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Sommet extraordinaire de Luanda : vers une nouvelle approche africaine des crises ?

Luanda pose de nouvelles questions sur la prévention et la stabilisation en Afrique, que l’IGH explore depuis 2024.

Institut Géopolitique Horizons by Institut Géopolitique Horizons
30 août 2026
in Actualités, Afrique, Analyse Stratégique, Documents, Maroc
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Sommet extraordinaire de Luanda : vers une nouvelle approche africaine des crises ?
INSTITUT GÉOPOLITIQUE HORIZONS
ANALYSE STRATÉGIQUE — IGH-AS-2026-08-30-01
Sommet extraordinaire de Luanda : vers une nouvelle approche africaine des crises ?
Face aux limites des réponses traditionnelles, Luanda pose la question d’une nouvelle manière africaine de penser la prévention, la sécurité et la stabilisation. Des interrogations que l’IGH explore, sous différentes formes, depuis 2024.
Institut Géopolitique Horizons
Direction de la Recherche — 30 août 2026

Les 29 et 30 août 2026, l’Union africaine a réuni à Luanda deux sessions extraordinaires consacrées au renforcement de ses mécanismes de prévention et de résolution des conflits, à l’issue desquelles a été adoptée une Décision de Luanda assortie d’un Plan d’action et d’une matrice de mise en œuvre. Le texte intégral de ce Plan d’action n’étant pas, à ce jour, publiquement accessible, ce texte distingue les orientations confirmées par les travaux préparatoires et les déclarations officielles des interprétations qu’elles autorisent. Plusieurs des questions que ce sommet met en évidence rejoignent, sous une forme différente, des pistes que l’Institut Géopolitique Horizons explore depuis 2024 — une convergence de questionnements, non une identité de réponses.

Luanda : pourquoi un sommet extraordinaire ?

Pourquoi l’Union africaine a-t-elle jugé nécessaire de convoquer, les 29 et 30 août 2026 à Luanda, un sommet extraordinaire entièrement consacré à la paix et à la sécurité ? La question mérite d’être posée avant toute autre : elle situe d’emblée l’enjeu du sommet au-delà de son seul ordre du jour institutionnel.

Le week-end a réuni deux instances de l’organisation : le 29 août, la 26e session extraordinaire du Conseil exécutif ; le lendemain, la 21e session extraordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement. L’initiative revient à l’Angola, portée par le président João Lourenço, et fait suite à une décision adoptée lors de la 39e session ordinaire de la Conférence, en février 2026. Plus d’une dizaine de chefs d’État et de gouvernement, une dizaine de premiers ministres, plusieurs vice-présidents et ministres ont pris part aux travaux, tenus au Luanda Convention Centre — parmi eux la Côte d’Ivoire, représentée par le vice-président Tiémoko Meyliet Koné au nom du président Alassane Ouattara, et le Royaume du Maroc, représenté par le chef du gouvernement Aziz Akhannouch au nom du roi Mohammed VI.

Le thème retenu porte sur l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) — le Conseil de paix et de sécurité, le Système continental d’alerte précoce, le Groupe des sages, les mécanismes de médiation et le Fonds pour la paix — un dispositif institutionnel déjà ancien, dans lequel le Système continental d’alerte précoce collecte et analyse des indicateurs de risque à l’échelle du continent, tandis que le Groupe des sages, composé de personnalités africaines de premier plan, est mobilisé pour des missions de bons offices et de médiation. Les délégations y ont examiné, puis adopté, une Décision de Luanda et son Plan d’action, assortis d’une matrice de mise en œuvre dont l’un des volets porte explicitement sur le financement de ces mécanismes. Le texte intégral de ce Plan d’action n’ayant pas été rendu public au moment de la rédaction, les orientations présentées plus loin doivent être comprises comme des éléments rapportés par les travaux préparatoires et les déclarations du sommet, et non comme des dispositions officielles citées telles quelles.

