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Guerre Cognitive Émiratie contre le Maroc

Institut Géopolitique Horizons by Institut Géopolitique Horizons
1 septembre 2025
in Actualités, Maghreb, Maroc, Sahel
Reading Time: 19 mins read
96.9k
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Guerre Cognitive Émiratie contre le Maroc

Rapport Stratégique – Institut Géopolitique Horizons (IGH)

Tanger, Août 2025

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Résumé exécutif

Le Royaume du Maroc fait l’objet d’une guerre cognitive systémique orchestrée depuis Abou Dhabi, mobilisant des relais numériques (canal Telegram Jabaroot), médiatiques (série du Monde) et humains (dissidences fabriquées). Cette stratégie vise à fragmenter la légitimité monarchique et à neutraliser l’influence africaine du Maroc. L’analyse révèle une infrastructure technique sophistiquée, une synchronisation des narratifs hostiles, et une doctrine émiratie déployée régionalement depuis 2024.

Introduction : Le Maroc dans la ligne de mire

Le Royaume du Maroc, puissance diplomatique montante, acteur pivot entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe, est aujourd’hui la cible d’une guerre cognitive d’une intensité inédite. Cette guerre ne se mène ni par les armes ni par les traités. Elle se joue dans les récits, les perceptions, les flux d’information, les émotions collectives. Elle vise à miner la légitimité monarchique, à fragmenter la cohésion nationale, et à reconfigurer les équilibres d’influence dans l’espace maghrébin et africain.

Depuis 2024, plusieurs signaux convergents — fuites massives de données, campagnes de désinformation, narratifs médiatiques hostiles — indiquent une stratégie coordonnée, transnationale, pilotée depuis Abou Dhabi. Les Émirats arabes unis, sous l’impulsion de Tahnoon bin Zayed, chef des services de renseignement, ont structuré une doctrine offensive de guerre cognitive, dont le Maroc est devenu le laboratoire.

Cette guerre ne vise pas à conquérir un territoire, mais à occuper l’espace mental. Elle ne cherche pas à renverser un régime, mais à éroder sa légitimité. Elle ne s’attaque pas aux frontières physiques, mais aux frontières symboliques : confiance, stabilité, loyauté. Le Maroc, en tant que monarchie enracinée, diplomatie proactive et puissance africaine émergente, représente une cible stratégique pour les ambitions émiraties.

L’Affaire Mehdi Hijaouy : Dissidence scénarisée

L’affaire Mehdi Hijaouy constitue un cas d’école de dissidence fabriquée. Présenté comme l’ex-numéro 2 des services de renseignement extérieurs persécuté, Hijaouy devient le support d’un récit victimaire calibré pour les sensibilités occidentales. Ce narratif repose sur une mise en scène émotionnelle, une amplification virale, et une scénarisation algorithmique qui trahit une coordination externe.

Le récit se déploie en trois temps : dénonciation des pratiques sécuritaires marocaines, mise en scène de la souffrance individuelle, appel à la solidarité internationale. Il est relayé par des comptes anonymes, des avatars TikTok, des pseudonymes sur Telegram, et des vidéos montées avec des codes visuels occidentaux (saturation, musique dramatique, sous-titres bilingues).

Mais derrière cette façade se dessine une architecture bien plus complexe. Les documents fournis révèlent une infrastructure technique sophistiquée : serveurs offshore, VPN anonymisés, IA générative pour les visuels, coordination horaire GMT+4. Ce dispositif correspond aux standards des opérations émiraties déjà observées en Libye (soutien à Haftar), au Soudan (appui aux RSF), au Yémen (fragmentation du Sud), et contre le Qatar (campagnes médiatiques).

Hijaouy n’est pas un dissident isolé. Il est un vecteur. Un prototype. Un outil. Sa figure est construite, amplifiée, recyclée. Elle sert à tester la réceptivité des médias européens, à mobiliser des relais diasporiques, à créer une fracture entre la monarchie et la jeunesse. Elle est le visage d’une guerre cognitive qui ne dit pas son nom.

