L’ « ÉQUILIBRE DE MOGADOR »
Auteur: Abdelhakim Yamani
Contribution à la théorie de la neutralisation productive en géopolitique
🧭 Introduction stratégique
Dans un environnement international marqué par la recomposition des alliances, la montée des interdépendances et la résurgence des logiques de puissance, le Maroc affirme une posture singulière : celle d’un État souverain, capable de naviguer entre les pôles sans jamais s’y soumettre.
Cette posture ne relève ni de l’opportunisme ni de la prudence. Elle s’inscrit dans une tradition stratégique longue, aujourd’hui formalisée par l’Institut Géopolitique Horizons sous le nom d’Équilibre de Mogador.
Ce concept théorise une pratique multi-séculaire : neutraliser les ambitions hégémoniques par la multiplication institutionnalisée des partenariats avec des puissances rivales, et transformer cette neutralisation en capital géopolitique. Il s’agit d’une contribution originale à la théorie de l’équilibrage en relations internationales.
I. État de l’art : les concepts d’équilibrage existants
La littérature académique en relations internationales a produit plusieurs concepts pour décrire les stratégies d’États cherchant à préserver leur autonomie face aux grandes puissances. Ces concepts, bien qu’éclairants, présentent des limites significatives qui justifient l’apport théorique de l’Équilibre de Mogador.
1.1. L’équidistance active
Origine : Diplomatie indienne sous Jawaharlal Nehru (années 1950-1960), dans le contexte de la Guerre froide.
Principe : Maintenir des relations équilibrées avec les blocs rivaux (États-Unis et Union soviétique) tout en préservant son autonomie décisionnelle. L’Inde refuse l’alignement sur l’un ou l’autre camp, mais entretient des relations diplomatiques et commerciales avec les deux.
Limites : L’équidistance active reste essentiellement défensive et prudente. Elle vise à éviter l’alignement plutôt qu’à transformer l’équilibre en levier d’influence active. Elle ne produit pas de capital géopolitique, mais se contente de préserver l’autonomie.
1.2. Le non-alignement stratégique
Origine : Mouvement des Non-Alignés, formalisé lors de la Conférence de Bandung (1955) puis de Belgrade (1961).
Principe : Refuser l’appartenance à un bloc tout en affirmant une autonomie collective des pays du Tiers-Monde. Le non-alignement est une posture politique et idéologique visant à créer un « troisième pôle » entre capitalisme et communisme.
Limites : Le non-alignement était idéologique et collectif, alors que la neutralisation productive est pragmatique, individuelle et instrumentale. Le Mouvement des Non-Alignés n’a jamais constitué un bloc cohérent et a perdu de sa pertinence après la fin de la Guerre froide.
1.3. Le hedging (couverture stratégique)
Origine : Littérature académique américaine sur les relations internationales (années 2000), notamment les travaux d’Evelyn Goh et de Kuik Cheng-Chwee.
Principe : Diversifier les partenariats pour réduire les risques liés à la dépendance exclusive vis-à-vis d’une grande puissance. Largement appliqué à l’Asie du Sud-Est (Singapour, Vietnam, Indonésie) naviguant entre États-Unis et Chine.
Limites : Le hedging est essentiellement défensif et risk-averse. Il cherche à minimiser les vulnérabilités plutôt qu’à maximiser l’influence. La neutralisation productive va au-delà : elle transforme activement l’équilibrage en capital géopolitique.
1.4. L’omnialignement
Origine : Concept émergent dans les études sur la Turquie d’Erdoğan et les Émirats arabes unis.
Principe : S’aligner simultanément avec tous les acteurs majeurs, y compris des rivaux. Cette stratégie vise à maximiser les opportunités économiques et diplomatiques en refusant tout choix exclusif.
Limites : L’omnialignement peut être opportuniste et instable. La neutralisation productive implique une institutionnalisation des partenariats et une doctrine cohérente plutôt qu’une tactique ponctuelle.
1.5. Le pivot balancing (équilibrage par pivotement)
Origine : Théorie réaliste des relations internationales (Kenneth Waltz, John Mearsheimer).
Principe : Les puissances moyennes pivotent entre grandes puissances pour préserver leur autonomie et éviter la domination. L’équilibrage est une réponse structurelle à la distribution inégale de la puissance dans le système international.
