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France-Algérie : Le Rideau se Lève et Dévoile la Stratégie de Macron

Institut Géopolitique Horizons by Institut Géopolitique Horizons
7 avril 2025
in Actualités, Algérie, Maghreb, Maroc, Sahel
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France-Algérie : Le Rideau se Lève et Dévoile la Stratégie de Macron
Par Institut Géopolitique Horizons
07 avril 2025

La visite éclair de Jean-Noël Barrot à Alger, moins d’une semaine après l’entretien téléphonique entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune, marque officiellement la fin d’une crise diplomatique qui aura duré près de huit mois entre la France et l’Algérie. Cette normalisation, provoquée par la reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en juillet 2024 et symbolisée aujourd’hui par la formule du président Tebboune reprise par le ministre français – « le rideau se lève » – masque des enjeux géopolitiques majeurs qui dépassent largement le cadre bilatéral.

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Contexte de la crise : le Sahara occidental au cœur des tensions

La récente crise diplomatique entre la France et l’Algérie trouve sa principale origine dans la position française sur le dossier du Sahara occidental. En juillet 2024, le président Emmanuel Macron a officiellement exprimé son soutien à la souveraineté marocaine sur ce territoire contesté, alignant ainsi la position française sur celle du Maroc. Cette décision a provoqué une onde de choc à Alger, qui l’a perçue comme une véritable trahison diplomatique.

Cette rupture dans la position traditionnellement équilibrée de la France a entraîné des mesures de rétorsion immédiates, notamment le rappel de l’ambassadeur algérien en France. Comme l’a rapporté Le Monde dans son édition du 30 juillet 2024, « Paris s’aligne sur la position de Rabat, au risque d’une nouvelle crise avec l’Algérie » – une crise qui s’est effectivement matérialisée dans les jours suivants.

Les tensions se sont encore accrues en octobre 2024 lorsque la France a réaffirmé cette position en modifiant officiellement sa carte du Maroc, faisant disparaître la frontière entre le Maroc et le Sahara occidental. Cette illustration concrète de la nouvelle doctrine française a achevé de cristalliser les tensions avec Alger.

La visite de Jean-Noël Barrot intervient donc dans un contexte où la principale pomme de discorde entre les deux pays reste entière sur le fond, mais semble avoir été dépassée dans la forme.

La feuille de route d’une réconciliation calculée

Le ministre français des Affaires étrangères, reçu pendant près de deux heures par le président Tebboune, a dévoilé lors d’une conférence de presse les contours d’une feuille de route ambitieuse pour relancer la coopération franco-algérienne. Sa déclaration mérite une analyse approfondie pour en saisir toutes les implications.

« Mesdames et messieurs, je remercie de son invitation le président avec qui je me suis entretenu longuement en présence de mon collègue ministre des Affaires étrangères, avec lequel j’ai eu, moins d’une semaine après l’appel téléphonique entre les présidents Macron et Tebboune, et leur communiqué conjoint. Nous avons vécu ces derniers mois une période de tension inédite qui ne sert pas les intérêts des algériens ni ceux des français. »

L’empressement avec lequel cette visite a été organisée révèle l’urgence ressentie des deux côtés pour mettre fin à cette crise. La qualification de « tension inédite » n’est pas anodine : elle souligne le caractère exceptionnellement grave de cette brouille, tout en suggérant implicitement que les divergences habituelles entre Paris et Alger relèvent davantage de la normalité que de l’exception.

La déclaration poursuit en évoquant les liens humains et culturels entre les deux pays, avant d’aborder les aspects concrets de cette normalisation :

« Le rideau se lève d’abord sur le plan de notre coopération dans le domaine de la sécurité. Les contacts entre les services de renseignement reprennent, une réunion des plus hauts responsables de la sécurité de nos deux pays est désormais actée. Alors de même, nous aurons un dialogue stratégique sur le Sahel. »

Cette priorisation des questions sécuritaires et de renseignement n’est pas fortuite. Elle confirme l’analyse que nous avions développée le 2 avril dernier sur les motivations africaines de cette réconciliation. La France, évincée du Sahel après l’expulsion de ses forces du Mali, du Burkina Faso et du Niger, cherche désespérément à maintenir des canaux d’influence dans la région. L’Algérie, avec ses 1.300 kilomètres de frontières avec le Mali et le Niger, apparaît comme le partenaire incontournable pour toute stratégie sahélienne.