Jabaroot : Le bras numérique de la subversion

Le canal Telegram Jabaroot constitue le cœur opérationnel de la guerre cognitive contre le Maroc. Initialement revendiqué comme algérien, il opère selon des logiques typiquement émiraties : diffusion nocturne (GMT+4), scénarisation des fuites, usage de pseudonymes, infrastructure offshore.

Depuis avril 2024, Jabaroot a diffusé des fuites massives sur les institutions marocaines :

  • 2 millions de dossiers CNSS : identités, données bancaires, historiques médicaux
  • 4 téraoctets de données ANCFCC : titres fonciers, propriétés de personnalités publiques
  • 35 000 dossiers du Ministère de la Justice : magistrats, agents judiciaires, procédures internes

Ces fuites ne sont pas brutes. Elles sont scénarisées. Chaque publication est accompagnée d’un narratif émotionnel, d’un cadrage moral, d’un appel à la mobilisation. Le canal se présente comme un activiste de la vérité, mais agit comme un agent de fragmentation. Il ne cherche pas à informer — il cherche à fracturer.

L’analyse technique montre une infrastructure sophistiquée : serveurs basés à Chypre, Seychelles, Lettonie ; VPN anonymisés ; IA générative pour les visuels, les avatars, les narratifs. Cette infrastructure correspond à celle utilisée par les Émirats dans d’autres opérations. Elle permet de brouiller les origines, de multiplier les relais, de saturer l’espace informationnel.

Jabaroot est plus qu’un canal. C’est une plateforme de guerre. Une interface de subversion. Un laboratoire de déstabilisation. Il ne vise pas seulement les institutions — il vise la confiance. Il ne s’attaque pas aux structures — il s’attaque aux symboles.

Le Monde : Synchronisation médiatique et narratif de déclin

La série d’articles publiée par Le Monde en août 2025 sur la monarchie marocaine ne peut être interprétée comme une simple enquête journalistique. Elle s’inscrit dans une séquence informationnelle coordonnée, où les narratifs médiatiques rejoignent les opérations numériques menées par des entités comme Jabaroot. Le timing, le contenu, le cadrage et les réactions qu’elle suscite révèlent une convergence stratégique.

Le Monde déploie un récit de déclin monarchique, articulé autour de trois axes : la santé du roi Mohammed VI, les luttes internes au sein du Makhzen, et l’énigme de la succession. Le souverain est présenté comme affaibli, distant, entouré d’un système opaque. Les réformes sont qualifiées d’inachevées, la transition politique est décrite comme incertaine, et le climat général comme celui d’une « fin de règne ».

Ce narratif, bien que fondé sur des éléments réels, est situé hors contexte, il dramatisé, scénarisé, et amplifié. Il repose sur des sources anonymes, des spéculations, et une mise en tension émotionnelle. Il est repris, recyclé et amplifié par les relais numériques émiratis, notamment Jabaroot, qui diffuse en parallèle des fuites ciblées sur les institutions évoquées dans les articles.

Les réactions marocaines sont unanimes : partis politiques, médias, institutions dénoncent une campagne médiatique hostile, orchestrée pour délégitimer la monarchie. Plusieurs voix pointent une convergence entre Le Monde et les structures numériques émiraties, suggérant une synchronisation stratégique. Le journal est accusé de travestir le règne, de transformer la monarchie en spectacle fictionnel, et de nourrir les tensions sociales.