Le sommet intervient alors que plusieurs foyers de crise sollicitent simultanément l’attention du continent : la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo, où l’Union africaine agit désormais par l’intermédiaire du président togolais Faure Gnassingbé, mandaté depuis mars 2025 pour succéder à l’Angola dans la médiation avec le Rwanda, aux côtés des États-Unis, du Qatar et de la Suisse — comme l’illustre l’accord sur une feuille de route trouvé le 22 août à Genève entre Kinshasa et l’AFC/M23 —, mais aussi le Sahel, la Corne de l’Afrique et le Soudan. C’est dans ce contexte que le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, est intervenu le 29 août pour plaider en faveur d’une prévention articulant paix, sécurité et développement, et pour un traitement des causes profondes des conflits plutôt que de leurs seules manifestations. Ces crises, bien que d’origines distinctes, ne sont pas non plus totalement indépendantes les unes des autres : la dégradation prolongée d’un théâtre peut favoriser des dynamiques de contagion — circulation d’armes, de combattants ou de trafics — vers des zones voisines, ce qui renforce l’intérêt de mécanismes capables d’agir à l’échelle continentale plutôt que dossier par dossier.

Le choix du moment n’est pas neutre. La décision de convoquer ce sommet remonte à février 2026, mais sa tenue intervient alors que l’un des tests les plus concrets de la capacité africaine à peser sur une crise en cours se joue, au même moment, dans l’est de la RDC — où le médiateur togolais mandaté par l’Union africaine participe directement, aux côtés des grandes puissances impliquées, à la recherche d’un règlement négocié. Luanda n’en est d’ailleurs pas à sa première contribution normative du cycle 2025-2026 : la capitale angolaise avait déjà accueilli, en octobre 2025, l’adoption d’une déclaration continentale sur le financement des infrastructures, puis, en juillet 2026, celle sur l’économie bleue africaine — signe de la centralité prise par l’Angola dans la production d’instruments normatifs de l’Union africaine sous la présidence de João Lourenço.

L’enjeu n’est donc pas de dresser un inventaire des crises africaines de l’année. Il est de savoir si le continent dispose aujourd’hui de mécanismes suffisamment efficaces pour agir avant que ces crises ne deviennent incontrôlables — question à laquelle Luanda tente d’apporter, au moins partiellement, une réponse institutionnelle.

Le vrai enjeu : passer de l’alerte à l’action

Le contenu précis du Plan d’action de Luanda reste, au moment de la rédaction, partiellement confirmé : son texte intégral n’a pas été publiquement diffusé, et ses dispositions doivent être distinguées des grandes orientations rapportées par les travaux préparatoires, les déclarations issues du sommet et sa confirmation officielle d’adoption le 30 août. Sous cette réserve méthodologique, ces orientations convergent vers un même diagnostic. Conçue au cours des années 2000 dans le prolongement de la création de l’Union africaine, l’Architecture africaine de paix et de sécurité visait déjà à doter le continent d’un dispositif autonome de prévention et de gestion des crises. Deux décennies plus tard, Luanda revient sur cette même ambition, mais sous une forme resserrée sur la question de l’exécution plutôt que sur celle de la conception : les institutions existent déjà ; ce qui est mis en cause, c’est leur capacité à produire des résultats.

Selon les éléments rendus publics, le plan vise d’abord à mieux articuler les systèmes d’alerte précoce et le déclenchement de mesures concrètes — notamment via le Mécanisme d’activation pour l’alerte précoce et l’action précoce, censé permettre le déclenchement de réponses diplomatiques ou de médiation dès que certains seuils de risque sont atteints, sans attendre l’escalade. Il cherche ensuite à renforcer les capacités africaines de médiation et de règlement politique, en s’appuyant sur les instruments existants — Conseil de paix et de sécurité, Système continental d’alerte précoce, Groupe des sages, mécanismes régionaux — plutôt qu’en en créant de nouveaux. Un troisième axe porte sur la coordination entre la Commission de l’Union africaine, le Conseil de paix et de sécurité, les communautés économiques régionales, les États membres et les partenaires internationaux, dont les Nations unies, afin de limiter les chevauchements et les réponses tardives.

Un quatrième axe, sans doute le plus significatif, concerne le suivi et la responsabilité : le Plan d’action est assorti d’une matrice de mise en œuvre destinée à préciser les responsabilités institutionnelles, les actions à entreprendre et les mécanismes d’évaluation — dont le détail n’est pas non plus rendu public à ce stade. Le président angolais João Lourenço a lui-même insisté, lors des travaux, sur la nécessité de décisions concrètes assorties de responsabilités clairement définies — signe que l’enjeu n’est plus l’existence des mécanismes, mais leur capacité à produire des résultats vérifiables plutôt qu’une déclaration supplémentaire.

Pris ensemble, ces axes dessinent une même ambition : faire passer l’Architecture africaine de paix et de sécurité d’une chaîne aujourd’hui incomplète — alerte, évaluation, décision — à une chaîne complète intégrant l’action, le suivi et la responsabilité. Identifier un risque ne suffit plus ; produire une analyse ne suffit plus ; adopter une décision ne suffit plus. C’est la totalité de la séquence — alerte, évaluation, décision, action, suivi, responsabilité — qui est désormais mise en question.