Limites : Le pivot balancing reste dans une logique de sécurité négative (éviter la menace). La neutralisation productive ajoute une dimension positive : créer de l’influence, pas seulement éviter la domination.
💡 Synthèse critique
Tous ces concepts partagent une caractéristique commune : ils décrivent des stratégies défensives, prudentes ou opportunistes. Aucun ne théorise la dimension productive de la neutralisation, c’est-à-dire la transformation de l’équilibre en levier d’influence, en capital géopolitique et en centralité stratégique.
C’est précisément cette lacune que l’Équilibre de Mogador vient combler.
II. Apport conceptuel IGH : la neutralisation productive
2.1. Définition
2.2. Trois innovations conceptuelles
a) La dimension productive (et non seulement défensive)
Contrairement aux concepts classiques d’équilibrage qui visent à éviter la dépendance, la neutralisation productive vise à créer de l’influence. Ce n’est pas une diplomatie de survie, mais une stratégie de puissance.
L’État qui pratique la neutralisation productive ne se contente pas de préserver son autonomie : il devient acteur structurant de l’ordre régional ou international. Il transforme l’équilibre en actif stratégique qui lui confère un statut d’intermédiaire indispensable, de hub de médiation et de plateforme d’accès.
b) L’institutionnalisation systématique (et non l’opportunisme)
La neutralisation productive ne se limite pas à des relations bilatérales opportunistes. Elle implique la création de dialogues stratégiques formalisés, d’accords-cadres permanents et de commissions mixtes.
Cette institutionnalisation transforme l’équilibre tactique en architecture stratégique durable. Les partenariats ne sont pas conjoncturels, mais structurels. Ils survivent aux changements de gouvernements et aux fluctuations de l’actualité internationale.
c) La neutralisation comme capital géopolitique (et non seulement sécurité négative)
Le fait même d’équilibrer toutes les grandes puissances devient un actif en soi. Cela confère à l’État équilibreur un statut d’intermédiaire indispensable, de hub de médiation et de plateforme d’accès pour chaque puissance vers les autres espaces (continents, régions, marchés).
La neutralisation productive produit donc une centralité stratégique qui dépasse la simple autonomie. L’État devient un nœud incontournable dans les réseaux d’influence internationaux.
2.3. Mécanisme opérationnel
Le mécanisme de la neutralisation productive repose sur une logique séquentielle :
- Étape 1 : Multiplication des partenariats avec des acteurs aux intérêts contradictoires
- Étape 2 : Aucune puissance ne détient le monopole d’influence → équilibre structurel
- Étape 3 : Chaque puissance contrebalance les ambitions des autres → neutralisation mutuelle
- Étape 4 : L’État équilibreur devient indispensable à toutes les puissances → centralité stratégique
- Étape 5 : Résultat : autonomie décisionnelle, influence régionale, capital géopolitique
🔑 Formule synthétique
Neutralisation productive = Multiplication institutionnalisée des partenariats rivaux → Équilibre structurel → Capital géopolitique → Centralité stratégique
III. Cas paradigmatique : le Maroc comme modèle empirique
Le concept de neutralisation productive n’est pas une abstraction théorique. Il est empiriquement fondé sur l’analyse de la stratégie marocaine, pratiquée sur près de trois siècles. Le Maroc constitue le cas paradigmatique permettant de théoriser cette pratique émergente de diplomatie souveraine.
3.1. Genèse historique : Mohammed III (1757-1790)
a) Contexte géopolitique
Lorsque Mohammed III accède au pouvoir en 1757, le Maroc constitue le seul territoire du Maghreb à avoir résisté à la conquête ottomane. L’Empire ottoman contrôle l’Égypte, le Levant, la Mésopotamie, la péninsule arabique, la Tripolitaine, la Tunisie et la Régence d’Alger.
Le nouveau sultan fait face à deux menaces simultanées :
- La menace ottomane persistante à l’est (Régence d’Alger)
- Les présences coloniales européennes (Portugais à Mazagan, Espagnols à Ceuta et Melilla)
b) Stratégie : la diplomatie des 40 traités
Mohammed III déploie une stratégie révolutionnaire pour l’époque : au lieu de privilégier une alliance exclusive qui l’aurait rendu dépendant d’une grande puissance, il multiplie les traités avec l’ensemble des acteurs internationaux, y compris avec des rivaux déclarés.