Sur le plan judiciaire, le ministre français a évoqué :

« Dans le domaine de la coopération judiciaire, j’ai confirmé au président Tebboune la visite prochaine du Garde des sceaux. Elle s’accompagnera d’une reprise du dialogue judiciaire entre nos deux pays. Nous avons beaucoup d’enjeux de coopération, notamment sur l’exécution des commissions rogatoires, le dossier sensible des biens mal acquis. »

La mention explicite des « biens mal acquis » dans une déclaration officielle constitue un fait remarquable qui vient corroborer notre analyse du 4 avril concernant les pressions exercées sur le général Saïd Chengriha. Comme nous l’avions révélé, le ralliement du chef d’état-major à la ligne présidentielle était « surtout dû à une crainte de représailles françaises contre ses intérêts personnels et familiaux en France ». L’évocation publique de ce dossier sensible par le ministre français peut être interprétée comme un rappel à peine voilé des leviers d’influence dont dispose Paris.

Les dimensions économiques et mémorielles : les partenariats convoités

Le volet économique de cette réconciliation occupe également une place importante dans la déclaration ministérielle :

« J’en viens au sujet économique, j’ai eu l’occasion de rappeler les difficultés apparues ces derniers mois s’agissant du développement de nos échanges, particulièrement dans les secteurs agroalimentaires, automobile, transport maritime. Le président Tebboune m’a assuré de sa volonté de leur donner une nouvelle impulsion. Le président du MEDEF recevra son homologue algérien du CRA le neuf mai prochain, et nous avons acté la tenue avant l’été d’une réunion du comité mixte économique franco-algérien qui permettra d’adresser tous ces sujets. »

Cette focalisation sur les secteurs agroalimentaire, automobile et du transport maritime n’est pas fortuite. Elle reflète les intérêts spécifiques des entreprises françaises en Algérie, dans un contexte où les échanges commerciaux franco-algériens, qui s’élevaient à 8,2 milliards d’euros en 2024 malgré la crise diplomatique, ont connu des perturbations significatives.

La dimension mémorielle, traditionnellement épineuse dans les relations franco-algériennes, fait l’objet d’une attention particulière :

« Sur le plan mémoriel, les contacts ont repris entre les historiens français et algériens de la commission mixte, je m’en suis assuré personnellement. Et le président Tebboune m’a confirmé que l’historien Benjamin Stora était invité à venir à Alger pour poursuivre le travail sur les restitutions d’objets culturels. »

Cette déclaration confirme avec précision notre analyse du 31 mars 2025 concernant la préparation d’une nouvelle restitution de crânes algériens conservés au Musée de l’Homme à Paris. Comme nous l’avions révélé en exclusivité, la France a bien entamé des démarches concrètes en vue d’une nouvelle restitution de restes humains à l’Algérie, avec notamment l’implication du Laboratoire de police scientifique de Lyon (LPS Lyon) pour procéder à des identifications ADN sur plusieurs crânes.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du nouveau dispositif législatif français adopté en décembre 2023, qui a considérablement simplifié la procédure de restitution des restes humains en introduisant une dérogation générale au principe d’inaliénabilité des collections publiques. Ce cadre juridique arrive à point nommé, alors que le dépôt temporaire des 24 crânes restitués en 2020 arrive à échéance en juillet 2025.

L’évocation par Barrot des « restitutions d’objets culturels » et la reprise des travaux de la commission historique mixte avec l’invitation adressée à Benjamin Stora signalent une volonté de poursuivre ce processus, mais dans un cadre délimité et peu susceptible d’engendrer de nouvelles tensions. Cette approche pragmatique privilégie les avancées symboliques aux confrontations mémorielles plus profondes comme la reconnaissance des crimes coloniaux.

