Par Abdelhakim Yamani
La situation sécuritaire au Nord du Mali devient explosive. Une source locale rapportant des témoignages visuels à l’aéroport de Gao confirme l’arrivée d’ex-miliciens syriens (shabbiha) transportés depuis la base russe de Hmeimim (Syrie) vers Benghazi (Libye), puis acheminés vers le Mali. Selon des sources sécuritaires, ces ex-miliciens de Bachar Al Assad devraient suivre des formations avant d’intégrer les groupes armés terroristes opérant dans la bande sahélienne.
Cette nouvelle donne intervient alors qu’Alger démontre une fois de plus sa capacité de nuisance traditionnelle, préférant la déstabilisation à une vision stratégique constructive avec son voisinage immédiat. La récente sortie du ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, et la mise en place unilatérale d’un « mécanisme algéro-russe » pour le Nord Mali illustrent parfaitement cette politique de déstabilisation systématique.
Le timing de ces développements n’est pas anodin. Il survient dans un contexte de tensions croissantes entre l’armée malienne et les mercenaires de l’Africa Corps (ex-Wagner), particulièrement depuis la défaite de Tinzaouatène. Les relations entre les deux alliés se sont considérablement détériorées, les Russes critiquant ouvertement le « manque de professionnalisme » des forces maliennes et leur « stratégie incohérente » sur le terrain.
Cette dégradation des relations s’inscrit dans une mécanique plus large et minutieusement orchestrée. La visite à Alger, le 21 décembre dernier de deux hauts responsables russes – Mikhaïl Bogdanov et Younous-Bek Evkourov – prend ainsi une signification particulière, suggérant une coordination russo-algérienne étroite dans la gestion du dossier malien et plus largement sahélien.
Plus inquiétant encore, les déclarations provocatrices du ministre Attaf lors de sa conférence de presse de fin d’année révèlent la véritable stratégie algérienne. En défendant ouvertement les mouvements de l’Azawad que le Bamako considère comme « terroristes » et en annonçant un mécanisme bilatéral avec Moscou sans consultation préalable de Bamako, Alger s’arroge un droit d’ingérence flagrant dans les affaires intérieures maliennes.
La réaction de Bamako a été à la hauteur de la provocation. Dans un communiqué cinglant du 1er janvier 2025, le ministère malien des Affaires étrangères dénonce sans ambiguïté « la proximité et la complicité de l’Algérie avec les groupes terroristes » et son rôle actif dans la déstabilisation régionale. Cette réponse diplomatique d’une rare violence traduit la gravité de la situation.
L’introduction des shabbiha dans cette équation déjà complexe représente une escalade significative et potentiellement dangereuse. Leur présence, combinée au rapprochement russo-algérien et à la détérioration programmée des relations avec l’Africa Corps, dessine les contours d’une stratégie coordonnée de déstabilisation du Mali. Ces miliciens, aguerris par la guerre en Syrie, pourraient devenir des agents de déstabilisation redoutables.
Les objectifs de cette manœuvre apparaissent multiples et interconnectés. D’une part, affaiblir durablement le pouvoir de Bamako en créant une situation de chaos contrôlé au Nord. D’autre part, réaffirmer l’influence algérienne dans la région tout en permettant à la Russie de maintenir une présence stratégique à travers une nouvelle configuration.
Cette stratégie vise également à fragiliser l’Alliance des États du Sahel (AES), perçue par Alger comme une menace directe à son hégémonie régionale traditionnelle. La coordination russo-algérienne pourrait ainsi chercher à isoler le Mali de ses partenaires naturels, tout en créant les conditions d’une tutelle partagée sur la région.
Paradoxalement, ces manœuvres de déstabilisation pourraient avoir l’effet inverse. Face à ces menaces extérieures évidentes, l’AES pourrait se renforcer, ses membres comprenant la nécessité vitale d’une coordination plus étroite pour faire face aux tentatives d’ingérence et de déstabilisation externes.
La situation au Nord Mali apparaît donc comme un test crucial pour l’avenir de la région. Elle révèle non seulement la persistance des stratégies traditionnelles de déstabilisation régionale, mais aussi l’émergence potentielle de nouvelles dynamiques sahéliennes plus autonomes et résilientes.
Cette crise pourrait ainsi marquer un tournant décisif dans la géopolitique sahélienne. Soit vers une déstabilisation accrue sous l’effet des ingérences extérieures coordonnées, soit vers l’affirmation d’une nouvelle architecture sécuritaire régionale portée par l’AES et fondée sur une véritable souveraineté stratégique.
Une chose est certaine : l’arrivée des shabbiha à Gao, combinée au jeu trouble d’Alger et de Moscou, marque le début d’une nouvelle phase particulièrement dangereuse dans la crise sahélienne. L’avenir dira si les États sahéliens sauront transformer cette menace en opportunité de renforcement de leur souveraineté collective.