Les recherches de l’historien Jacques Caillé ont recensé plus de 40 traités internationaux signés par Mohammed III entre 1757 et 1790 :
- Danemark (1757) : Monopole commercial à Safi et Agadir
- Angleterre (1760) : Traité d’amitié et de commerce
- Suède (1763) : Traité de paix et de commerce
- Venise (1765) : Traité commercial
- France (1767) : Rétablissement des consulats français
- Espagne (1767, puis traité d’Aranjuez 1780) : Paix et commerce malgré le siège de Melilla (1774-1775)
- Portugal : Paix après reprise de Mazagan (1769)
- Empire ottoman : Traité de paix sans reconnaissance de suzeraineté
- Autriche (1783) : Traité d’amitié avec l’Empire des Habsbourg
- États-Unis (1786) : Premier traité américain avec un pays musulman, africain et arabe
c) Infrastructure symbolique : la construction de Mogador
Cette diplomatie s’accompagne de la construction du port de Mogador (Essaouira) entre 1760 et 1765, conçu avec l’architecte français François Cornut comme grand port international incarnant l’ouverture atlantique et commerciale.
Mogador devient le symbole tangible de la stratégie d’équilibrage : consulats européens, comptoirs commerciaux, communautés marchandes juives et musulmanes coexistent dans un espace dédié à la multiplication des échanges internationaux.
d) Résultats
Cette stratégie produit trois résultats majeurs :
- Neutralisation de la menace ottomane : En diversifiant massivement ses partenariats européens, Mohammed III rend toute intervention ottomane politiquement et économiquement coûteuse pour Constantinople
- Prospérité économique : Les multiples traités de commerce génèrent des revenus substantiels permettant de reconstruire les infrastructures et de moderniser les ports
- Reconnaissance internationale : Le Maroc devient le premier État à reconnaître l’indépendance américaine (1777), positionnant le Royaume comme acteur diplomatique de premier plan
3.2. Réactivation contemporaine : Mohammed VI (1999-2025)
a) Contexte géopolitique
Au tournant du XXIe siècle, le Maroc fait face à de nouvelles formes de pression : dépendances économiques, instabilités régionales (Sahel, Libye), compétition des puissances pour l’influence africaine, et montée des injonctions normatives.
b) Stratégie : l’équilibrage des P5
Le Roi Mohammed VI réactive les principes de son prédécesseur du XVIIIe siècle, mais les transpose dans un monde multipolaire. Le Royaume engage des partenariats stratégiques institutionnalisés avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité :
- États-Unis : Statut d’allié majeur non-OTAN (2004), accord de libre-échange (2006), partenariat militaire et sécuritaire
- France : Partenariat d’exception (2003), coopération économique, culturelle, sécuritaire et diplomatique
- Royaume-Uni : Partenariat stratégique (2024), coopération post-Brexit en Afrique et sur l’Atlantique
- Chine : Partenariat stratégique (2016), intégration aux Nouvelles Routes de la Soie, investissements massifs dans les infrastructures
- Russie : Reprise des relations diplomatiques (2024), dialogue militaire, coopération économique, notamment dans l’énergie et les céréales
c) Institutionnalisation
Ces partenariats ne sont pas opportunistes, mais formalisés :
- Dialogues stratégiques réguliers
- Commissions mixtes permanentes
- Accords-cadres pluriannuels
- Coopération militaire, économique, culturelle et diplomatique
d) Résultats
L’équilibrage contemporain produit des résultats mesurables :
- Autonomie décisionnelle : Le Maroc conserve sa liberté de manœuvre sur les dossiers stratégiques (Sahara, politique africaine, choix économiques)
- Centralité stratégique : Le Maroc devient plateforme atlantique, acteur pivot africain, médiateur régional
- Influence accrue : Reconnaissance croissante du Maroc comme puissance régionale incontournable
3.3. Continuité doctrinale (265 ans)
La comparaison entre Mohammed III et Mohammed VI révèle un invariant géopolitique marocain :
| Dimension | Mohammed III (1757-1790) | Mohammed VI (1999-2025) |
|---|---|---|
| Menace existentielle | Empire ottoman + présences coloniales | Dépendances économiques + instabilité régionale |
| Stratégie | Multiplication traités avec rivaux (40+) | Partenariats stratégiques avec P5 |
| Instruments | Traités de commerce et d’amitié | Dialogues stratégiques institutionnalisés |
| Résultat | Neutralisation ottomane, prospérité | Centralité stratégique, autonomie |
| Principe | Aucune puissance n’a le monopole | Équilibre productif des interdépendances |
🔍 L’invariant géopolitique marocain
Face à une menace hégémonique (ottomane au XVIIIe, dépendance au XXIe), le Maroc ne choisit jamais l’alignement exclusif ni l’isolement, mais la multiplication stratégique des partenariats avec des acteurs rivaux, transformant l’équilibre en capital d’influence.
