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Accueil Maghreb

Sahara : La Nouvelle Mission de De Mistura, Quels Scénarii au Lendemain de la Réunion du Conseil de Sécurité ?

Institut Géopolitique Horizons by Institut Géopolitique Horizons
15 avril 2025
in Maghreb, Maroc
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Sahara : La Nouvelle Mission de De Mistura, Quels Scénarii au Lendemain de la Réunion du Conseil de Sécurité ?
Abdelhakim Yamani, Institut Géopolitique Horizons 
15 avril 2025

Le recadrage historique de la mission onusienne confirmé

Au lendemain de la réunion du Conseil de sécurité du 14 avril 2025, les orientations diplomatiques annoncées se sont confirmées, avec un recadrage fondamental de la mission de Staffan de Mistura au Sahara occidental. Comme anticipé, le Conseil n’a pas adopté de résolution formelle s’agissant d’une réunion de mi-mandat, mais a fourni des orientations techniques déterminantes qui redéfinissent complètement le mandat de l’Envoyé personnel du Secrétaire général, désormais exclusivement orienté vers la mise en œuvre du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine.

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La réunion, qui s’est tenue à huis clos sous présidence française, a été marquée par l’empreinte diplomatique des États-Unis — qui ont clairement défini la nouvelle feuille de route et l’objectif final de la mission nouvelle version de De Mistura — et du président Macron qui avait solennellement engagé son pays, en octobre dernier devant le parlement marocain, à soutenir la souveraineté marocaine sur ses provinces sahariennes. Cette position française, conjuguée à la récente visite du ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita à Washington, a créé une dynamique diplomatique sans précédent.

La rallonge budgétaire de 10% demandée par la MINURSO a bien été approuvée, mais avec une signification stratégique nouvelle : elle servira à financer la transition de la mission vers un mandat reconfiguré, dont l’objectif ne sera plus d’organiser un référendum mais d’accompagner la mise en œuvre progressive de l’autonomie.

La position américaine désormais officielle au Conseil

Comme attendu, les États-Unis, en tant que « porte-plume » sur ce dossier, ont formellement communiqué leur position au Conseil de sécurité lors de la réunion du 14 avril. La formulation qui avait été préalablement partagée lors de la rencontre entre le Secrétaire d’État Marco Rubio et Nasser Bourita a été reprise intégralement : « Les États-Unis reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et soutiennent la proposition d’autonomie sérieuse, crédible et réaliste du Maroc comme seule base d’une solution juste et durable au différend. »

L’insistance américaine sur la nécessité d’engager des discussions « sans délai » a également été réitérée, fixant un calendrier accéléré pour la nouvelle mission de De Mistura qui dispose désormais de six mois pour obtenir des résultats tangibles. Cette position, désormais officialisée dans l’enceinte du Conseil, marque l’abandon définitif de la neutralité traditionnellement affichée par les puissances occidentales sur ce dossier.

La délégation américaine a également introduit explicitement le principe de la solution unique d’un plan d’autonomie dans le cadre exclusif de la souveraineté marocaine, excluant de facto toute alternative basée sur le référendum d’autodétermination qui était au cœur du processus onusien depuis trois décennies.

Le défi central de la représentativité désormais incontournable

Au lendemain de cette réunion décisive, Staffan de Mistura se trouve confronté à un défi immédiat et incontournable : la question fondamentale de la représentativité. Le plan d’autonomie marocain étant désormais le cadre exclusif des discussions, l’envoyé onusien doit déterminer avec qui il va engager ces discussions.

Cette question prend une acuité particulière à la lumière de trois réalités que la réunion du Conseil n’a fait que souligner :

1. La répartition démographique des populations sahraouies

La majorité écrasante des Sahraouis réside aujourd’hui dans les provinces sahariennes sous administration marocaine, participant régulièrement aux élections locales et nationales, avec des représentants occupant des postes importants dans les institutions marocaines. Cette réalité démographique, reconnue implicitement lors des discussions au Conseil, pose frontalement la question de la légitimité du Polisario à parler au nom de l’ensemble des Sahraouis.

Le représentant français aurait d’ailleurs explicitement évoqué cette question lors de la réunion à huis clos, soulignant que toute solution durable devrait refléter cette réalité démographique et inclure les voix des Sahraouis vivant dans les provinces sous administration marocaine.

