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PACTE POUR LE SAHEL

Proposition de stratégie prospective pour la sécurisation, la stabilisation et la transformation du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest

Institut Géopolitique Horizons by Institut Géopolitique Horizons
7 septembre 2026
in Afrique, Algérie, Documents, Documents Stratégiques, Libye, Maroc, Mauritanie, Sahel
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PACTE POUR LE SAHEL

PACTE POUR LE SAHEL

Proposition de stratégie prospective pour la sécurisation, la stabilisation et la transformation du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest


Institut Géopolitique Horizons (IGH) — Laboratoire de prospective et prescripteur stratégique

IGH-PACTE-SAHEL |  Septembre 2026

Hypothèse de travail — proposition de stratégie prospective


I. Introduction — changer la question

Le Sahel est habituellement abordé à travers une succession de crises : terrorisme, insécurité, instabilité politique, pauvreté, déficit de développement, migrations, faiblesse des infrastructures, sous-exploitation des ressources. Cette lecture n’est pas fausse. Elle est incomplète. Elle traite séparément des dossiers qui, sur le terrain, se déterminent mutuellement.

L’Institut Géopolitique Horizons propose de déplacer la question. Non pas « comment gérer, l’une après l’autre, les crises du Sahel ? », mais : comment organiser la convergence des intérêts africains et internationaux autour d’un objectif commun de sécurisation, de stabilisation et de transformation du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest ? Le point de départ est simple : le Sahel suscite déjà l’intérêt d’un grand nombre d’acteurs — intérêts géopolitiques, géo-économiques, sécuritaires, énergétiques, miniers, commerciaux, logistiques, migratoires, diplomatiques, industriels. Il ne s’agit donc pas de créer artificiellement un intérêt international pour la région. Il s’agit de transformer une multiplicité d’intérêts parfois concurrents en une convergence organisée, respectueuse des souverainetés.

Cinq questions structurent l’ensemble de cette proposition, et le lecteur les retrouvera traitées, sous une forme ou une autre, dans chacune des parties qui suivent :

  1. Pourquoi la stabilité du Sahel peut-elle devenir un intérêt partagé plutôt qu’un objet de compétition exclusive ?
  2. Comment organiser cette convergence sans créer de tutelle ?
  3. Avec quels instruments — sécuritaires, économiques, financiers, diplomatiques, infrastructurels ?
  4. Qui apporte quoi, et qui y trouve quel intérêt ?
  5. Comment transformer la stabilité en un dividende économique, social et stratégique durable ?

Le Pacte pour le Sahel n’est ni une alliance militaire, ni une organisation supranationale, ni un nouveau traité de sécurité, ni un fonds unique obligatoire, ni un plan d’aide, ni un programme de tutelle. Il constitue une architecture de convergence, destinée à permettre à des acteurs différents de faire avancer, simultanément, des chantiers différents mais complémentaires. L’IGH ne se présente ni comme un gouvernement, ni comme un bailleur, ni comme une force militaire, ni comme un opérateur d’infrastructures, ni comme une organisation supranationale : elle agit comme laboratoire de prospective, productrice d’analyse, connecteur intellectuel et prescripteur stratégique. La présente proposition est une piste de réflexion — discutable, amendable, contredite le cas échéant — et non une vérité arrêtée.

II. De la gestion de crise à la transformation

Le raisonnement séquentiel — d’abord la sécurité, puis le développement ; ou l’inverse — a montré ses limites. Il n’existe pas de stabilisation durable du Sahel sans développement. Mais il n’existe pas davantage de développement durable sans un socle minimal de sécurité et de stabilité. Ces deux propositions, prises isolément, ont produit deux impasses également prévisibles : des dispositifs sécuritaires sans traduction économique, et des programmes de développement fragilisés par l’absence de conditions de sécurité minimales.