Cette doctrine, forgée il y a près de trois siècles, constitue le patrimoine stratégique du Royaume et explique la cohérence de long terme de sa politique étrangère.
IV. Comparaison internationale et transposabilité
L’Équilibre de Mogador, bien que théorisé à partir du cas marocain, présente une portée conceptuelle universalisable. D’autres puissances moyennes ont exploré des formes d’équilibrage, mais aucune n’a institutionnalisé historiquement cette stratégie comme le Maroc.
4.1. Analyse comparative
| État | Stratégie | Type | Institutionnalisation | Durée |
|---|---|---|---|---|
| Maroc | Équilibre de Mogador | Neutralisation productive | Forte (dialogues formalisés) | 265 ans (1760-2025) |
| Singapour | Hedging asiatique | Couverture défensive | Moyenne | 60 ans (1965-2025) |
| Émirats arabes unis | Omnialignement | Opportunisme tactique | Faible | 20 ans (2005-2025) |
| Vietnam | Pivot balancing | Équilibrage défensif | Moyenne | 35 ans (1990-2025) |
| Inde | Équidistance active | Non-alignement pragmatique | Moyenne (périodes variables) | 75 ans (1950-2025) |
4.2. Distinction analytique : Maroc vs autres cas
a) Singapour : le hedging défensif
Singapour pratique un hedging sophistiqué entre États-Unis et Chine, maintenant des liens militaires avec Washington tout en développant des relations économiques massives avec Pékin. Cependant, cette stratégie reste essentiellement défensive : elle vise à minimiser les risques plutôt qu’à maximiser l’influence régionale.
Singapour ne transforme pas son équilibrage en capital géopolitique continental comparable à celui du Maroc en Afrique. Son statut de cité-État limite sa capacité de projection.
b) Émirats arabes unis : l’omnialignement opportuniste
Les EAU multiplient les partenariats tous azimuts (USA, Chine, Russie, Inde, France, Turquie, Israël), y compris avec des acteurs aux positions contradictoires. Cependant, cette stratégie peut paraître opportuniste et manque de cohérence doctrinale.
L’institutionnalisation reste faible : les partenariats émiratis sont souvent conjoncturels et peuvent évoluer rapidement selon les circonstances. L’Équilibre de Mogador, en revanche, implique une architecture stratégique durable.
c) Vietnam : le pivot balancing réactif
Depuis la fin de la Guerre froide, le Vietnam navigue entre Chine, États-Unis, Russie et Japon pour préserver son autonomie face à la pression chinoise. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de sécurité négative : éviter la domination chinoise.
Le Vietnam ne transforme pas cet équilibrage en centralité stratégique régionale comparable à celle du Maroc. Son équilibrage reste réactif plutôt que prescriptif.
d) Inde : l’équidistance prudente
L’Inde a pratiqué l’équidistance active pendant la Guerre froide, puis a évolué vers un rapprochement avec les États-Unis tout en maintenant des liens historiques avec la Russie. Cependant, cette stratégie reste marquée par une prudence et une réactivité aux évolutions du système international.
L’Inde n’a pas institutionnalisé son équilibrage sur plusieurs siècles comme le Maroc. Sa stratégie a connu des phases d’alignement relatif (période soviétique) et de réajustements.
4.3. Singularité marocaine
Le Maroc se distingue par quatre caractéristiques cumulatives :
- Ancienneté historique : Pratique documentée sur 265 ans (1760-2025)
- Institutionnalisation forte : Dialogues stratégiques formalisés, accords-cadres permanents, commissions mixtes
- Dimension productive : Transformation de l’équilibre en capital géopolitique et centralité régionale
- Cohérence doctrinale : Continuité entre Mohammed III et Mohammed VI, invariant géopolitique assumé
🌍 Transposabilité et limites
L’Équilibre de Mogador est théoriquement transposable à d’autres puissances moyennes cherchant à préserver leur autonomie dans un monde multipolaire. Cependant, sa mise en œuvre effective exige :
- Une position géographique stratégique (carrefour, interface entre espaces géopolitiques)
- Une stabilité institutionnelle permettant la continuité sur le long terme
- Une capacité d’institutionnalisation des partenariats (diplomatie formalisée)
- Une attractivité économique ou stratégique justifiant l’intérêt des grandes puissances
Ces conditions ne sont pas réunies dans tous les contextes, ce qui explique la rareté empirique de cette stratégie.