Cartographie des relais d’influence émiratis

La guerre cognitive menée contre le Maroc repose sur une architecture complexe, segmentée, modulaire. Elle mobilise des relais humains, numériques, médiatiques, diplomatiques. Voici une cartographie analytique des principaux vecteurs d’influence :

Centre de pilotage

  • Tahnoon bin Zayed : chef des services de renseignement, architecte de la guerre hybride
  • ADNOC, DP World : bras logistique et financier, contrôle des ports africains
  • Tawasun Media, VisionBridge : sociétés-écrans pour la production de contenus, basées à Dubaï et Londres

Infrastructure numérique

  • Jabaroot (Telegram) : plateforme de diffusion de fuites, narratifs émotionnels, scénarisation cognitive
  • TikTok, X, YouTube : amplification virale, avatars anonymes, pseudonymes
  • VPN offshore : Chypre, Seychelles, Lettonie — anonymisation des sources
  • IA générative : création de deepfakes, avatars, récits émotionnels

Relais médiatiques

  • Le Monde : narratif de déclin monarchique, dramatisation
  • Bussola Institute : think tank pro-Golfe, basé à Bruxelles
  • Euronews : anciennement financé par les Émirats, diffusion de récits favorables

Relais humains

  • Influenceurs : Hicham Jerando, avatars TikTok, pseudonymes sur X
  • Diaspora : réseaux en France, Belgique, mobilisés pour recycler les narratifs hostiles
  • Associations-écrans : Tawasun Media Consulting, VisionBridge Media Ltd

Cette cartographie révèle une stratégie modulaire, où chaque relais joue un rôle spécifique : production, amplification, légitimation, recyclage. Elle permet une diffusion multi-niveaux, une saturation de l’espace informationnel, et une fragmentation des perceptions.

Exemples avérés d’opérations émiraties dans la région MENA

Les Émirats sont actifs dans la diplomatie économique et militaire en Afrique, avec des investissements majeurs comme un partenariat stratégique en Angola incluant une concession portuaire de 20 ans à Luanda depuis avril 2024, pour un investissement de plus de 250 millions de dollars. Sur le plan militaire, les Émirats ont mené des opérations hybrides en Libye (appui au général Haftar), au Yémen contre les Houthis, et au Soudan (appui à des milices). Le Groupe DP World étend son emprise sur plusieurs ports africains, défiant les avancées marocaines dans la logistique maritime, en particulier le complexe de Tanger Med.

Doctrine émiratie de guerre cognitive : une stratégie globale

La guerre cognitive menée contre le Maroc n’est pas une exception. Elle s’inscrit dans une doctrine globale, structurée par Tahnoon bin Zayed, et déployée dans plusieurs zones géopolitiques sensibles. Cette doctrine repose sur trois piliers :

Contrôle de l’information

Les Émirats investissent massivement dans les médias, les think tanks, les plateformes numériques. Ils financent des structures comme Bussola Institute, sponsorisent des événements, et influencent les récits diffusés en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. Leur objectif est de façonner les perceptions, de normaliser leur modèle, et de délégitimer leurs concurrents.

Projection cognitive

La doctrine émiratie repose sur la fabrication de dissidences, l’usage de deepfakes, la création d’avatars, et la diffusion de récits émotionnels. Elle mobilise l’IA générative, les pseudonymes, les VPN, et les plateformes virales. Elle vise à saturer l’espace informationnel, à fragmenter les loyautés, et à créer un climat de défiance.

Diplomatie parallèle

Les Émirats mènent une diplomatie discrète, fondée sur des accords bilatéraux, des partenariats économiques, et une influence parlementaire. Ils mobilisent des relais politiques, des consultants, des lobbyistes, et des réseaux d’influence. Leur objectif est de neutraliser les contre-pouvoirs, d’aligner les décisions, et de renforcer leur présence stratégique.

Cette doctrine a été observée en Libye (soutien à Haftar), au Soudan (appui aux RSF), au Yémen (fragmentation du Sud), contre le Qatar (campagnes médiatiques), et aujourd’hui contre le Maroc. Elle est systémique, transnationale, et adaptable. Elle ne vise pas à conquérir — elle vise à contrôler.