L’IGH propose de sortir de cette alternative par le parallélisme des chantiers. Sécurité, diplomatie, financement, investissement, infrastructures, énergie, production, transformation et capital humain ne constituent pas des étapes successives : ce sont des chantiers qui se renforcent mutuellement lorsqu’ils avancent de concert. Une amélioration sécuritaire rend possible l’investissement ; l’investissement crée des emplois ; les emplois consolident la stabilité ; la stabilité améliore la bancabilité des projets ; la bancabilité attire davantage de capitaux ; les infrastructures nouvelles améliorent à leur tour la sécurité et la circulation ; la croissance élargit l’assiette fiscale ; les recettes fiscales renforcent les capacités de l’État. Le mécanisme inverse est tout aussi réel : l’insécurité désincite l’investissement, dégrade ou retarde les infrastructures, informalise l’économie, prive l’État de recettes et aggrave, en retour, l’instabilité. C’est ce cercle — vertueux ou vicieux — que le Pacte cherche à enclencher dans un sens plutôt que dans l’autre.

Cette architecture ne peut fonctionner que si un principe la traverse de bout en bout : la souveraineté des États concernés n’est pas un paragraphe de principes que l’on isole en tête de document — elle est une condition de possibilité de tout le reste. Financement étranger ne signifie pas décision étrangère. Technologie étrangère ne signifie pas tutelle. Partenariat ne signifie pas substitution. Intégration régionale ne signifie pas dissolution des souverainetés nationales. Interdépendance ne signifie pas dépendance. Le principe directeur, développé plus loin (partie V), est celui de la souveraineté connectée : un État renforce sa souveraineté en multipliant ses connexions, ses capacités, ses débouchés et ses partenaires — non en s’isolant.

III. La continuité d’une réflexion IGH, et les évolutions récentes du contexte

Le Pacte pour le Sahel n’est pas une idée apparue en 2026. Il constitue l’aboutissement et la mise en cohérence de plusieurs années de travaux de l’IGH sur la sécurisation et la stabilisation du Sahel : l’approche holistique de la stabilisation esquissée en novembre 2024 ; le Nexus Sahel-Atlantique, publié le même mois, qui posait pour la première fois la thèse d’un Maroc comme espace pivot sahélo-atlantique ; la réflexion prospective conduite en 2025 sur le passage de l’exercice African Lion à l’hypothèse SIMBA — une réflexion sur une force hypothétique, qu’il convient de ne jamais confondre avec une doctrine existante ou une réalité opérationnelle ; l’analyse de la convergence sécuritaire hybride publiée le 19 mai 2026, qui a formulé l’essentiel de la thèse d’une architecture convergente sans commandement unifié, organisée en trois couches capacitaire, normative et opérationnelle, avec le Maroc comme hub fédérateur ; enfin, la réflexion engagée à l’été 2026 sur l’émergence d’une nouvelle configuration sécuritaire régionale, prolongeant et approfondissant cette hypothèse. Le Pacte constitue une étape supplémentaire de ce même fil : il ne le remplace pas, il le systématise en une architecture prospective de convergence — sécuritaire, économique, financière et diplomatique.

Plusieurs développements survenus en 2025 et en 2026 doivent être présentés pour ce qu’ils sont : des évolutions de contexte ayant nourri la réflexion, non l’origine de la doctrine de l’IGH.

Sur le plan législatif américain, le représentant Jimmy Panetta (démocrate, Californie) a déposé le 31 août 2026 le texte H.R. 10195, Mali Security Partnership and Counterterrorism Act, co-porté par le représentant Joe Wilson (républicain, Caroline du Sud) et renvoyé à la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants. Le texte charge le département d’État d’élaborer une stratégie diplomatique face à l’expansion des organisations affiliées à al-Qaïda au Mali, et exige un rapport sur l’ampleur et la trajectoire de cette présence, incluant le rôle du trafic d’or, de la fiscalité informelle et du commerce illicite dans son financement. Il a été déposé dans un contexte de dégradation sécuritaire au Mali, au Niger et au Burkina Faso, dont les autorités de transition se sont progressivement détournées des partenariats occidentaux traditionnels au profit de la Russie, et peu après la tentative de coup d’État survenue au Niger en août 2026. Ce texte constitue un signal politique et législatif américain à intégrer dans l’analyse — non la preuve d’une stratégie américaine globale déjà arrêtée à l’égard du Sahel. Il s’agit, au moment de la rédaction, d’un projet de loi introduit et renvoyé à la commission des Affaires étrangères, non d’une loi adoptée ; son cheminement législatif ultérieur reste à suivre.

