Par Abdelhakim Yamani
En ce 6 décembre 2024, la visite du président Ramaphosa à Alger illustre le paradoxe de la position sud-africaine. Chef d’un gouvernement de coalition fragile depuis les élections de mai 2024 qui ont vu l’ANC perdre pour la première fois sa majorité absolue au parlement, Ramaphosa s’accroche à une alliance idéologique avec un régime algérien lui-même en perte de vitesse. Cette visite, où il doit prononcer un discours devant le parlement algérien, semble en décalage total avec les nouvelles réalités géopolitiques du continent.
L’Afrique du Sud post-élections de mai 2024 n’est plus celle qui pouvait se permettre des positions purement idéologiques. L’ANC, n’ayant obtenu que 46% des voix, a été contraint de former un gouvernement de coalition pour maintenir Ramaphosa au pouvoir. Cette nouvelle réalité politique impose une révision des positions traditionnelles du parti, notamment sur les questions internationales.
L’Algérie de 2024 n’est plus que l’ombre de celle qui fut « la Mecque des Révolutionnaires« . Son isolement international s’accentue tandis que son influence diplomatique s’érode rapidement. La voix d’Alger ne porte plus, ni en Afrique, ni dans le monde arabe. Les récentes élections présidentielles algériennes, marquées par une abstention massive, n’ont fait que souligner l’illégitimité croissante du pouvoir.
Cette alliance entre deux régimes affaiblis – l’ANC ayant perdu sa majorité historique et le pouvoir algérien sa légitimité – apparaît comme un vestige d’une époque révolue. Le marasme économique algérien contraste fortement avec le dynamisme d’autres économies régionales, notamment celle du Maroc.
La province de Gauteng, poumon économique de l’Afrique du Sud, montre la voie du pragmatisme. Lors du récent Africa Investment Forum, ses responsables ont appelé au renforcement des partenariats avec le Maroc. La CEO de Gauteng Tourism Authority a souligné le leadership marocain dans des secteurs clés comme le tourisme et l’industrie automobile, tandis que le directeur général de l’Agence de croissance du Gauteng a mis en avant les opportunités dans les énergies renouvelables et les services financiers.
Ces appels au réalisme économique, émanant de la plus importante région économique du pays, illustrent le décalage croissant entre les positions idéologiques officielles et les intérêts économiques nationaux. Le fait que ces déclarations proviennent de responsables liés à l’ANC-Gauteng est particulièrement significatif.
Le maintien de l’alignement sur les positions algériennes concernant le Sahara apparaît de plus en plus anachronique. L’Afrique du Sud reste l’un des rares pays africains à soutenir cette position, alors que la reconnaissance de la souveraineté marocaine ne cesse de s’élargir sur le continent.
Les nouvelles réalités politiques sud-africaines, avec un ANC contraint aux compromis et une opposition renforcée, pourraient accélérer un changement de position. Les préoccupations économiques prennent le pas sur les considérations idéologiques, comme en témoignent les appels de Gauteng.
La visite de Ramaphosa à Alger pourrait bien être l’une des dernières manifestations d’une alliance idéologique dépassée. La fragilité de son gouvernement de coalition, combinée aux pressions des acteurs économiques pour plus de pragmatisme, laisse présager une possible évolution de la position sud-africaine.
La province de Gauteng montre la voie d’un réalisme économique qui pourrait finalement l’emporter sur les considérations idéologiques héritées d’une autre époque. L’Afrique du Sud se trouve véritablement à la croisée des chemins : maintenir un alignement stérile avec une Algérie isolée et affaiblie, ou répondre aux aspirations de ses forces économiques en s’ouvrant aux opportunités offertes par une coopération avec le Maroc.