2. La fragmentation confirmée de la représentation politique sahraouie

Le monopole de représentation traditionnellement revendiqué par le Front Polisario a été ouvertement contesté lors des discussions, avec plusieurs délégations évoquant l’émergence de mouvements sahraouis alternatifs comme le Mouvement Sahraoui pour la Paix (MSP) et Khat Chahid (« Voie du Martyre »).

Ces mouvements, qui défendent explicitement une solution basée sur l’autonomie sous souveraineté marocaine, s’alignent précisément sur le nouveau cadre diplomatique désormais officialisé par le Conseil. Leur inclusion dans le processus politique semble désormais inévitable, ce qui constitue un revers majeur pour le Polisario et l’Algérie qui ont toujours cherché à maintenir un monopole de représentation.

3. Les implications sécuritaires désormais au centre du débat

La dimension sécuritaire a pris une place centrale dans les discussions, avec une mention explicite de l’attaque récente contre une patrouille de la MINURSO le 6 avril à Tifariti. Cette focalisation sur les aspects sécuritaires renforce la tendance à une possible classification du Polisario comme organisation terroriste, évoquée par la délégation américaine en référence à l’initiative du représentant républicain Joe Wilson.

Une telle désignation, qui semble désormais plus probable, créerait un obstacle juridique majeur à l’inclusion du Polisario dans le processus politique, renforçant encore la nécessité d’identifier des interlocuteurs alternatifs légitimes.

Les trois scénarios désormais sur la table de De Mistura

Au lendemain de la réunion du Conseil, trois scénarios se dessinent clairement pour Staffan de Mistura, avec des orientations qui semblent avoir été privilégiées lors des discussions à huis clos :

Scénario 1 : L’approche inclusive élargie en pole position

Les discussions au Conseil auraient clairement favorisé l’approche consistant à élargir substantiellement la base de représentation sahraouie dans le processus politique. Cette orientation, soutenue explicitement par la France et les États-Unis, impliquerait d’intégrer formellement des mouvements comme le MSP et Khat Chahid, ainsi que des représentants élus des provinces sahariennes.

Le maintien d’un canal de communication avec le Polisario resterait possible, mais dans un cadre multilatéral qui diluerait considérablement son influence. Cette approche, qui reflète la diversité des positions sahraouies, semble désormais privilégiée malgré l’opposition attendue de l’Algérie.

Scénario 2 : La médiation indirecte comme solution de repli

Face aux blocages potentiels, la médiation indirecte a été évoquée comme une alternative viable. Dans cette configuration, De Mistura recueillerait séparément les positions des différentes parties sur les modalités concrètes de l’autonomie, puis tenterait d’identifier des convergences possibles.

Cette méthode, qui permettrait d’éviter la question explosive de la représentativité exclusive tout en avançant sur le contenu du plan d’autonomie, semble avoir été considérée comme une option de repli pragmatique, particulièrement en cas de classification du Polisario comme organisation terroriste.

Scénario 3 : La focalisation humanitaire comme priorité immédiate

La séquence proposée par le Maroc, consistant à traiter d’abord la question humanitaire avant d’aborder les modalités politiques de l’autonomie, semble avoir reçu un soutien significatif, notamment de la part des États-Unis. Cette approche, alignée sur la vision marocaine, placerait au premier plan le recensement et le rapatriement volontaire des populations des camps de Tindouf.

Cette priorité humanitaire constituerait une première étape concrète, permettant des avancées tangibles tout en contournant temporairement les questions politiques les plus sensibles. Elle aurait l’avantage de mettre l’Algérie face à ses responsabilités concernant la situation dans les camps sous son contrôle.

La séquence marocaine désormais validée

Au-delà de ces scénarios tactiques, la vision marocaine clairement séquentielle du processus semble avoir été largement validée lors de la réunion du Conseil. La première tâche de De Mistura, explicitement mentionnée dans les orientations, sera d’obtenir l’adhésion formelle de toutes les parties prenantes — y compris explicitement l’Algérie — au plan d’autonomie comme cadre exclusif de résolution.