Sur le dossier algéro-marocain, deux analyses de Sabina Henneberg, chercheuse au Washington Institute for Near East Policy — l’une publiée seule en juillet 2025 (Strategic U.S. Engagement with Algeria: A Pathway amid Shifting Global Dynamics, Policy Note 159), l’autre co-écrite avec Souhire Medini le 23 octobre 2025 (An Algeria-Morocco « Peace Deal »? Managing U.S. Diplomacy and Expectations) — ont contribué à ouvrir un espace de réflexion dans lequel l’engagement stratégique avec l’Algérie, son rôle potentiel dans la stabilité régionale, la question du Sahara et les relations algéro-marocaines peuvent être envisagés simultanément. L’IGH ne reprend pas cette analyse à l’identique : elle constitue l’un des éléments extérieurs ayant nourri une réflexion propre de l’Institut sur une architecture régionale de sécurisation, de connectivité et de convergence d’intérêts (voir partie VII). Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, par onze voix pour, trois abstentions (Chine, Russie, Pakistan) et sans participation de l’Algérie au vote, la résolution 2797, qui reconnaît explicitement le plan d’autonomie marocain comme base des négociations et proroge le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026 — soit une échéance imminente au moment de la rédaction du présent Pacte, ce qui inscrit le dossier saharien dans une actualité directement contemporaine de cette proposition.

Ces éléments — législatif américain, réflexions du Washington Institute, résolution onusienne — sont des signaux de contexte. Ils ne sont pas le point de départ de la doctrine de l’IGH, dont la genèse est antérieure et autonome.

IV. Le contexte géopolitique de 2026 : la multipolarité comme donnée

Le Sahel et l’Afrique de l’Ouest ne sont plus un espace disputé entre deux ou trois puissances : ils sont devenus un espace de présence simultanée d’un grand nombre d’acteurs — États-Unis, Russie (à travers le mécanisme ministériel AES-Russie et l’Africa Corps), Chine, Turquie (dont les industries de défense et de mobilité, telles Baykar sur les drones ou Turkish Airlines sur la connectivité aérienne, se déploient dans plusieurs pays de la région), pays du Golfe (dont les opérateurs portuaires et logistiques, tel DP World, ou les acteurs de l’énergie renouvelable, tel Masdar, investissent sur les façades atlantique et sahélienne), Union européenne et ses États membres. Cette multipolarité peut être vécue comme une difficulté supplémentaire. Elle peut aussi devenir une ressource, si l’architecture régionale parvient à transformer la compétition des acteurs en une complémentarité partielle de leurs capacités — sans nier les rivalités qui subsistent entre eux. Le principe qui en découle est celui d’une coopération sans alignement automatique : un État peut coopérer avec plusieurs puissances simultanément sur des objets différents, sans devoir choisir un camp unique. C’est précisément ce qui justifie une architecture distribuée et à géométrie variable plutôt qu’un bloc fermé.

Plusieurs éléments montrent que cette convergence n’est pas une hypothèse abstraite mais un processus déjà engagé, sur lequel le Pacte peut s’appuyer plutôt qu’il ne doit tout inventer. La 4e session de la Grande Commission mixte de coopération Maroc-Mali, réunie à Bamako le 24 juillet 2026, a débouché sur vingt-et-un accords couvrant les domaines sectoriel, régalien-administratif et judiciaire — une illustration concrète du parallélisme des chantiers, et de ce que l’IGH a précédemment analysé comme le passage d’une logique de convergence politique à une logique d’opérationnalisation entre les deux pays. Le sommet de la CEDEAO à Freetown, le 19 juillet 2026, a vu la signature de l’accord intergouvernemental relatif au Gazoduc Africain Atlantique (AAGP), avec le Maroc et le Nigeria en co-architectes à parité d’un système géoéconomique atlantique, et une base de financement déjà engagée associant le Nigeria, les Émirats arabes unis, la Banque islamique de développement, le Fonds de l’OPEP et la Banque européenne d’investissement. Ces deux séquences ne sont pas des annexes du présent Pacte : elles en sont des briques déjà posées.

V. Le paradigme du Pacte : quatre concepts, un principe

Le Pacte pour le Sahel repose sur quatre concepts doctrinaux, développés par l’IGH au fil de ses travaux successifs, et sur un principe transversal qui les articule.