La reconfiguration du pouvoir algérien : Tebboune renforcé

La visite de Jean-Noël Barrot intervient à un moment charnière pour le système politique algérien. Comme nous l’avions analysé le 4 avril, un bouleversement majeur semble se dessiner au sein du pouvoir algérien avec l’alignement du général Saïd Chengriha sur la position du président Tebboune concernant les relations avec la France.

Ce ralliement du puissant chef militaire à la ligne présidentielle marque une évolution significative dans le fonctionnement du système politique algérien, où l’armée a historiquement conservé la haute main sur les orientations stratégiques du pays. Selon nos sources, ce revirement serait « surtout dû à une crainte de représailles françaises contre ses intérêts personnels et familiaux en France », une hypothèse que semble confirmer la mention explicite par Barrot du dossier sensible des « biens mal acquis ».

Cette reconfiguration des équilibres du pouvoir algérien s’inscrit dans la stratégie patiente menée par Emmanuel Macron pour renforcer la position de Tebboune au sein du système algérien. Cette approche remonte à décembre 2020, lorsque le président algérien avait été hospitalisé en Allemagne pour des complications liées au Covid-19. Durant cette période critique, Macron avait manifesté son soutien et promis d’aider le président algérien à consolider sa position face aux militaires.

En soutenant Tebboune face à l’establishment militaire, Paris sert ses propres intérêts stratégiques :

– Favoriser l’émergence d’un interlocuteur algérien plus prévisible et moins tributaire des positions idéologiques traditionnelles

– Ouvrir la voie à une normalisation des relations bilatérales malgré les divergences sur le dossier du Sahara

– Créer les conditions d’une approche plus pragmatique et moins conflictuelle sur les questions régionales

– Stabiliser un partenaire clé dans la gestion des flux migratoires et la lutte antiterroriste au Sahel

Le jeu d’équilibriste avec Rabat

Cette réconciliation avec Alger intervient alors que la France a significativement renforcé son partenariat avec le Maroc, formalisé lors de la visite d’État de Macron au Maroc en fin octobre 2024, soutien qu’il a confirmé solennellement lors d’un discours devant le Parlement marocain. L’absence révélatrice de toute mention du Sahara occidental dans les communications officielles lors de la visite de Barrot illustre la volonté française de ne pas raviver les tensions tout en maintenant sa position de fond.

Plus significatif encore, cette omission dans la déclaration de Barrot confirme qu’Alger a définitivement pris acte du soutien français à la souveraineté marocaine sur ses provinces sahariennes et l’assume désormais comme irréversible. Comme l’a rapporté le site fr.le360.ma dans son édition du 7 avril 2025, « L’Algérie accepte la reconnaissance par la France de la marocanité du Sahara ». Ce changement d’attitude marque un tournant majeur dans la posture diplomatique algérienne, traditionnellement inflexible sur cette question considérée comme cardinale dans sa politique étrangère.

La stratégie d’équilibriste de Paris s’explique également par la montée en puissance du Maroc en Afrique subsaharienne, où Rabat déploie une diplomatie économique offensive avec des investissements atteignant 4,3 milliards de dollars en 2024. En normalisant ses relations avec Alger, Paris se ménage un contrepoids potentiel à cette influence marocaine croissante.

La diplomatie marocaine, orchestrée directement par le Palais royal, a enregistré des succès spectaculaires ces dernières années : implantation de banques marocaines dans 25 pays africains, développement de projets d’infrastructures majeurs comme le gazoduc Nigeria-Maroc, et ouverture de plus de 30 nouvelles ambassades africaines à Dakhla et Laâyoune. Cette diplomatie tous azimuts a contribué à isoler l’Algérie sur la question du Sahara occidental et à renforcer l’influence globale de Rabat sur le continent.

L’Afrique : l’enjeu véritable de la réconciliation

La dimension africaine constitue le véritable enjeu stratégique de cette réconciliation franco-algérienne. Face à l’érosion continue de son influence au Sahel, la France cherche désespérément à maintenir des leviers d’action dans la région. L’Algérie représente désormais le seul acteur régional (hors Maroc) capable de servir de tête de pont entre Paris et les capitales sahéliennes désormais hostiles.