Axe du Plan d’actionStatut
Alerte précoce et action rapideConfirmé (adopté le 30 août)
Renforcement de la médiation africaineConfirmé (adopté le 30 août)
Coordination UA – organisations régionalesConfirmé (adopté le 30 août)
Matrice de mise en œuvre et responsabilitésConfirmé (adopté le 30 août)
Calendrier précis et engagements financiersNon vérifié
Texte intégral du Plan d’actionNon publié à ce jour

Une prudence méthodologique s’impose néanmoins. L’histoire récente de l’Union africaine invite à ne pas préjuger de la portée réelle de ce type de sommet : nombre de décisions et de plans d’action adoptés lors de sessions extraordinaires ont, par le passé, davantage marqué les agendas diplomatiques que les budgets et les capacités effectivement déployés sur le terrain. Rien ne permet, à ce stade, de préjuger du sort du Plan d’action de Luanda à cet égard — ce qui rend d’autant plus nécessaire de s’en tenir, pour l’instant, aux orientations confirmées plutôt qu’à des dispositions précises non vérifiées.

Une question plus profonde : qui résout les crises africaines, et comment ?

Au-delà de la mécanique institutionnelle, le sommet pose implicitement une question plus large : celle de l’autonomie stratégique africaine dans la gestion de ses propres crises. Une plus grande appropriation africaine ne signifie pas nécessairement l’exclusion des partenaires internationaux ; la question porte plutôt sur le centre de gravité de la décision. Qui définit les priorités ? Qui porte la médiation ? Qui finance ? Qui décide de l’intervention ? Qui assure le suivi ? Qui assume, politiquement, l’échec ou le succès ?

Le volet financier illustre cette tension avec netteté. Les travaux préparatoires font état d’un consensus sur la nécessité, pour l’Afrique, d’assumer davantage le financement de ses propres décisions de paix et de sécurité. Le président de la Commission de l’Union africaine a toutefois jugé que le dispositif actuel de financement des opérations de paix, en particulier le Fonds pour la paix, restait insuffisamment opérationnel, et a appelé à un renforcement du soutien international aux opérations africaines — notamment dans le cadre de la résolution 2719 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui ouvre la voie à un financement partiel de certaines opérations de paix africaines par des contributions statutaires de l’ONU. L’appropriation recherchée ne s’oppose donc pas, dans ce registre précis, à un soutien extérieur : elle en redéfinit les modalités et la prévisibilité. Le président ghanéen John Mahama a défendu, dans le même sens, la nécessité d’un financement de la paix et de la sécurité africaines qui soit soutenable, prévisible et porté par le continent lui-même, résumant l’enjeu en une formule simple : l’appropriation africaine de la paix et de la sécurité doit s’accompagner d’une appropriation africaine de son financement.

Cette même tension traverse l’articulation entre institutions continentales et organisations régionales. La scission entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel, ou la manière dont le médiateur togolais mandaté par l’Union africaine doit composer, sur le dossier congolais, avec les initiatives américaine, qatarie et suisse, montrent qu’une appropriation politique affirmée au niveau continental ne suffit pas, à elle seule, à unifier des dispositifs multiples opérant à des échelles différentes. Le leadership continental et la souveraineté des États, la prévention politique et la réponse militaire, les solutions institutionnelles et les réalités locales : ce sont ces couples de tensions, plus que leur résolution déjà acquise, que Luanda met en évidence. Une tension plus ancienne recoupe d’ailleurs ces débats : celle qui oppose, depuis la création même de l’Union africaine, le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États membres à la nécessité de pouvoir agir rapidement face à une crise en gestation. Cette tension explique en partie pourquoi les mécanismes d’alerte précoce peinent, depuis leur création, à déboucher systématiquement sur une action politique rapide — et pourquoi le passage de l’alerte à l’action, au cœur du Plan d’action de Luanda, demeure un enjeu aussi politique que technique.

La prévention comme nouveau centre de gravité

Plusieurs responsables, à commencer par le président de la Commission de l’Union africaine, ont insisté sur la nécessité de replacer la prévention au centre de l’action africaine en matière de paix et de sécurité. Prévenir suppose de détecter des signaux faibles, de comprendre des dynamiques locales souvent mal documentées, d’intervenir politiquement avant l’escalade, de maintenir des canaux de dialogue ouverts, de disposer de capacités de médiation mobilisables rapidement, et d’assurer un suivi dans la durée — autant de conditions qui relèvent moins de l’architecture institutionnelle elle-même que de sa capacité opérationnelle réelle.