La souveraineté connectée désigne une souveraineté qui ne se confond pas avec l’isolement. Un État y renforce sa capacité d’action en choisissant ses partenaires, en diversifiant ses dépendances, en contrôlant ses infrastructures, en valorisant ses ressources et en accédant à plusieurs marchés plutôt qu’à un seul. L’architecture de sécurisation distribuée désigne un dispositif sécuritaire dans lequel plusieurs États et organisations contribuent, chacun selon ses capacités et son domaine de compétence, sans qu’aucun ne détienne un commandement unifié sur l’ensemble. Le connecteur fonctionnel désigne un acteur — étatique le plus souvent — dont la valeur ajoutée régionale tient à sa capacité de relier des espaces, des flux ou des partenaires, sans prétendre à un rôle de tutelle sur les autres. Le dividende de stabilité, enfin, désigne la valeur économique, sociale, budgétaire et stratégique qui devient progressivement accessible à mesure que la réduction du risque permet l’investissement, la production, le commerce et l’augmentation des recettes publiques ; il sera précisé, de façon mesurable, en partie IX.

Un principe transversal complète ces quatre concepts, et mérite d’être posé ici explicitement : le Pacte n’a pas de maître. Il n’est placé sous l’autorité d’aucune puissance extérieure. Il n’est pas une chaîne de commandement. Il n’est pas une coalition militaire — et le terme même de « coalition », par sa connotation politico-militaire, doit être évité au profit de vocables tels que Pacte, partenariat, convergence, architecture de coopération, géométrie variable ou coopération multipartenaire. Chaque acteur y intervient selon ses intérêts, ses capacités, ses moyens financiers, son avantage comparatif, sa légitimité et les choix souverains des États concernés. Cette absence de centre de contrôle unique n’est pas une faiblesse de conception : c’est une garantie. Elle limite mécaniquement les risques de dépendance, de tutelle et de captation géopolitique. Le Maroc y apparaît comme un connecteur fonctionnel majeur — non comme le centre hiérarchique du système. L’Algérie peut être un connecteur. Le Nigeria peut être un connecteur. La Mauritanie constitue un nœud. Les États sahéliens eux-mêmes sont des nœuds territoriaux, économiques, énergétiques et logistiques, acteurs souverains de l’architecture et non ses sujets. La formule qui résume cette architecture est simple : plusieurs connecteurs, plusieurs corridors, plusieurs partenaires et plusieurs sources de financement composent, ensemble, une architecture distribuée.

VI. Une architecture de sécurisation distribuée

Le volet sécuritaire du Pacte repose sur un principe unique : soutenir la capacité locale, et non se substituer à l’autorité locale. Le Pacte ne propose pas que des puissances extérieures interviennent à la place des États sahéliens ; il vise à renforcer leur capacité à conduire elles-mêmes leurs propres opérations. L’appui extérieur peut porter, selon les besoins et les partenaires, sur la formation, le renseignement, la surveillance ISR, la mobilité et le transport stratégique, la logistique, la maintenance, les équipements, les communications, les capacités de drones, la surveillance des frontières, la planification, l’interopérabilité, le soutien médical ou les capacités de commandement. Ce volet prolonge et systématise la réflexion prospective que l’IGH a précédemment développée sous le nom de SIMBA — réflexion qui doit continuer d’être présentée exactement pour ce qu’elle est : une hypothèse de travail sur une force capacitaire possible, jamais une doctrine adoptée ni une réalité opérationnelle existante.

Une architecture de sécurisation crédible peut cependant, dans certaines circonstances, appeler davantage qu’un soutien capacitaire : un appui opérationnel étranger ponctuel, jusqu’à un engagement limité de forces spéciales pour des opérations ciblées, à la demande expresse des autorités nationales concernées et dans le respect de leur souveraineté ainsi que des cadres juridiques applicables. Il ne s’agit ni de créer une présence militaire étrangère permanente, ni de substituer durablement des forces extérieures aux forces nationales. Lorsque la situation l’exige et que les autorités nationales en font la demande, ce concours ponctuel peut porter sur des opérations spéciales ciblées, la libération d’otages ou la récupération de personnels, la neutralisation de capacités terroristes dans des circonstances particulières, des opérations de reconnaissance ou de renseignement à haute valeur ajoutée, l’appui à des unités nationales engagées dans des opérations sensibles, la recherche, la localisation et la désignation d’objectifs, l’appui à la planification et à la conduite d’opérations complexes, l’évacuation ou la récupération de personnels en situation de crise, ou toute mission ponctuelle nécessitant des capacités techniques ou opérationnelles dont disposent certains partenaires étrangers. Le principe directeur reste, en toute circonstance, celui du soutien sans substitution.

