Mawlid 2026 : Devant Mohammed VI, le ministre des Habous rattache Sebta au patrimoine religieux marocain
Le ministre cite deux théologiens originaires de Sebta occupée dans son allocution devant le Souverain, à l’occasion du Mawlid Ennabaoui
« Depuis le Kitab Ach-Chifa du Cadi Iyad, en passant par le Mounazim d’Al-Azafi — ces deux savants étant originaires de la ville de Sebta occupée. » C’est en ces termes qu’Ahmed Taoufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques, a rattaché deux figures majeures de la piété prophétique marocaine à la ville de Sebta. Le ministre s’exprimait ce lundi 24 août 2026 au Palais Royal de Rabat, devant le Roi Mohammed VI, Amir Al-Mouminine, à l’occasion de la veillée religieuse commémorant l’Aïd Al-Mawlid Annabaoui — une allocution retransmise en direct sur l’ensemble des chaînes de télévision et stations de radio marocaines. La référence intervient alors que le contentieux hispano-marocain sur le statut de Sebta et Mellilia occupées reste vif, un mois après l’entrée migratoire massive de fin juillet à Sebta.
La citation s’inscrit dans un développement plus large du ministre sur la dimension affective de l’attachement des Marocains au Prophète, distincte selon lui de la dimension politique fondée sur la Bay’a. Cette généalogie de savants et d’œuvres se prolonge, dans le discours, jusqu’au Dala’il al-Khayrat de l’imam Al-Jazouli, présenté comme l’emblème de la mobilisation marocaine pour la libération des villes occupées de la façade atlantique au début de l’époque moderne.
La référence intervient un mois après l’entrée migratoire massive constatée fin juillet à Sebta ; la presse marocaine rapportait ce même 24 août l’identification, côté espagnol, de 2 500 mineurs isolés liés à cet épisode. Le statut de Sebta et Mellilia demeure, depuis plusieurs mois, un point de friction récurrent entre Rabat et Madrid.
Cadi Iyad ibn Moussa (1083-1149), né à Sebta, est l’une des références majeures du malikisme occidental ; son Kitab Ach-Chifa reste, huit siècles après sa rédaction, l’un des textes les plus lus sur les mérites du Prophète dans le monde musulman. Sebta est également le berceau de la tradition marocaine du Mawlid : c’est là qu’Abu al-Abbas al-Azafi entreprend, au XIIIe siècle, la rédaction d’un ouvrage consacré à la célébration de la naissance du Prophète, achevé après sa mort par son fils Abu al-Qasim al-Azafi. Devenu gouverneur de la ville, ce dernier y organise en 1250 la première grande célébration publique du Mawlid documentée au Maroc, avant que l’ouvrage ne soit transmis au calife almohade régnant à Marrakech.
Lecture IGH.
Le ministre ne formule aucune revendication territoriale explicite : il mentionne Sebta comme l’un des lieux d’origine de savants du patrimoine religieux marocain, au même titre que les autres villes citées dans le passage. Cette référence constitue néanmoins une déclaration officielle — non institutionnelle, en ce sens qu’elle n’engage aucun acte diplomatique ou juridique — qui inscrit et intègre nommément la ville occupée de Sebta, et par extension celle de Mellilia ainsi que les autres empreintes occupées par l’Espagne dans le Nord du Maroc, dans le récit national marocain comme une évidence, non comme une thèse à démontrer. Cela relève d’une géographie civilisationnelle (mémoire, filiations savantes, traditions religieuses), distincte de la géographie politique (souveraineté, frontières, droit international). Le texte ne permet donc pas de conclure à une intention diplomatique explicite du gouvernement marocain, qui n’est pas établie par ce discours.
Sources : communiqué du ministère de la Maison Royale, du Protocole et de la Chancellerie ; texte du discours d’Ahmed Taoufiq transmis à l’IGH ; presse marocaine (Telquel, LesEco, La Vie Éco, Yabiladi, La Tribune de Marrakech) — 24 août 2026.
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