C’est dans ce registre que s’inscrit l’appel de Nasser Bourita, le 29 août, à traiter les causes profondes des conflits plutôt que leurs seules manifestations — instabilité institutionnelle, fragilités économiques et sociales, déficits de gouvernance, extrémisme violent, criminalité transnationale, déplacements de population. Une architecture de paix ne peut, dans cette perspective, être évaluée à la seule aune de ses institutions formelles : elle doit l’être à celle de sa capacité à transformer une alerte en décision, puis une décision en action durable. C’est précisément ce déplacement — de l’institution à la capacité opérationnelle, de la déclaration à l’exécution — qui rejoint, sous des formes différentes, plusieurs pistes que l’Institut Géopolitique Horizons explore depuis 2024.

Ce que les travaux de l’IGH avaient déjà commencé à explorer

Depuis 2024, plusieurs publications de l’IGH explorent, sous des angles différents, certaines des questions que le sommet de Luanda place aujourd’hui au centre du débat continental. Cinq entrées thématiques permettent de restituer cette réflexion, sans prétendre à l’exhaustivité ni à l’inventaire chronologique de l’ensemble des travaux de l’Institut sur le sujet.

Sur l’idée que la stabilisation ne peut pas être uniquement militaire, Le Nexus Sahel-Atlantique (novembre 2024) reliait désenclavement, corridors et sécurité, tandis que Sahel : une approche holistique de la stabilisation, publié la même semaine, défendait l’idée qu’aucune réponse durable ne pouvait reposer sur le seul traitement militaire d’une crise, la stabilisation supposant une articulation entre sécurité, gouvernance, développement et légitimité politique locale.

Sur l’idée que la sécurité doit être davantage portée par les acteurs africains eux-mêmes, l’IGH avait engagé, à partir de mai 2025, une réflexion prospective avec De l’African Lion vers SIMBA : vision prospective d’une sécurité souveraine — un concept prospectif, jamais présenté comme une force existante, envisageant des mécanismes dans lesquels les partenaires extérieurs soutiendraient les capacités locales sans s’y substituer durablement — puis avec Vers une diplomatie endogène au Sahel, qui transposait cette logique au terrain diplomatique.

La nécessité de sortir d’une logique purement réactive de gestion des crises sahéliennes traverse, de la même manière, une grande partie des travaux de l’IGH depuis 2024 — qu’il s’agisse d’identifier plus tôt les signaux de dégradation ou de proposer des cadres capables d’agir avant l’escalade plutôt qu’après.

Sur les canaux diplomatiques et régionaux, les analyses consacrées à la relation AES-CEDEAO montraient qu’une rupture institutionnelle n’entraîne pas nécessairement la disparition des relations fonctionnelles : la stabilité régionale peut aussi dépendre de canaux de dialogue qui restent ouverts en dehors des grandes architectures institutionnelles. Enfin, sur les architectures distribuées, la note du 7 août 2026, Vers une nouvelle configuration sécuritaire au Sahel et en Afrique de l’Ouest ?, avançait l’hypothèse d’une stabilisation résultant de la superposition de plusieurs mécanismes — capacités militaires, coopération bilatérale, diplomatie, infrastructures, corridors, renseignement — sans qu’aucun n’exerce nécessairement un commandement exclusif. Le sommet de Luanda pose, à l’échelle institutionnelle continentale, une question de même nature : comment rendre plus cohérente une pluralité d’acteurs, de mécanismes et de responsabilités ?

Luanda et l’IGH : une convergence de questionnements, pas une identité de réponses

La convergence ne porte pas sur l’identité des réponses. Luanda est un processus politique et institutionnel continental ; l’IGH conduit, pour sa part, un travail d’analyse et de prospective. Le point de rencontre se situe ailleurs : dans certaines questions désormais placées au centre du débat africain.