Le retrait forcé des forces françaises de l’opération Barkhane a laissé un vide sécuritaire que la Russie, via le groupe Wagner (rebaptisé Africa Corps), s’est empressée de combler. Les accords militaires signés entre Moscou et les juntes au pouvoir à Bamako, Ouagadougou et Niamey en janvier 2025 ont achevé de marginaliser l’influence française dans cette région qu’elle considérait jadis comme sa chasse gardée.

Cette dimension sahélienne explique l’empressement avec lequel Paris a cherché à mettre fin à la crise diplomatique avec Alger. La mention explicite par Barrot d’un « dialogue stratégique sur le Sahel » confirme cette priorité française.

Les limites persistantes de la réconciliation

Malgré ces avancées, plusieurs questions de fond demeurent en suspens et pourraient fragiliser cette réconciliation si elles ne sont pas adressées dans les prochains mois.

La question mémorielle reste un point de crispation majeur. Si la nouvelle restitution de crânes que nous avions annoncée le 31 mars représente une avancée significative, elle demeure insuffisante face aux attentes algériennes concernant la reconnaissance par la France de certains crimes coloniaux et la restitution d’archives historiques. L’approche scientifique rigoureuse engagée avec l’implication du Laboratoire de police scientifique de Lyon marque certes une rupture méthodologique majeure par rapport à la précédente restitution de 2020, mais elle ne répond pas à toutes les attentes algériennes sur le plan mémoriel.

Enfin, la fragilité des nouveaux équilibres internes du pouvoir algérien constitue un facteur d’incertitude. Si le ralliement de Chengriha à la ligne présidentielle semble acté, rien ne garantit la pérennité de ce nouvel arrangement. Les factions traditionnellement hostiles à un rapprochement avec la France au sein de l’appareil sécuritaire algérien pourraient chercher à saboter ce processus.

Conclusion : une réconciliation stratégique aux multiples facettes

Cette normalisation franco-algérienne révèle la permanence des intérêts géopolitiques par-delà les crises diplomatiques ponctuelles. Pour la France comme pour l’Algérie, les enjeux africains ont finalement pesé plus lourd que les désaccords bilatéraux.

Paris, confrontée à un recul sans précédent de son influence au Sahel, ne peut se permettre de perdre également son ancrage au Maghreb. Alger, isolée sur la scène régionale face aux avancées diplomatiques marocaines, a besoin de diversifier ses partenariats internationaux pour ne pas se retrouver dans une dépendance excessive vis-à-vis de la Russie ou de la Chine.

Cette convergence d’intérêts stratégiques explique la rapidité avec laquelle les deux pays ont finalement surmonté une crise qui semblait profonde. Elle illustre également les nouvelles dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Afrique, où l’influence des puissances traditionnelles est de plus en plus contestée, obligeant ces dernières à repenser fondamentalement leurs stratégies d’alliance et d’engagement.

La feuille de route présentée par Jean-Noël Barrot confirme de manière remarquable les analyses que notre Institut avait publiées ces dernières semaines. D’une part, la mention explicite des « biens mal acquis » valide notre analyse du 4 avril sur les raisons qui ont poussé le général Chengriha à s’aligner sur la position de Tebboune. D’autre part, l’évocation des « restitutions d’objets culturels » confirme notre révélation du 31 mars concernant la préparation d’une nouvelle opération de restitution de crânes algériens, avec l’implication du Laboratoire de police scientifique de Lyon pour des identifications ADN.

Ces dimensions personnelles et mémorielles de la réconciliation franco-algérienne, rarement évoquées dans les analyses conventionnelles, traduisent la sophistication de la stratégie d’influence française et la complexité des mécanismes décisionnels au sein du système algérien.

L’Afrique, véritable enjeu de cette réconciliation, continuera d’être au cœur des relations franco-algériennes dans les années à venir, tant les défis sécuritaires, économiques et migratoires qui s’y posent exigent une approche coordonnée des deux pays, au-delà de leurs différends historiques et politiques.

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