représentée par son responsable de la politique étrangère ; proposition du 20 octobre 2025 (¶3, ¶6)Statut d’interlocuteur
Vérification sur le terrain par la MINURSORôle de surveillance, d’enquête et de liaison ; prolongation recommandée jusqu’au 31 octobre 2027 (¶65)Conserver l’instrument de contrôle
Un cadre constitutionnel marocain seul ne garantit pas (Rif, régionalisation)Absence de surveillance indépendante, HCDH sans accès depuis 2015, Gdeim Izik (¶51 à ¶53)Justifier des garanties externes

Trois observations ressortent de cette confrontation. La première concerne la correspondance de contenu. Elle n’est pas terme à terme, elle est structurelle : pour chaque pilier du premier texte, le second sélectionne l’appui onusien correspondant. La deuxième concerne la correspondance de séquence. Ressources, amnistie, DDR, systèmes électoraux, rôle des acteurs internationaux et garanties de mise en œuvre sont exactement les sujets que le rapport consigne comme débattus lors du deuxième cycle, à Madrid (¶8). Le premier texte ne flotte donc pas dans l’abstrait : il s’insère dans l’agenda réel de la négociation, et ce recoupement tient à ce que l’architecture a été conçue dans le vocabulaire même du processus.

La troisième concerne la grammaire des deux textes. Le premier est écrit au verbe d’action : obtenir, lier, séquencer, conditionner. Le second est écrit au nom du cadre : résolution, consultation, garanties, Mission. Le premier dit quoi faire ; le second montre sur quoi s’appuyer. C’est cette complémentarité qui constitue le fait analytique majeur de la séquence.

V. Du cheval de Troie au judoka

Le cheval de Troie : entrer dans le cadre

La logique du premier texte est celle de l’entrée. Ne pas rejeter frontalement l’autonomie, accepter son statut de base de négociation et empêcher qu’elle soit convertie d’emblée en résultat définitif. L’autonomie est un point d’entrée dans le processus, non un point d’arrivée. Cette posture a un avantage tactique : elle permet de siéger à la table sans souscrire à son issue présumée, et elle s’appuie sur une formule que le Secrétaire général lui-même reprend, selon laquelle participer à la négociation n’équivaut pas à en accepter le résultat.

Le judoka : utiliser le poids du cadre

La lecture croisée révèle la seconde logique. Une fois le cadre accepté, ses propres règles servent à déplacer progressivement le centre de gravité de la négociation. Trois prises structurent le dispositif.

  • Déplacer l’objet de la négociation. On passe du statut final aux conditions de son exercice : garanties, institutions, compétences, ressources, représentation, sécurité, consultation. Le conflit ne porte plus d’abord sur la souveraineté, mais sur les modalités de l’autonomie.
  • Retourner la distinction « base / issue ». Le cadre onusien, comme le statut marocain, présente l’autonomie comme base de discussion et non comme accord de résultat. Le dispositif en tire que la base ne vaut pas résultat.
  • Ancrer le rapport dans des tiers. Accord enregistré à l’ONU, États garants, instance d’arbitrage, MINURSO : la relation bilatérale asymétrique devient un rapport où des tiers détiennent les instruments de vérification.

Le judo consiste à utiliser la force de l’adversaire plutôt qu’à s’y opposer. Ici, la force, c’est le cadre lui-même : plus Rabat insiste sur la primauté de la procédure onusienne, plus la procédure fournit au Front des principes à invoquer. La clause de réexamen sans automaticité est la concession qui rend l’entrée acceptable pour la partie adverse.

Autonomie comme base de négociation → absence de résultat prédéterminé → garanties internationales → consultation → autodétermination maintenue → institutionnalisation du Front → supervision internationale → réexamen possible.

C’est cette séquence qui donne leur cohérence aux deux publications lorsqu’elles sont lues ensemble.

VI. بغى يكحلها، عماها : le paradoxe du recadrage

Le proverbe dit littéralement : il voulait lui mettre du khôl, il lui a crevé l’œil. Il désigne celui qui, en voulant corriger, aggrave. Employé ici comme formule de synthèse analytique, il décrit un effet précis : en cherchant à recadrer le premier texte, le second le rend plus lisible pour quiconque connaît les deux.

Le premier texte avait un défaut : il était trop explicite. Son degré de précision, son architecture opérationnelle, sa temporalité et ses mécanismes institutionnels dépassaient le registre d’une simulation. Le second devait déplacer le centre du discours vers le rapport Guterres, l’autodétermination et le droit international. Il produit trois effets inverses :

  • Il confirme la lisibilité du premier. Un recadrage véritable n’aurait pas repris les appuis exacts de la stratégie qu’il corrige.
  • Il hiérarchise. En choisissant onze éléments parmi un rapport de plusieurs dizaines de paragraphes, il désigne les priorités de la stratégie.
  • Il fournit un référentiel. Là où le premier texte avançait des mécanismes, le second les adosse à des formulations onusiennes citables.

La séquence est donc plus informative que chacun des textes pris isolément. Le retrait a retiré le texte ; il n’a pas retiré la logique, et le texte de remplacement la prolonge.

VII. Ce que la séquence révèle de la dynamique de négociation

La séquence met en évidence quatre mouvements. L’autonomie devient un point d’entrée plutôt qu’un point d’arrivée. Les garanties internationales deviennent le centre de gravité de la négociation, ce que l’Envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura, a lui-même placé au cœur de sa démarche en parlant de normes internationales les plus élevées et de fortes garanties (¶10). La temporalité longue, entre transition, test et réexamen, devient un élément stratégique en soi. Enfin, le conflit se déplace d’un affrontement sur le statut territorial vers une négociation sur les institutions, les compétences, les ressources, la représentation, la sécurité, la consultation et les mécanismes de contrôle.