Cet appui gradué peut ainsi être formulé en quatre niveaux, qui viennent compléter — sans jamais la remplacer — la palette capacitaire de premier niveau (formation, renseignement, ISR, appui aérien, drones, mobilité, transport, logistique, maintenance, équipements, communications, munitions, soutien médical, planification, commandement et contrôle) :

NiveauNature de l’appui
1 — Soutien capacitaireFormation, équipements, renseignement, ISR, communications, logistique, maintenance, pièces de rechange, munitions, mobilité, soutien médical.
2 — Appui opérationnelAppui aérien ponctuel, surveillance, renseignement opérationnel, transport, évacuation, planification, et autres formes d’assistance directement associées à une opération conduite par les forces nationales.
3 — Appui ponctuel en forces spécialesEngagement temporaire de forces spéciales étrangères dans des opérations ciblées, à la demande des autorités nationales concernées, lorsque les capacités nationales nécessitent un concours extérieur spécifique.
4 — Intervention directe de grande ampleurNiveau exceptionnel, non représentatif du modèle normal du Pacte. Ne pourrait relever que de circonstances exceptionnelles, à la demande ou avec l’accord des autorités souveraines concernées, et dans les cadres juridiques applicables.

Cette gradation permet d’éviter deux conceptions également irréalistes : considérer que toute intervention étrangère serait incompatible avec la souveraineté, ou considérer que la sécurisation du Sahel devrait reposer durablement sur des forces étrangères. Le principe recherché est un enchaînement : l’appui extérieur renforce les capacités nationales, qui permettent l’autonomisation opérationnelle, qui réduit progressivement la substitution extérieure. Cet appui en forces spéciales doit donc être compris comme une capacité de recours ponctuelle — répondant à une réalité opérationnelle où certaines capacités (renseignement de très haute valeur, opérations spéciales, récupération de personnels, désignation d’objectifs, appui aérien avancé, guerre électronique, certaines capacités ISR) peuvent, à court terme, nécessiter le concours de partenaires disposant de moyens que les forces nationales ne possèdent pas encore — et non comme une architecture de présence permanente. La responsabilité première de la sécurité du territoire continue d’appartenir, en toute hypothèse, aux États concernés.

Un point de vocabulaire mérite d’être fixé une fois pour toutes : l’expression « intervention militaire étrangère », qui évoque une occupation ou une substitution, doit être évitée au profit de formulations telles qu’appui militaire extérieur, appui opérationnel ponctuel, concours capacitaire, soutien aérien, appui en forces spéciales, engagement ponctuel à la demande des autorités nationales, ou renforcement temporaire des capacités nationales. L’expression « intervention directe » reste réservée au niveau exceptionnel de cette gradation.

La dimension sécuritaire du Pacte se présente ainsi selon sept fonctions complémentaires :

  1. Capacitaire — formation, équipements, maintenance, munitions.
  2. Informationnelle — renseignement, ISR, surveillance, partage d’information.
  3. Aérienne — surveillance, transport, évacuation, appui aérien ponctuel.
  4. Opérationnelle — conseil, planification, commandement, appui aux opérations.
  5. Forces spéciales — concours ponctuel de forces spéciales étrangères à la demande des autorités nationales.
  6. Logistique — mobilité, transport, ravitaillement, maintenance, chaîne d’approvisionnement.
  7. Autonomisation — transformation progressive de ces soutiens extérieurs en capacités nationales durables.

Le Pacte devient ainsi une véritable architecture de sécurisation distribuée : plusieurs partenaires peuvent fournir des capacités différentes, à des niveaux différents, dans des temporalités différentes, sans qu’aucun ne soit appelé à assurer seul la sécurité du Sahel. C’est cette distribution des capacités — et non la concentration de la puissance militaire entre les mains d’un seul acteur — qui constitue le principe sécuritaire fondamental du Pacte.

Soutenir sans se substituer ; renforcer sans tutelle ; intervenir ponctuellement lorsque les autorités souveraines le demandent ; construire les capacités permettant progressivement aux États africains d’assurer eux-mêmes leur sécurité.