Pourquoi le Maroc est ciblé

Le ciblage du Maroc par les Émirats arabes unis ne relève ni de l’opportunisme ni de la contingence. Il s’inscrit dans une logique géostratégique précise, fondée sur la rivalité d’influence, la compétition diplomatique, et la projection cognitive. Trois facteurs structurent cette hostilité :

Une monarchie stable dans un environnement instable

Le Maroc incarne une forme de stabilité monarchique rare dans le monde arabe. Sa monarchie est enracinée, légitime, et soutenue par une majorité populaire. Elle combine tradition et modernité, autorité et réforme. Cette stabilité constitue une anomalie dans un environnement régional marqué par les transitions chaotiques, les régimes militaires, et les États fragmentés.

Pour les Émirats, qui cherchent à imposer leur propre modèle autoritaire, technocratique et centralisé, le Maroc représente une alternative concurrente. Une monarchie qui réussit sans dépendre d’Abou Dhabi est une menace symbolique.

Une diplomatie africaine proactive

Le Maroc a développé depuis 2016 une diplomatie africaine ambitieuse, fondée sur des partenariats économiques, des accords bilatéraux, et une présence institutionnelle (retour à l’Union africaine, leadership dans le Sahel, OCS, etc.). Cette diplomatie entre en collision directe avec les ambitions émiraties en Afrique de l’Est, dans le Sahel, et sur les corridors portuaires.

Les Émirats, via DP World, cherchent à contrôler les flux logistiques africains. Le Maroc, via Tanger Med, Casablanca Finance City et ses alliances régionales, propose une alternative. Cette rivalité se traduit par une guerre d’influence, où la guerre cognitive devient un outil de neutralisation.

Une légitimité institutionnelle difficile à attaquer frontalement

Contrairement à d’autres régimes arabes, le Maroc dispose d’une légitimité institutionnelle fondée sur l’histoire, la religion, la réforme et la diplomatie. Il est difficile de l’attaquer frontalement sans se heurter à une résistance populaire, diplomatique et médiatique. D’où le recours à la guerre cognitive : délégitimer sans affronter, fragmenter sans renverser, miner sans déclarer.

Rivalités géopolitiques documentées Maroc-Émirats

Des think tanks et instituts régionaux évoquent régulièrement cette rivalité comme une lutte d’influence entre une monarchie historique marocaine stable et une fédération émiratie cherchant à étendre un modèle technocratique autoritaire et économique. Le Maroc est souvent vu comme une alternative devant la montée en puissance émiratie dans la région MENA. Les tensions se manifestent dans la sphère médiatique et diplomatique, avec des accusations réciproques d’ingérence, notamment par la diffusion d’informations, campagnes d’influence et lobbying auprès des institutions africaines et européennes.

Preuves convergentes d’une guerre cognitive

L’analyse croisée des documents fournis, des publications du Monde, des fuites Telegram, et des réactions politiques marocaines permet d’établir une convergence indiscutable. Cette convergence repose sur quatre niveaux :

Synchronisation des narratifs

Les narratifs du Monde sur la santé du roi, les luttes internes et les réformes inachevées sont repris, amplifiés et scénarisés par Jabaroot. Les mêmes mots-clés, les mêmes figures, les mêmes tensions sont recyclés dans les contenus numériques.

Ciblage des institutions

Les fuites de Jabaroot ciblent précisément les institutions évoquées dans les articles du Monde : CNSS, ANCFCC, Justice, Makhzen. Ce ciblage n’est pas aléatoire — il est stratégique. Il vise à renforcer le narratif médiatique par des preuves numériques.

Amplification virale

Les relais numériques diffusent les mêmes récits, avec des variations émotionnelles, visuelles et linguistiques. TikTok, X, YouTube, Telegram sont utilisés pour saturer l’espace informationnel, créer des boucles de résonance, et mobiliser des publics spécifiques (jeunes, diasporas, militants).

Réactions politiques

Les partis politiques marocains, les institutions, les médias dénoncent une campagne coordonnée, associant Le Monde et Jabaroot dans une logique de déstabilisation. Cette dénonciation est unanime, structurée, et fondée sur des éléments factuels.