La marge réelle du judoka

Ce dispositif ne dispose que de la prise que lui laisse le cadre, et le cadre a deux faces. Le rapport rappelle que, selon la résolution 2797, une autonomie véritable « pourrait représenter l’issue la plus réaliste » (¶60). Il note que l’Union européenne a actualisé sa position en janvier 2026 pour prendre le projet marocain comme base de négociation, que la Suède et la Suisse en soutiennent la crédibilité et que le Mali et le Honduras ont suspendu leur reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (¶15). Le second texte ne retient aucun de ces éléments. Il ne retient pas non plus les incidents imputés au Front, dont le tir de Smara du 5 mai, qui a blessé un civil et été condamné par les États-Unis (¶21), ni les restrictions que le Front impose à la MINURSO à l’est du mur (¶33).

Ces éléments sont précisément ceux que Rabat opposerait à la lecture judoka : la fiabilité du Front comme garant d’un désarmement et l’équilibre réel de l’appui international. Ils indiquent aussi où le dispositif est le plus exposé. L’ordre entre désarmement et garanties est le point où les deux lectures se heurtent frontalement : c’est là que la négociation se jouera, parce que chaque partie y demande à l’autre de livrer en premier.

VIII. Évaluation stratégique IGH

Faits établis

  • Deux publications successives, dont la première a été retirée, et dont le contenu est identifiable.
  • Le second texte retient onze éléments du rapport S/2026/781, dont la consultation « libre et volontaire » (¶61), les garanties internationales (¶62) et la prolongation de la MINURSO (¶65).
  • Les sujets du premier texte, ressources, amnistie, DDR, systèmes électoraux, garanties de mise en œuvre et phase transitoire, figurent à l’agenda consigné par le rapport (¶8, ¶9, ¶13).

Déduction analytique

Les deux textes sont fonctionnellement complémentaires : le premier fournit la mécanique, le second les appuis politico-juridiques. La séquence relève de la logique « cheval de Troie → judoka ». Confiance : élevée sur la correspondance de contenu, moyenne sur la lecture de la séquence comme démarche cohérente. La note analyse le dispositif, non l’intention de l’auteur.

Non établi

Le motif du retrait, une éventuelle instruction extérieure, une validation institutionnelle de la stratégie et l’existence d’un mandat officiel derrière les publications.

Implications pour les décideurs marocains

  • Ne pas lire l’acceptation de l’autonomie comme une clôture. La négociation se déplace vers les garanties, la séquence et la consultation, et c’est là qu’il faut préparer des positions.
  • Anticiper le débat sur les garanties en proposant un dispositif propre, plutôt que de laisser un mécanisme de déclenchement défini par l’autre partie. Le « double verrou » et la clause de réexamen sont les deux points à cadrer.
  • Faire valoir l’ordre désarmement-garanties : c’est le terrain où l’appui international constaté par le rapport (¶15) et les incidents documentés (¶21, ¶33) jouent en faveur de Rabat.

Indicateurs à surveiller

  • La rédaction du renouvellement du mandat de la MINURSO avant le 31 octobre 2026 : présence ou absence des mots « consultation » et « garanties », reprise ou non de la formule de l’issue la plus réaliste.
  • L’adoption ou non du cadre d’accord sur la phase transitoire et du Conseil de transition (¶13).
  • La position de Rabat sur l’exécutif régional et sur le référendum national.
  • La reprise des mécanismes du texte retiré dans les prochaines communications du Front ou d’Alger. Une reprise confirmerait la lecture ; un abandon net du vocabulaire des garanties et de la consultation l’invaliderait.
  • Le sort du projet de loi américain demandant l’examen d’une désignation terroriste du Front (¶54).

Conclusion

La question centrale n’est pas : pourquoi Belani a-t-il retiré son premier texte ? Elle est : pourquoi le texte qui lui succède, lu à la lumière du premier, en renforce-t-il la cohérence stratégique plutôt qu’il ne la neutralise ? Parce qu’il retient, dans le rapport Guterres, les piliers sur lesquels le premier reposait : l’absence de résultat prédéterminé, l’autodétermination, la consultation libre et volontaire, les garanties, le statut du Front, le rôle de la MINURSO.

Belani a produit un second texte qui, lu à la lumière du premier, rend plus intelligible la stratégie que le premier avait exposée.

Le premier texte avait le défaut d’être trop explicite. Le second, voulu comme recadrage, ne supprime pas cette information. Pour le lecteur qui possède les deux, il fournit les clés qui relient la stratégie exposée au premier à l’environnement politico-juridique du processus onusien. La conclusion porte sur la séquence, non sur chaque texte pris isolément : le cheval de Troie dit comment entrer, le judoka dit comment, une fois entré, déplacer le centre de gravité.

Sources

  • Rapport du Secrétaire général de l’ONU sur la situation concernant le Sahara occidental, S/2026/781, 1er octobre 2026.
  • Résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité, 31 octobre 2025, telle que citée dans le rapport S/2026/781.
  • Amar Belani, premier texte (simulation « Le Front Polisario face à l’option de l’autonomie »), publié puis retiré.
  • Amar Belani, second texte « Rapport Guterres : l’autodétermination reste au cœur du processus ».
  • Institut Géopolitique Horizons (IGH), « L’autonomie vue par l’Algérien Amar Belani : le cheval de Troie du processus de négociation ? », horizons.ma.

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