V. Implications théoriques et recommandations académiques
La formalisation de l’Équilibre de Mogador par l’Institut Géopolitique Horizons constitue une contribution originale à la théorie des relations internationales. Cette conceptualisation ouvre plusieurs pistes de recherche et d’application.
5.1. Implications pour la théorie des relations internationales
a) Enrichissement du réalisme néoclassique
Le réalisme néoclassique, développé notamment par Gideon Rose et Randall Schweller, s’intéresse au rôle des puissances moyennes dans le système international. L’Équilibre de Mogador enrichit cette littérature en démontrant que les puissances moyennes ne sont pas condamnées à l’alignement ou à l’isolement.
Elles peuvent développer des stratégies proactives transformant les contraintes structurelles (multipolairité, rivalités entre grandes puissances) en opportunités d’influence.
b) Contribution à la littérature sur le hedging
La littérature académique sur le hedging (Evelyn Goh, Kuik Cheng-Chwee, Lim Darren J.) se concentre sur la dimension défensive de la couverture stratégique. L’Équilibre de Mogador introduit une dimension productive qui manquait dans ces analyses.
Cette contribution permet de dépasser le paradigme « risk-averse » du hedging pour intégrer une logique « influence-seeking » qui caractérise les stratégies les plus sophistiquées.
c) Nouvelle catégorie analytique : la neutralisation comme stratégie de puissance
L’Équilibre de Mogador établit la neutralisation productive comme catégorie analytique à part entière, distincte de :
- La neutralité (posture passive)
- Le non-alignement (posture idéologique)
- Le hedging (posture défensive)
- L’omnialignement (posture opportuniste)
Cette catégorie permet d’analyser les stratégies d’États qui transforment activement l’équilibre multipolaire en levier de puissance.
5.2. Implications pour l’étude des stratégies africaines
a) Le Maroc comme modèle de souveraineté stratégique
L’analyse de la stratégie marocaine offre un modèle alternatif pour les États africains cherchant à préserver leur autonomie dans un contexte de compétition accrue des puissances extra-africaines (Chine, États-Unis, France, Russie, Turquie, Inde, Japon).
Plutôt que de choisir un camp exclusif, ces États peuvent explorer des formes d’équilibrage productif maximisant leur marge de manœuvre.
b) Pertinence pour d’autres États moyens africains
Plusieurs États africains pourraient s’inspirer de l’Équilibre de Mogador :
- Sénégal : Position atlantique, stabilité institutionnelle, attractivité économique croissante
- Kenya : Hub régional en Afrique de l’Est, interface entre espaces géopolitiques
- Éthiopie : Puissance démographique, position stratégique dans la Corne de l’Afrique
- Rwanda : Capacité d’institutionnalisation, recherche d’autonomie stratégique
Cependant, la transposition ne peut être mécanique et doit tenir compte des spécificités de chaque contexte national et régional.