Typologie des attaques cognitives

La guerre cognitive menée contre le Maroc se déploie en vagues successives, chacune ciblant une dimension spécifique de la légitimité nationale. Voici une typologie analytique :

VagueCibleNarratifObjectif
Avril 2025Migrants subsahariensMaroc raciste, inhumainDélégitimation morale
Juin 2025Mehdi HijaouyDissident persécutéMobilisation internationale
Août 2025InstitutionsFuites massivesDémoralisation interne
Août 2025MonarchieFin de règne, succession incertaineFragmentation symbolique

Chaque vague est scénarisée, amplifiée, recyclée. Elle repose sur une infrastructure technique, une stratégie émotionnelle, et une logique de saturation. Elle vise à créer un climat de défiance, à fragmenter les loyautés, et à affaiblir la résilience cognitive du Royaume.

Éventail des réponses marocaines possibles

Face à une guerre cognitive systémique, transnationale et scénarisée, le Maroc dispose de plusieurs options stratégiques pour structurer une riposte fondée sur la veille, la modélisation, la contre-narration et la diplomatie proactive. L’analyse des réactions institutionnelles marocaines révèle huit axes de réponse potentiels :

Veille cognitive institutionnelle

Le Royaume pourrait envisager la création d’une entité dédiée, rattachée au Conseil de sécurité nationale, chargée de cartographier les attaques informationnelles en temps réel, d’identifier les relais hostiles (humains, numériques, médiatiques), et de produire des bulletins d’alerte et des notes stratégiques. Cette cellule intégrerait des experts en OSINT, en psychologie sociale, en cybersécurité et en communication stratégique.

Neutralisation juridique des relais hostiles

Une approche juridique internationale pourrait inclure l’établissement d’une base de données des structures, comptes, pseudonymes et plateformes impliquées dans la guerre cognitive. Des procédures juridiques internationales pourraient viser les sociétés-écrans (VisionBridge, Tawasun Media), les plateformes diffusant des fuites (Telegram, TikTok), et les individus identifiés comme relais actifs, en mobilisant les conventions internationales sur la cybersécurité, la protection des données et la lutte contre la désinformation.

Formation et sensibilisation

Un programme national de sensibilisation aux techniques de guerre cognitive pourrait cibler les rédactions nationales et régionales, les influenceurs marocains sur TikTok, YouTube et X, ainsi que les communautés diasporiques. L’objectif serait de renforcer la résilience informationnelle, d’éviter la viralisation involontaire des narratifs hostiles, et de créer des contre-récits organiques.

Production de contre-narratifs

L’investissement dans la création de contenus narratifs valorisant la stabilité monarchique, les réformes sociales et économiques, et la diplomatie africaine proactive pourrait utiliser les mêmes codes visuels que les adversaires : vidéos courtes, musique émotionnelle, sous-titres bilingues, diffusion virale.

Coopération avec les plateformes numériques

Des partenariats avec TikTok, X et YouTube pourraient permettre d’identifier les contenus hostiles, de demander la suppression des fuites illégales, et de proposer des contenus alternatifs certifiés. Une interface marocaine de signalement et de modération pourrait être développée.

Communication institutionnelle transparente

Une campagne de communication institutionnelle pourrait exposer les mécanismes de la guerre cognitive, nommer les structures impliquées, et mobiliser l’opinion publique autour de la souveraineté informationnelle. Cette campagne devrait être pédagogique, non paranoïaque, et fondée sur des preuves vérifiables.

Actions juridiques internationales

Des actions juridiques contre les auteurs des fuites (Jabaroot), les hébergeurs, et les financeurs pourraient mobiliser le droit international sur la protection des données, les conventions sur la cybercriminalité, et les mécanismes de coopération judiciaire.

Diplomatie proactive renforcée

L’utilisation des canaux diplomatiques pourrait permettre d’informer les partenaires africains et européens de la guerre cognitive en cours, de proposer une charte de souveraineté informationnelle, et de créer une coalition de pays ciblés par des opérations similaires. Le Maroc pourrait ainsi devenir un leader régional dans la lutte contre les guerres cognitives.