La convergence intéressante ne se situe donc pas au niveau des réponses, mais à celui des questions : comment anticiper plutôt que subir ? Comment renforcer la capacité africaine d’action ? Comment mieux articuler des institutions nombreuses mais insuffisamment coordonnées ? Comment faire passer une décision du stade politique au stade opérationnel ? Comment relier sécurité, développement et gouvernance ? Comment stabiliser des espaces fragmentés sans imposer un modèle unique ? Comment maintenir des coopérations fonctionnelles malgré des fractures institutionnelles ? Ce sont ces questions, plus que leurs réponses respectives, qui rapprochent la réflexion prospective engagée depuis 2024 et le débat politique ouvert à Luanda : une convergence de questionnements, non une identité de réponses, qui ne suppose ni filiation ni paternité intellectuelle d’aucune sorte.

Ce que Luanda peut changer

Le sommet de Luanda ne doit pas être présenté comme un tournant déjà accompli. Il ouvre, au mieux, une séquence dont l’issue dépendra de sa mise en œuvre.

Plusieurs questions resteront décisives dans les mois qui viennent : les mécanismes d’alerte seront-ils réellement connectés à des décisions rapides ? Les responsabilités inscrites dans la matrice de mise en œuvre seront-elles effectivement assumées ? Le financement suivra-t-il les ambitions politiques affichées, y compris via un soutien international mieux calibré, par exemple dans le cadre de la résolution 2719 ? Les organisations régionales accepteront-elles une coordination renforcée sans percevoir leur propre rôle affaibli ? Et la prévention deviendra-t-elle, dans les faits, prioritaire par rapport à une gestion encore largement réactive des crises ?

Quelques indicateurs concrets permettront, dans les mois qui viennent, de juger de la portée réelle du sommet : la publication ou non du texte intégral du Plan d’action et de sa matrice de mise en œuvre, le niveau effectif des contributions au Fonds pour la paix, et la manière dont la médiation togolaise mandatée par l’Union africaine s’articulera, dans la durée, avec les initiatives américaine, qatarie et suisse sur le dossier congolais. Ce sont ces éléments, plus que la déclaration elle-même, qui diront si le curseur s’est réellement déplacé.

Luanda n’apporte probablement pas encore toutes les réponses à ces questions. Mais le sommet donne une visibilité politique continentale nouvelle à une interrogation jusque-là portée principalement dans les cercles de recherche et de prospective : comment l’Afrique peut-elle devenir plus capable d’anticiper, de décider et d’agir sur ses propres crises ?

Une nouvelle séquence, pas une réponse définitive

Depuis 2024, plusieurs publications de l’IGH explorent, sous des angles différents, certaines des tensions qui se trouvent aujourd’hui au cœur du débat ouvert à Luanda : la souveraineté sécuritaire, la prévention, l’appropriation africaine, l’articulation entre sécurité et développement, et la nécessité de rendre les mécanismes régionaux plus opérationnels.

Le sommet extraordinaire de Luanda ne valide pas une doctrine particulière et ne permet pas de confondre une réflexion prospective avec une décision politique. Il montre en revanche que plusieurs questions stratégiques, explorées dans le cadre de travaux prospectifs, ont désormais acquis une centralité politique continentale.

Pour l’Institut Géopolitique Horizons, l’enjeu est donc moins de revendiquer une quelconque anticipation que de poursuivre, à partir des décisions et des orientations désormais prises au niveau continental, son travail d’analyse sur les conditions concrètes de leur traduction dans les différents espaces africains, notamment au Sahel et en Afrique de l’Ouest.

Sources : Angola Press Agency (ANGOP) / allAfrica, Le Matin, La Vie Éco, Dabapress, Le7tv, Ouragan.cd, Giranoticias, Telesurtv, Prensa Latina, France 24, La Nouvelle Tribune, Ghanamma — dépêches et comptes rendus du sommet extraordinaire de l’Union africaine (Luanda, 25-30 août 2026) et du processus de paix RDC-Rwanda-AFC/M23 (Genève, août 2026) ; Plan d’action de Luanda adopté le 30 août, texte intégral non publié à ce jour ; publications citées de l’Institut Géopolitique Horizons (horizons.ma).
IGH-AS-2026-08-30-01 — Institut Géopolitique Horizons — horizons.ma
Tags: AfriqueAfrique de l’OuestANALYSEAPSAarchitecture africaine de paixautonomie stratégique africaineConseil de sécuritéContexte géopolitiquedéveloppementdiplomatiegéopolitiquegéopolitique AfriqueIGHIGH Institut Géopolitique Horizonsinstitut géopolitique horizonsLe Roi Mohammed VIMarocMohammed 6Mohammed VIONUrésolution conflits AfriqueSahelsécurité et développementsommet de LuandaUnion africaine paix et sécurité
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