Par Abdelhakim Yamani, Institut Géopolitique Horizons 27mars 2025
Analyse géopolitique circonstanciée
La résolution H.RES.251 présentée le 25 mars 2025 à la Chambre des représentants américaine constitue un nouveau jalon dans le renforcement spectaculaire des relations entre Washington et Rabat, creusant davantage l’écart avec une Algérie de plus en plus isolée. Cette initiative bipartisane intervient dans un contexte marqué par le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et une reconfiguration majeure des équilibres régionaux en Afrique du Nord.
I. La résolution H.RES.251 : Un message diplomatique à double tranchant
La résolution, en célébrant le fait que « le 1er décembre 1777, le Sultan Sidi Muhammad Ben Abdullah établit des relations avec les États-Unis », ne se contente pas de faire œuvre mémorielle. Elle envoie un message géopolitique clair : Washington choisit résolument le camp marocain dans la rivalité qui l’oppose à l’Algérie.




En soulignant que le Maroc fut « le premier pays à reconnaître les États-Unis » et que leur relation constitue « la plus longue relation diplomatique ininterrompue dans l’histoire des États-Unis », le texte offre une légitimation historique à un partenariat stratégique contemporain, à l’heure où l’Algérie tente désespérément de regagner l’oreille de Washington.
II. Le Maroc consolidé, l’Algérie marginalisée
Un momentum stratégique pour Rabat
Cette résolution s’inscrit dans une séquence exceptionnellement favorable pour le Royaume chérifien :
1. Nomination de Duke Buchan III comme ambassadeur au Maroc, fidèle du président Trump dont le grand-oncle a déjà occupé ce poste, confirmant la continuité de la politique américaine malgré l’alternance politique.
2. Réaffirmation implicite de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara, notamment à travers la référence aux exercices militaires « African Lion » qui se déploient en partie sur ces territoires.
3. Validation de la diplomatie régionale marocaine, la résolution saluant « l’engagement du Maroc dans la diplomatie régionale, notamment à travers l’Accord Tripartite« .
Une déroute algérienne manifeste
En contrepoint, la situation algérienne révèle un échec diplomatique patent :
1. Échec de l’opération de séduction de la nouvelle administration Trump, malgré des propositions stupéfiantes : « un engagement d’achat d’armement américain de 15 milliards de dollars annuels » et « un versement immédiat de 500 millions de dollars à l’Ukraine« .
2. Isolement diplomatique accentué, notre analyse « Schizophrénie Diplomatique à Alger » ayant mis en lumière une « pantalonnade diplomatique » qui a révélé aux acteurs internationaux « l’effondrement de crédibilité et d’influence » d’Alger.
3. Contradictions stratégiques majeures, entre l’accueil de figures du régime syrien déchu comme Maher Al-Assad et les tentatives de rapprochement avec Washington, illustrant ce que nous avons qualifié de « politique étrangère schizophrène ».
III. Les quatre piliers de la stratégie américaine pro-marocaine
La résolution met en lumière quatre dimensions clés qui structurent le choix américain en faveur du Maroc :
1. L’exclusivité économique
En rappelant que « le Maroc demeure le seul pays africain disposant d’un Accord de Libre-Échange avec les États-Unis« , la résolution souligne la position unique du Royaume dans la stratégie économique américaine en Afrique, contrastant avec l’économie algérienne encore largement fermée aux investissements étrangers.
2. La fiabilité sécuritaire
Lorsque le texte évoque la collaboration dans « la non-prolifération nucléaire, la lutte contre le trafic illicite d’armes et le renforcement des initiatives de sécurité régionale« , il oppose implicitement cette fiabilité marocaine aux liens entretenus par l’Algérie avec des acteurs comme la Russie et, plus récemment, avec des figures controversées du régime syrien déchu.
3. L’alignement diplomatique
En saluant l’engagement du Maroc à travers l’Accord Tripartite, la résolution valide un alignement diplomatique qui contraste avec les positions plus ambiguës d’Alger, tiraillée entre des alliances contradictoires, comme l’illustre sa « tentative désespérée de reproduction du modèle de normalisation marocain » tout en maintenant officiellement une position anti-normalisation.
4. La convergence culturelle
L’évocation de « l’histoire de coexistence religieuse du Maroc, y compris la protection des communautés juives » s’inscrit dans une valorisation de la modération religieuse marocaine, à l’opposé des tendances plus conservatrices observées en Algérie.
IV. Le « marteau Trump » s’abat sur l’Algérie
La conjonction de la résolution H.RES.251 et du retour de Donald Trump à la Maison Blanche fait peser des menaces concrètes sur Alger :
Pressions diplomatiques imminentes
Comme l’annonçait notre analyse « Alger face au Marteau Trump et l’Enclume Rubio« , la nouvelle administration américaine pourrait mettre en œuvre une stratégie multidimensionnelle incluant la « qualification de l’Algérie comme ‘État qui encourage le terrorisme’ » et « l’initiative Wilson pour classifier le Polisario comme organisation terroriste« .
Vulnérabilités algériennes exploitées
La stratégie américaine cible méthodiquement les points faibles du régime algérien :
1. Dépendance militaire russe : « 80% des équipements d’origine russe » exposent l’Algérie aux sanctions CAATSA sur les achats d’armement russe.
2. Fragilité économique : Un « système financier mal intégré aux circuits internationaux » et une « dépendance aux hydrocarbures » rendent l’Algérie particulièrement vulnérable aux pressions économiques.
3. Incohérences diplomatiques : Le « triple reniement historique » que constituerait un rapprochement avec Washington et Israël fragilise la crédibilité du régime tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
V. Perspectives : Célébrations à Rabat, anxiété à Alger
À l’approche du 250ème anniversaire des relations américano-marocaines en 2027, les trajectoires divergentes des deux puissances nord-africaines se confirment :
Pour le Maroc : Une consécration internationale
La résolution, en « soutenant les efforts visant à commémorer cette étape importante à l’approche de 2027« , ouvre la voie à une séquence diplomatique prestigieuse qui pourrait inclure des visites d’État et l’annonce de partenariats stratégiques renforcés, consolidant davantage la position régionale du Royaume.
Pour l’Algérie : Un dilemme existentiel
Face à cette dynamique défavorable, le régime algérien se trouve confronté à des choix déchirants :
1. Scénario de rupture (probabilité élevée) : « Fragmentation de l’institution militaire » et « accélération des mouvements contestataires » sous la pression d’un isolement international aggravé.
2. Scénario d’adaptation (probabilité faible) : « Concessions majeures sur le dossier du Sahara » et « réorientation géopolitique vers le camp occidental« , impliquant un reniement idéologique majeur.
- 3. Scénario de confrontation (probabilité moyenne) : « Durcissement du régime » et « aggravation de l’isolement international », avec un « risque d’implosion interne » accru.
Un moment charnière pour l’Afrique du Nord
La résolution H.RES.251, au-delà de sa dimension commémorative, s’inscrit dans une reconfiguration profonde des équilibres nord-africains. Elle consacre l’aboutissement d’une stratégie marocaine patiente et cohérente, et révèle l’impasse dans laquelle s’est enfermée la diplomatie algérienne.
Alors que Rabat se prépare à célébrer ce nouveau succès diplomatique, Alger se retrouve confrontée à une administration Trump potentiellement hostile, dans un contexte de fragilité interne croissante. Cette polarisation risque d’accélérer les dynamiques de transformation régionales déjà à l’œuvre, avec des implications majeures tant pour la stabilité du Maghreb que pour les équilibres géopolitiques en Méditerranée et au Sahel.
*© Institut Géopolitique Horizons, Mars 2025*