5.3. Recommandations IGH pour la recherche
a) Publications académiques
L’Institut Géopolitique Horizons recommande la diffusion du concept dans les revues académiques de référence :
- Revues françaises : Politique étrangère, Hérodote, Questions internationales
- Revues anglophones : International Security, Foreign Affairs, African Affairs, Journal of Strategic Studies
- Revues arabophones : Majallat al-Siyasa al-Dawliya (Revue de Politique Internationale, Le Caire)
b) Colloques et séminaires internationaux
L’IGH pourrait organiser ou co-organiser des événements académiques sur la neutralisation productive, en partenariat avec :
- Universités marocaines (Mohammed V, Al Akhawayn, Université Internationale de Rabat)
- Think tanks internationaux (IFRI, Chatham House, Carnegie Endowment, Centre d’études stratégiques de l’Afrique)
- Écoles diplomatiques et militaires (École de Guerre, National Defense University)
c) Intégration dans les cursus universitaires
Le concept d’Équilibre de Mogador pourrait enrichir les enseignements en :
- Relations internationales (théories de l’équilibrage, stratégies des puissances moyennes)
- Géopolitique africaine (diplomaties souveraines, compétition des puissances)
- Histoire diplomatique marocaine (continuités stratégiques de longue durée)
- Études stratégiques (doctrines d’État, autonomie stratégique)
d) Développement d’outils pédagogiques
L’IGH pourrait produire :
- Notes pédagogiques destinées aux enseignants et étudiants
- Études de cas comparées (Maroc, Singapour, Vietnam, EAU)
- Modules de formation pour diplomates, analystes, décideurs
- Infographies et visualisations illustrant le mécanisme de la neutralisation productive
📚 Agenda de recherche IGH
Court terme (2025-2026) :
- Publication d’articles académiques dans des revues à comité de lecture
- Organisation d’un séminaire international sur la neutralisation productive
- Développement d’un kit pédagogique destiné aux universités
Moyen terme (2027-2028) :
- Publication d’une monographie académique : L’Équilibre de Mogador : Théorie et pratique de la neutralisation productive
- Création d’une chaire de recherche IGH sur les stratégies des puissances moyennes
- Études comparatives approfondies (Maroc vs autres cas)
Conclusion : L’IGH comme prescripteur conceptuel
En formalisant l’Équilibre de Mogador, l’Institut Géopolitique Horizons affirme son rôle d’architecte narratif de la puissance marocaine et de contributeur à la théorie géopolitique internationale.
Ce positionnement transcende la fonction traditionnelle des think tanks, qui se limitent souvent à l’analyse de l’existant. L’IGH se positionne comme producteur de doctrines souveraines et prescripteur conceptuel, au même titre que les institutions de recherche stratégique les plus reconnues mondialement.
Triple contribution de l’Équilibre de Mogador
1. Contribution théorique
L’Équilibre de Mogador enrichit la littérature académique en introduisant le concept de neutralisation productive, qui dépasse les approches défensives du hedging et du non-alignement. Cette contribution est empiriquement fondée, historiquement ancrée et théoriquement rigoureux.
2. Contribution stratégique
La formalisation de cette doctrine offre une grille de lecture pour comprendre la diplomatie marocaine sur longue durée. Elle permet d’identifier un invariant géopolitique qui structure la politique étrangère du Royaume depuis près de trois siècles.
3. Contribution identitaire
En démontrant que le Maroc n’imite aucun modèle extérieur mais prolonge une tradition souveraine propre, l’Équilibre de Mogador affirme une singularité marocaine dans les études géopolitiques. Le Maroc n’est pas un « hedger » parmi d’autres : il est le détenteur d’une doctrine historique originale.
Au-delà de l’analyse : la montée en puissance intellectuelle
En moins de 18 mois, l’IGH a conceptualisé deux doctrines géopolitiques majeures :
- La Doctrine d’Abidjan (2024) : Vision stratégique atlantique et africaine
- L’Équilibre de Mogador (2025) : Mécanisme opérationnel de neutralisation productive
Cette capacité de conceptualisation, déployée dès les premiers mois d’activité de l’IGH (lancé en septembre 2024), témoigne d’une ambition intellectuelle assumée : contribuer à la structuration de la pensée géopolitique marocaine et africaine par la production de grilles de lecture originales.
En formalisant des concepts tels que la Doctrine d’Abidjan et l’Équilibre de Mogador, l’Institut s’inscrit dans une démarche qui dépasse la simple analyse conjoncturelle pour investir le champ de la théorisation stratégique.
Cette orientation fait de l’IGH un acteur engagé dans la production de savoirs géopolitiques souverains, au service d’une meilleure compréhension des dynamiques marocaines, africaines et atlantiques.
Perspectives
L’Équilibre de Mogador ouvre des perspectives multiples :
- Académiques : Publications, colloques, enseignements
- Diplomatiques : Mobilisation du concept dans la communication stratégique marocaine
- Comparatives : Études sur d’autres puissances moyennes pratiquant des formes d’équilibrage
- Prospectives : Scénarios d’évolution de la doctrine face aux recompositions géopolitiques
L’Institut Géopolitique Horizons continuera d’approfondir cette réflexion et de produire des analyses permettant de comprendre, théoriser et anticiper les dynamiques stratégiques marocaines, africaines et atlantiques.