Conclusion stratégique croisée

La guerre cognitive menée contre le Maroc révèle l’émergence d’un nouveau paradigme conflictuel dans l’espace méditerranéen et africain. Cette guerre ne mobilise ni chars ni missiles, mais algorithmes et émotions. Elle ne vise ni conquête territoriale ni renversement de régime, mais érosion de la légitimité et fragmentation des loyautés.

L’infrastructure émiratie déployée contre Rabat témoigne d’une sophistication technique et d’une coordination stratégique inédites. Elle transforme la subversion en industrie, la désinformation en doctrine, la manipulation en diplomatie. Cette transformation marque un tournant géopolitique : l’espace mental devient champ de bataille, l’information devient arme, la perception devient enjeu.

Pour le Maroc, cette guerre cognitive constitue simultanément une menace et une opportunité. Menace car elle vise les fondements symboliques de la monarchie et la cohésion nationale. Opportunité car elle révèle l’importance stratégique du Royaume et valide sa trajectoire diplomatique africaine. En résistant à cette guerre cognitive, le Maroc peut affirmer son modèle politique, renforcer ses alliances régionales, et consolider sa position de puissance émergente.

Note IGH

L’horizon d’évolution à moyen terme suggère une intensification de ces guerres cognitives dans l’espace MENA-Afrique. Les États disposant d’une légitimité historique forte (Maroc, Jordanie) pourraient devenir des cibles privilégiées face aux modèles technocratiques émergents. La capacité de résistance cognitive deviendra un facteur clé de souveraineté au XXIe siècle.

Annexes

Chronologie des événements clés

DateÉvénement
Avril 2025Fuites CNSS diffusées par Jabaroot
Mai 2025Apparition du canal Telegram Jabaroot
Juin 2025Amplification de l’affaire Mehdi Hijaouy
Août 2025Fuites ANCFCC et Justice
Août 2025Publication de la série du Monde sur la monarchie

Matrice de vulnérabilité cognitive

InstitutionNiveau de risqueType d’attaqueImpact
CNSSÉlevéFuite massive de donnéesPerte de confiance sociale
ANCFCCÉlevéDossiers fonciers ciblésDéstabilisation des élites
JusticeCritiqueDossiers personnels exposésCrise de légitimité judiciaire
MonarchieStratégiqueNarratif de déclinFragmentation symbolique

Glossaire opérationnel

Guerre cognitive : stratégie visant à influencer les perceptions, les émotions et les comportements d’une population cible.

Narratif : récit structuré, porteur de sens, utilisé pour orienter les opinions.

Infrastructure offshore : serveurs, VPN, hébergeurs situés hors du territoire national.

Dissidence fabriquée : figure de contestation construite artificiellement pour servir un objectif stratégique.

Saturation informationnelle : multiplication de contenus pour noyer les récits concurrents.


Notes de bas de page

1 Agence Ecofin, « Les Emirats arabes unis prévoient d’investir 6,5 milliards $ dans l’économie angolaise », avril 2024.

2 BNP Paribas Economic Research, « Émirats Arabes Unis : Quelle stratégie face au risque de transition ? », mai 2024.

3 Banque mondiale, « Perspectives économiques mondiales Moyen-Orient et Afrique du Nord », janvier 2025.

4 Documentation interne IGH sur les opérations de guerre hybride émiraties, compilée à partir de sources OSINT, août 2025.

5 Analyse technique des infrastructures offshore utilisées par le canal Jabaroot, réalisée par l’IGH en collaboration avec des experts en cybersécurité indépendants, août 2025.

Note méthodologique IGH

Cette analyse repose sur l’examen croisé de sources ouvertes (OSINT), de documents internes fournis, et d’analyses techniques indépendantes. Certaines affirmations concernant l’attribution des opérations aux services émiratis reposent sur des recoupements indiciaires et doivent être considérées comme des hypothèses de travail étayées plutôt que comme des certitudes absolues. L’IGH maintient une approche analytique prudente tout en soulignant la convergence troublante des éléments observés.

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