Cette étape préliminaire, qui devrait être entérinée par le Conseil de sécurité, ouvrirait ensuite la voie à la séquence définie par le Maroc :

1. Phase humanitaire : Accord sur le recensement et le rapatriement volontaire des populations sahraouies des camps de Tindouf
2. Phase politique : Discussions détaillées sur l’application concrète du plan d’autonomie

Cette approche séquentielle, désormais validée au plus haut niveau, constitue un succès diplomatique majeur pour le Maroc et un défi considérable pour De Mistura qui devra obtenir l’adhésion explicite de l’Algérie à ce cadre, malgré les résistances prévisibles.

Le Groupe des Amis du Sahara mobilisé

Dans les couloirs des Nations Unies, on évoque déjà une réunion prochaine du « Groupe des Amis du Sahara occidental », ce groupe informel qui réunit la France, la Russie, l’Espagne, le Royaume-Uni et les États-Unis. Cette réunion, qui pourrait se tenir dès la semaine prochaine, viserait à définir une approche coordonnée suite aux orientations fournies par le Conseil de sécurité.

La convergence au sein de ce groupe s’est considérablement renforcée, avec la France et les États-Unis désormais explicitement alignés sur la souveraineté marocaine, et l’Espagne qui s’en est significativement rapprochée. Cette convergence devrait fournir à De Mistura un soutien diplomatique déterminant pour mettre en œuvre sa mission reconfigurée.

Même la Russie, traditionnellement plus réservée, aurait adopté une position nuancée lors de la réunion, sans s’opposer frontalement à la nouvelle orientation. Cette évolution reflète une reconnaissance pragmatique des réalités du terrain et un souci de stabilité régionale qui transcende désormais les clivages idéologiques hérités de la guerre froide.

La MINURSO en pleine mutation

La rallonge budgétaire de 10% approuvée lors de la réunion du 14 avril marque le début d’une transformation fondamentale de la MINURSO. Selon des sources diplomatiques, cette augmentation servira à équilibrer le budget 2025 et à financer la transition vers une mission reconfigurée dont le mandat évoluerait radicalement :

– D’une mission d’observation du cessez-le-feu et de préparation d’un référendum (comme l’indique son nom actuel)
– Vers une mission d’accompagnement de la mise en œuvre de l’autonomie sous souveraineté marocaine

Cette évolution pourrait s’accompagner d’un changement de dénomination lors du renouvellement complet du mandat en octobre 2025, marquant symboliquement l’abandon définitif du paradigme référendaire.

Les discussions auraient également porté sur un renforcement des capacités de surveillance sécuritaire de la mission, notamment face aux incursions armées du Polisario, signalant une priorité accrue accordée à la stabilisation de la région plutôt qu’à la préparation d’un hypothétique référendum.

2025 : l’année de la résolution définitive ?

Au lendemain de cette réunion historique du Conseil de sécurité, l’année 2025, qui marque le cinquantenaire de la Marche Verte, s’affirme plus que jamais comme l’année potentielle de résolution définitive de ce conflit. La mission de six mois confiée à Staffan de Mistura s’inscrit dans cette perspective, avec une échéance qui coïnciderait avec le renouvellement du mandat de la MINURSO en octobre 2025.

Pour l’envoyé personnel du Secrétaire général, les six prochains mois s’annoncent déterminants. Son succès reposera sur sa capacité à :

1. Obtenir l’adhésion de l’Algérie au cadre d’autonomie sous souveraineté marocaine
2. Résoudre l’équation complexe de la représentativité des populations sahraouies
3. Avancer concrètement sur la question humanitaire des camps de Tindouf
4. Accompagner la reconfiguration de la présence onusienne dans la région

La convergence diplomatique sans précédent autour du plan d’autonomie marocain, désormais officialisée au sein du Conseil de sécurité, crée une dynamique que même les opposants traditionnels à cette solution auront du mal à contrer.

Face aux défis sécuritaires croissants dans la région sahélo-saharienne et à l’instabilité migratoire, le pragmatisme semble désormais l’emporter sur les positions de principe. La réunion du 14 avril 2025 pourrait ainsi être retenue par l’histoire comme le moment où le paradigme de résolution de ce conflit a définitivement basculé, ouvrant la voie à une solution durable basée sur l’autonomie sous souveraineté marocaine.

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