Abdelhakim Yamani, Institut Géopolitique Horizons 17 avril 2025
L’annonce du ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjártó le 16 avril 2025 marque l’émergence d’une formule diplomatique inédite dans le dossier du Sahara, qui vient enrichir l’arsenal des mécanismes de reconnaissance de la marocanité des provinces du Sud. Cette innovation diplomatique s’inscrit dans un contexte de redynamisation du processus onusien après le briefing de Staffan de Mistura au Conseil de sécurité le 14 avril.
Une nouvelle approche de reconnaissance administrative
La diplomatie internationale autour du Sahara marocain connaît une évolution remarquable avec l’apparition d’une formule jusqu’alors inexplorée : l’extension explicite des services consulaires à l’ensemble du territoire saharien, y compris sans présence physique d’un consulat. Cette démarche constitue une reconnaissance administrative de facto de la souveraineté marocaine, tout en offrant une flexibilité nouvelle aux États qui souhaitent soutenir la position marocaine sans franchir immédiatement le pas d’une ouverture consulaire.
La déclaration hongroise illustre parfaitement cette nouvelle approche. Budapest annonce clairement que ses « services consulaires seront désormais prodigués à l’ensemble des citoyens marocains dans l’ensemble du territoire du Royaume », reconnaissant ainsi implicitement mais sans ambiguïté l’intégration pleine et entière des provinces du Sud au territoire national marocain.
Cette formule s’inspire partiellement du modèle américain. Le consulat américain de Dakhla, annoncé dans le sillage de la reconnaissance par Washington de la souveraineté marocaine en décembre 2020, est depuis longtemps opérationnel en ligne, traitant les demandes consulaires des ressortissants américains dans les provinces du Sud sans nécessairement disposer encore d’une présence physique permanente.
Un continuum gradué de reconnaissance
Cette nouvelle formule vient enrichir un continuum désormais bien établi de mécanismes diplomatiques de soutien à la position marocaine :
1. La reconnaissance explicite et formelle de la souveraineté marocaine (États-Unis, Israël, France) – la France ayant déjà établi un consulat à Laâyoune
2. L’ouverture effective de consulats à Laâyoune ou Dakhla (plus de 28 pays)
3. La présence consulaire virtuelle ou l’extension des services consulaires à l’ensemble des provinces du Sud sans représentation physique (Hongrie, États-Unis partiellement)
4. Le soutien explicite au plan d’autonomie comme « base sérieuse et crédible » pour une solution politique
Il est essentiel de souligner que l’appui au plan d’autonomie implique de facto une reconnaissance de la souveraineté marocaine, puisque ce plan s’inscrit explicitement dans le cadre exclusif de la souveraineté du Royaume. L’autonomie proposée ne peut être envisagée que sous souveraineté marocaine, comme le précisent tous les documents officiels relatifs à cette initiative.
Une vague de ralliements attendue
Les observateurs avertis s’attendent à une accélération des ralliements, tant explicites qu’implicites, en faveur de la souveraineté marocaine sur ses provinces du Sud dans les semaines et mois à venir. Plusieurs pays européens et africains, qui suivent attentivement l’évolution du dossier, pourraient adopter cette nouvelle formule d’extension des services consulaires, particulièrement adaptée à leurs contraintes diplomatiques.
L’effet d’entraînement créé par les positions américaine, française et désormais hongroise, conjugué aux conclusions du récent briefing de De Mistura au Conseil de sécurité, crée un contexte favorable à ces ralliements. La nouvelle formule d’extension des services consulaires offre précisément le niveau de flexibilité nécessaire pour permettre à des pays jusqu’alors hésitants de s’inscrire dans cette dynamique sans prendre de risques diplomatiques excessifs.
Une dynamique au service de la nouvelle impulsion onusienne
Cette nouvelle formule diplomatique émerge stratégiquement au lendemain du briefing de Staffan de Mistura au Conseil de sécurité. Comme le révèle le décryptage de son intervention par l’Institut Géopolitique Horizons, l’Envoyé personnel a défini trois horizons temporels pour l’avenir du dossier :
1. Un « sentiment d’urgence » immédiat face aux risques d’escalade régionale
2. « Les trois prochains mois » identifiés comme période test pour une « nouvelle impulsion »
3. La « session d’octobre 2025 » présentée comme échéance potentielle pour des avancées significatives
Dans ce contexte, la nouvelle formule diplomatique inaugurée par la Hongrie et l’annonce française concernant l’entrée en service du centre TLS à Laâyoune début mai prochain (dès le 1er mai, NDLR) serviront à renforcer l’action de Staffan de Mistura, en créant une dynamique internationale favorable à une solution basée sur l’autonomie sous souveraineté marocaine.
Perspectives d’avenir
Cette innovation diplomatique devrait connaître une diffusion rapide parmi d’autres pays européens et africains dans les prochaines semaines et mois, créant un mouvement d’adhésion qui renforcerait considérablement la position marocaine à l’approche de l’échéance d’octobre 2025.
L’extension des services consulaires permet d’affirmer un soutien à la position marocaine tout en maintenant une certaine flexibilité diplomatique compatible avec la recherche d’une « solution mutuellement acceptable » évoquée par l’Envoyé personnel. Elle s’inscrit parfaitement dans la dynamique pragmatique insufflée par les récentes initiatives diplomatiques américaines et françaises que De Mistura a lui-même mises en exergue dans son briefing.
Dans un contexte où l’année 2025 marque le cinquantenaire de l’inscription du dossier du Sahara à l’ordre du jour des Nations Unies, cette nouvelle formule diplomatique contribuera vraisemblablement à créer les conditions d’une résolution définitive de ce conflit, en conformité avec les réalités du terrain et l’évolution du consensus international en faveur de la souveraineté marocaine.








