Tripoli, 17 mai 2025 (IGH)
Situation d’urgence et violents affrontements
Depuis le 12 mai 2025, Tripoli est le théâtre de violents combats entre les forces loyalistes au gouvernement d’union nationale dirigé par Abdelhamid Dbeibah et plusieurs groupes armés rivaux, notamment la Force Radaa et la Brigade 444. Ces affrontements ont fait plusieurs morts et provoqué une crise sécuritaire majeure dans la capitale.
Le bilan humain s’élève à au moins six morts, parmi lesquels figure Abdel Ghani Al-Kikli, chef de l’Appareil de soutien à la stabilité (SSA), un des groupes armés les plus puissants de la capitale. Son assassinat a été l’élément déclencheur de cette nouvelle flambée de violence.
Les combats ont impliqué des milices de Tripoli et des forces rivales venues notamment de Misrata, avec des tirs à l’arme lourde et des blindés utilisés dans plusieurs quartiers, notamment Abou Salim.
Impact sur la population civile
L’impact sur la vie quotidienne des Tripolitains est considérable : les violences ont provoqué la fermeture des écoles et de l’aéroport Mitiga, ainsi qu’un appel du ministère de l’Intérieur à la population à rester confinée pour sa sécurité. La Mission des Nations unies en Libye (Manul) a exprimé sa vive préoccupation, dénonçant des combats intenses dans des zones civiles densément peuplées et appelant à la désescalade immédiate.
Une trêve fragile depuis le 15 mai
Depuis le 15 mai 2025, Tripoli connaît une trêve fragile après plusieurs jours de violents combats entre groupes armés rivaux. Selon un responsable du ministère de l’Intérieur, aucune explosion ni tir n’a été signalé dans les dernières 24 heures, indiquant un cessez-le-feu effectif entre les factions.
La Direction de la sécurité de Tripoli confirme une amélioration progressive de la situation avec le retrait des milices vers leurs quartiers respectifs, même si elle appelle à la vigilance face à d’éventuelles tentatives de reprise des hostilités.
Cependant, les tensions restent vives : le 16 mai, un policier a été tué lors d’une tentative d’assaut contre le siège du gouvernement, signe que la situation reste volatile. Malgré cela, les écoles, l’aéroport Mitiga et les commerces ont commencé à rouvrir, et la vie reprend progressivement son cours normal.
Crise politique sans précédent
Les affrontements ont déclenché une crise gouvernementale majeure : plusieurs ministres et vice-ministres du gouvernement Dbeibah ont démissionné, ce qui affaiblit encore davantage la légitimité du gouvernement d’union nationale.
Les démissionnaires incluent :
– Badr Al-Din Al-Toumi, ministre des Administrations locales
– Abou Bakr Al-Ghaoui, ministre du Logement
– Mohamed Al-Houeij, ministre de l’Économie
– Ramadan Boujnah, vice-Premier ministre et ministre de la Santé (suspendu pour enquête en avril 2025)
Cependant, le gouvernement a officiellement démenti ces démissions, affirmant que tous les ministres continuent d’exercer normalement leurs fonctions et que toute décision officielle serait communiquée par des canaux habilités. Malgré ce démenti, plusieurs ministres ont confirmé leur départ dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.
La menace Haftar : Progression stratégique
Pendant ce temps, à l’est du pays, les forces du maréchal Khalifa Haftar consolident leurs positions et poursuivent leur progression stratégique.
L’Armée nationale libyenne (ANL) d’Haftar regroupe environ 25 000 combattants, dont 7 000 réguliers et 18 000 miliciens, avec des unités diverses telles que la brigade 106 d’infanterie (commandée par le fils d’Haftar, Khaled), des brigades toubous, madkhalistes (salafistes), et des groupes tribaux arabes.
Elle bénéficie du soutien militaire et logistique de plusieurs pays, notamment la Russie, les Émirats arabes unis, l’Égypte, la Syrie et l’Arabie saoudite.
Depuis 2024 et jusqu’en 2025, l’ANL a renforcé ses positions dans l’Ouest, notamment à Ghadamès (près des frontières tunisienne et algérienne) et Ash Shwayrif, consolidant un corridor stratégique du golfe de Syrte jusqu’à la frontière occidentale.
En mai 2025, sous la direction de Saddam Haftar, fils du maréchal et chef d’état-major des forces terrestres, l’ANL progresse dans des zones désertiques frontalières avec le Tchad, le Niger et l’Algérie, notamment autour du point stratégique appelé « Salvador ».
Des mouvements de troupes pro-Haftar vers le Sud-Ouest libyen ont ravivé les craintes d’une reprise des hostilités contre le gouvernement rival reconnu par l’ONU.
Analyses et perspectives
Ces affrontements marquent la fin du statu quo en vigueur depuis 2020 et pourraient annoncer une recomposition politico-militaire majeure en Libye, avec un impact régional important.
La pression populaire pour le départ de Dbeibah s’intensifie, tandis que la situation sécuritaire reste dominée par les groupes armés.
En résumé, la Libye est au bord d’une recomposition politico-militaire, avec une capitale en proie à des violences armées récurrentes, une crise gouvernementale majeure, et une population civile en grande difficulté.
Les conséquences politiques immédiates des démissions ministérielles sont graves : affaiblissement considérable du gouvernement Dbeibah, création d’un vide politique et institutionnel, et risque d’effondrement complet des structures gouvernementales si la situation continue de se détériorer.
Dans ce contexte, les forces de Haftar pourraient tenter de profiter de cette fragilisation du gouvernement de Tripoli pour étendre davantage leur influence et potentiellement lancer une nouvelle offensive vers la capitale, comme elles l’avaient fait en 2019.
La communauté internationale observe avec inquiétude cette dégradation rapide de la situation, qui menace de replonger la Libye dans une guerre civile ouverte et d’aggraver l’instabilité régionale.







