Par Abdelhakim Yamani, Institut Géopolitique Horizons
L’accession de l’Algérienne Selma Haddadi à la vice-présidence de la Commission de l’Union africaine (UA) en février 2025, face à la candidature techniquement supérieure de la Marocaine Latifa Akharbach, illustre les dysfonctionnements du processus électoral de l’organisation. Ce résultat, obtenu dans des conditions exceptionnelles, reflète davantage un concours de circonstances qu’une véritable adhésion des États membres au projet algérien.
Un scrutin contestable dans un contexte institutionnel fragilisé
Le processus électoral, marqué par six tours laborieux, a révélé l’absence manifeste de légitimité claire de la candidature victorieuse. Les résultats extrêmement serrés (écarts de 2 à 4 voix) et les multiples égalités démontrent l’incapacité de la candidate algérienne à susciter une adhésion naturelle. La règle de la majorité des deux tiers (33 voix sur 49) n’a été atteinte qu’au prix d’une multiplication des tours, soulignant le caractère fragile de cette victoire.
L’exclusion de six États membres (Burkina Faso, Gabon, Guinée, Mali, Niger et Soudan) a créé une distorsion majeure dans la représentativité du vote. Ces pays, traditionnellement alignés sur les positions marocaines, auraient indiscutablement modifié l’issue du scrutin par leur seule présence.
Une victoire par défaut : les facteurs explicatifs
1. L’impact déterminant des suspensions
L’absence forcée des alliés naturels du Maroc a artificiellement altéré l’équilibre des forces. Ces États, particulièrement le Niger et le Mali, partenaires stratégiques du Royaume, auraient assuré une majorité confortable à la candidate marocaine, rendant leur suspension déterminante dans ce résultat contestable.
2. Le paradoxe des compétences
Le contraste saisissant entre les profils des candidates n’a échappé à aucun observateur. La supériorité manifeste de la candidate marocaine en termes de :
– Expertise et expérience professionnelle
– Vision stratégique
– Qualité des présentations
soulève des interrogations légitimes sur les mécanismes ayant conduit à ce résultat paradoxal.
3. L’instrumentalisation des divisions régionales
La multiplicité des candidatures nord-africaines a fragmenté le vote régional, permettant à l’Algérie de bénéficier d’un report de voix par épuisement, plutôt que par conviction.
La réalité du pouvoir institutionnel
Une présidence stratégique favorable au Maroc
L’élection du Djiboutien Mahamoud Ali Youssouf à la présidence constitue l’élément véritablement structurant de ce scrutin. Djibouti, allié fiable du Maroc ayant établi une présence consulaire à Dakhla, garantit une orientation favorable aux intérêts du Royaume à la tête de l’institution.
L’ancrage solide du Maroc
Le Royaume maintient une influence déterminante avec :
– Fathallah Sijilmassi au poste stratégique de Directeur général (numéro 3)
– Une capacité d’influence sur les orientations opérationnelles
– Un réseau d’alliances solide malgré les suspensions temporaires
Une victoire en trompe-l’œil
Le résultat de cette élection doit être replacé dans son contexte exceptionnel. La victoire algérienne, obtenue dans des conditions particulières et après un scrutin laborieux, apparaît davantage comme le fruit de circonstances administratives que d’une véritable légitimité politique.
La configuration actuelle de la Commission, avec une présidence favorable au Maroc et le maintien de positions clés, relativise considérablement la portée de ce succès algérien. Le Royaume conserve les leviers essentiels de l’influence au sein de l’institution, tandis que la vice-présidence algérienne, obtenue dans des conditions contestables, risque de pâtir d’un déficit de légitimité.





