Par Sanae Hanine, Chercheur à l’Institut Géopolitique Horizons Professeur Université Hassan Ier – Settat - Maroc
Plan décennal 2013-2023 de l’Agenda 2063 : l’Afrique peine toujours à décoller
Cadre stratégique qui aspire à lutter contre le sous-développement et la colonialité afin de créer un continent pacifique et prospère, l’Agenda 2063 de l’Union africaine a pour objectif d’accélérer la mise en œuvre des initiatives continentales passées et existantes pour l’intégration inter-régionale des pays africains. Vision et plan d’action, l’Agenda 2063 est un appel à l’action lancé à tous les segments de la société africaine pour qu’ils unissent leurs forces afin de construire une Afrique prospère et unie, fondée sur des valeurs partagées et un destin commun. La vingt-cinquième Session ordinaire de la Conférence a adopté le premier plan décennal de mise en œuvre de l’Agenda 2063 (2014-2023) comportant 7 aspirations, 20 objectifs, 34 domaines prioritaires et 256 cibles.
Le plan 2013-2023, le premier d’une série de cinq plans décennaux sur un horizon de 50 ans, est la pierre angulaire pour l’élaboration des plans de développement à moyen terme des États membres de l’Union, des CERs et des Organes de l’UA. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui est devenue effective le 1er janvier 2021, est considérée comme une étape clé dans la mise en œuvre de ce projet continental. Le plan examine la situation actuelle du développement selon sept aspirations de base et fournit les critères de sélection pour les objectifs et les priorités qui comprennent :
• Une croissance économique durable et inclusive
• Le développement du capital humain
• Une agriculture/agroalimentaire à valeur ajoutée
• La protection sociale
• L’autonomisation des femmes et des jeunes
• La bonne gouvernance
• Le développement des infrastructures
• Le développement de la science, des technologies et l’innovation
• Le développement de la paix et la sécurité
• La promotion de la culture, des arts et des sports
Des résultats mitigés
Concernant l’évaluation de cette étape, le 2e Rapport continental de l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD) affirme que dix pays uniquement ont pu mettre en œuvre 50% ou plus des objectifs tracés. Il s’agit du Rwanda (64%), de l’Éthiopie (63%), du Sénégal (63%), du Zimbabwe (61%), du Togo (60%), de la Tunisie (54%), de l’Ouganda (54%), de l’Algérie (53%), du Kenya (51%) et de Maurice (50%). Le Maroc de sa part a réalisé 37%. À l’opposé, 11 pays ont un taux de mise en œuvre de 30% ou moins : Botswana (29%), Burundi (29%), Namibie (28%), Zambie (27%), Lesotho (26%), Guinée équatoriale (22%), Libéria (22%), Sierra Leone (22%), Afrique du Sud (22%), Mauritanie (11%) et Bénin (6%).
Les meilleurs résultats ont été enregistrés en matière de paix et de sécurité en Afrique avec la réduction du nombre de conflits armés. De même pour le domaine du développement des infrastructures aux niveaux national, régional et continental. Une bonne performance s’est enregistrée concernant la mise en place et le fonctionnement des principales institutions financières et monétaires du continent, ce qui s’explique en partie par les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine. Sur ce registre, 22 signatures approuvant les instruments juridiques de la Banque africaine d’investissement ont été enregistrées et 12 signatures pour le Fonds monétaire africain. La cible de 2019 concernant le nombre de pays ayant signé et ratifié la Zone de libre-échange continentale ou l’ayant incorporée dans leurs législations nationales a été atteinte. De bonnes performances ont été également enregistrées dans le domaine du climat et du développement durable, qualifiées de « remarquables ». De même pour l’amélioration de la qualité de vie des citoyens (augmentation du revenu par habitant, accès à l’Internet, accès à l’électricité et à l’eau potable, protection des données). Le programme de « Libre circulation des personnes et le passeport africain » a connu également des avancées notables puisque 32 États membres ont signé le Protocole au Traité instituant la Communauté économique africaine relatif à la libre circulation des personnes, au droit de séjour et au droit d’établissement.
Les points faibles
Le score global de réalisation du plan est de 32% par rapport aux objectifs de 2019. Ce résultat reste nettement insuffisant par rapport aux objectifs fixés. Des résultats très insuffisants ont été enregistrés au niveau du renforcement de l’identité culturelle africaine, du patrimoine, des valeurs et de l’éthique communs. La bonne gouvernance, la démocratie, le respect des droits de l’homme et la consolidation de l’état de droit sont également les points faibles du bilan, en raison notamment des niveaux élevés de corruption dans la prestation des services publics. Sur le plan économique, la réduction des taux de chômage lors de cette décennie ainsi que les taux de croissance annuels du PIB au cours de la période considérée, qui sont tous tombés bien en dessous des objectifs globaux en 2019, marquent la contre-performance du plan. De même, le pourcentage alloué à la R&D et au tourisme reste très insuffisant.
D’énormes efforts sont indispensables, non seulement pour rattraper le retard accumulé mais aussi pour réaliser les objectifs de la période en cours. La deuxième décennie 2024 à 2033 de l’Agenda 2063 a été conçue dans ce sens pour consolider les acquis et accélérer la mise en œuvre des projets inachevés.







