Le 23 décembre 2024, jour symbolique marquant l’anniversaire de la disparition du général Ahmed Gaïd Salah, les autorités algériennes procèdent à l’arrestation du général-major Mohammed Kaidi. Une décision dont le timing soulève de nombreuses interrogations au sein des observateurs de la scène algérienne, d’autant plus qu’elle intervient dans un contexte de tensions croissantes au sein de l’institution militaire.
Cette arrestation intervient dans un contexte particulièrement tendu, alors qu’une vaste campagne de répression s’abat sur les utilisateurs des réseaux sociaux ayant partagé le hashtag viral #مانيش_راضي (« Je ne suis pas satisfait »).
Un mouvement spontané qui traduit un malaise social profond et qui semble trouver un écho particulier au sein même des institutions militaires, comme en témoignent les nombreuses vidéos de soutien émanant de diverses casernes du pays.
Le parcours du général Kaidi mérite qu’on s’y attarde. Né en 1961 à Tablat, cet ingénieur d’État en informatique s’est forgé une réputation d’officier intègre durant la décennie noire des années 1990. Sa popularité au sein de l’armée n’a cessé de croître, notamment grâce à son engagement direct dans la lutte contre l’intégrisme islamiste armé. Ses compétences et son professionnalisme lui ont également valu une reconnaissance internationale, particulièrement lors des réunions de l’OTAN où il a su tisser des liens étroits avec ses homologues occidentaux, qui appréciaient sa vision stratégique et son approche pragmatique des questions sécuritaires régionales.
À la tête du département emploi-préparation de l’État-major de l’ANP, le général Kaidi occupait un poste stratégique crucial. Cette position lui conférait la responsabilité de la planification opérationnelle de toutes les forces armées, du contrôle des mouvements de troupes, et de la coordination des différentes armes lors des opérations conjointes. Un rôle particulièrement sensible qui lui donnait une vision globale des capacités réelles de l’armée et une influence considérable sur le déploiement des forces.
Cette position stratégique, couplée à sa popularité au sein des troupes, en faisait un acteur incontournable de l’appareil militaire algérien.
L’incident qui a précipité sa mise à l’écart en novembre 2021 prend aujourd’hui une dimension particulière. Lors d’une réunion houleuse de l’état-major concernant l’affaire des camionneurs algériens tués dans la zone tampon, Kaidi avait découvert que cette opération, présentée comme une simple mission logistique civile, cachait en réalité une tentative de provocation délibérée contre les Forces Armées Royales marocaines (FAR).
Sa confrontation directe avec le chef d’état-major Saïd Chengriha, au cours de laquelle il avait dénoncé cette manipulation et le contournement de ses prérogatives, témoignait d’une rare indépendance d’esprit dans les cercles du pouvoir algérien.
Cette liberté de ton lui avait valu une mise à la retraite forcée plutôt qu’une arrestation immédiate, son influence au sein de l’armée rendant alors toute mesure plus sévère politiquement risquée. Un compromis qui semble aujourd’hui remis en question dans des circonstances pour le moins troublantes, suggérant une possible dégradation des équilibres internes au sein de l’institution militaire.
La simultanéité entre son arrestation et la campagne de répression contre le hashtag #مانيش_راضي ne peut manquer d’interpeller. Les milliers de vidéos de soutien publiées sur les réseaux sociaux, dont certaines émanant de militaires en activité, laissent entrevoir l’existence d’un mouvement de contestation dépassant largement le cadre habituel des manifestations de mécontentement en Algérie. Cette convergence entre la contestation populaire et un apparent malaise au sein de l’armée dessine les contours d’une situation potentiellement explosive.
Les circonstances de son arrestation, conjuguées à son transfert immédiat vers la prison militaire de Blida – où sont déjà détenus pas moins de 60 autres généraux – soulèvent des questions sur l’ampleur des dissensions au sein de l’appareil militaire. Le choix de la date, coïncidant avec l’anniversaire de la mort brutale de Gaïd Salah, pourrait être interprété comme un message adressé à d’éventuels officiers dissidents, suggérant une nervosité croissante au sommet de la hiérarchie militaire.
Dans un pays où l’armée constitue traditionnellement le véritable centre du pouvoir, l’arrestation d’une figure militaire de cette envergure, particulièrement populaire auprès des troupes et respectée à l’international, ne peut être considérée comme un événement anodin. Le timing de cette décision, en pleine effervescence sociale et alors que des rumeurs persistantes évoquent des tensions au sein de l’état-major, pourrait annoncer des développements majeurs dans les semaines à venir.
La nervosité apparente des autorités, qui se traduit par une multiplication des arrestations préventives et un renforcement des mesures de sécurité autour des installations stratégiques, laisse penser que l’arrestation du général Kaidi pourrait n’être que la partie visible d’une crise plus profonde au sein de l’institution militaire.
Les prochains jours seront déterminants pour comprendre si cette mise à l’écart brutale était une mesure préventive ou le déclencheur d’une recomposition majeure du paysage politique algérien.