VII. La dimension politique : Algérie, Azawad et la question du FLA

Algérie : de la rivalité à la convergence possible

L’Algérie constitue un acteur incontournable de tout système de sécurisation sahélo-maghrébin. Elle dispose d’une profondeur saharienne, d’une frontière étendue avec le Sahel, de capacités militaires significatives, d’une expérience de coopération sécuritaire régionale ancienne — notamment à travers le Comité d’État-Major Opérationnel Conjoint constitué avec plusieurs États sahéliens depuis 2009-2010 — et d’une ambition affirmée de leadership régional en matière de lutte antiterroriste, qu’illustre son rôle au sein des dispositifs de l’Union africaine. Les analyses américaines récentes soulignent par ailleurs un approfondissement du dialogue sécuritaire bilatéral entre Washington et Alger, matérialisé en janvier 2025 par un mémorandum de défense inédit et la mise en place d’une commission militaire conjointe, dans un contexte où l’Algérie diversifie ses partenariats militaires et diplomatiques traditionnels.

Les deux textes de Sabina Henneberg mentionnés en partie III doivent être resitués avec précision, sans leur faire dire plus qu’ils ne disent. Aucun des deux ne propose littéralement un « échange » entre la stabilisation du Sahel et l’alignement de l’Algérie sur le plan d’autonomie marocain relatif au Sahara. Le premier texte (juillet 2025) avance, comme une hypothèse explicitement qualifiée de peu probable par son autrice, qu’un partenariat américano-algérien approfondi et fondé sur un traitement d’égal à égal pourrait, à terme, rendre Alger plus disposée à favoriser une solution négociée sur le Sahara — une hypothèse dont la probabilité, selon l’autrice elle-même, resterait faible et strictement conditionnée. Le second texte (23 octobre 2025), publié à la veille de l’adoption de la résolution 2797, observe pour sa part qu’Alger et Rabat partagent un intérêt commun à la stabilité du Sahel, susceptible de fonder une coopération entre les deux pays et avec Washington, indépendamment de l’évolution du dossier saharien lui-même.

L’IGH ne reprend pas cette lecture à l’identique. Elle en retient un élément de méthode plus qu’une conclusion : l’engagement régional avec l’Algérie sur les questions de sécurité sahélienne gagne à être conduit parallèlement aux évolutions du dossier du Sahara — non conditionné par elles, et non présenté comme un échange. Cette distinction n’est pas seulement diplomatique : c’est elle qui permet à l’Algérie de s’inscrire, si elle le souhaite, dans l’architecture décrite en partie VIII — notamment le corridor transsaharien — sans que sa participation ne suppose une inflexion préalable de sa position sur le Sahara occidental.

Azawad et FLA : une question politico-territoriale, distincte du terrorisme

Le Pacte maintient une séparation conceptuelle stricte entre deux registres que l’actualité tend parfois à brouiller. D’une part, la question de l’Azawad et le Front de libération de l’Azawad (FLA) relèvent d’une problématique politico-territoriale et politico-militaire. D’autre part, le JNIM, l’État islamique au Sahel et les autres organisations à visée transnationale relèvent d’une problématique de sécurité et de lutte contre le terrorisme. L’existence d’alliances, de coopérations ou de convergences ponctuelles entre certains de ces acteurs sur le terrain ne doit jamais conduire à effacer cette distinction analytique, qui commande des réponses de nature différente : une réponse sécuritaire pour les organisations terroristes, une réponse également politique — dialogue, médiation, arrangements institutionnels, prise en compte des réalités historiques et culturelles — pour la question de l’Azawad.

Une hypothèse prospective peut être formulée à ce sujet, sans qu’elle constitue une position arrêtée de l’IGH : une réflexion sur une solution politique à la question de l’Azawad pourrait examiner, parmi d’autres références internationales, l’expérience marocaine d’autonomie territoriale — non comme un modèle à copier ou à transposer, mais comme une matrice comparative. Toute formule éventuelle devrait être entièrement reconstruite à partir de l’histoire de la région, des réalités politiques maliennes, des populations concernées, des équilibres territoriaux, des institutions maliennes, des parties prenantes locales et des exigences de souveraineté du Mali. Il ne s’agit, à ce stade, que d’une piste de réflexion prospective, à confronter aux réalités politiques dans la durée.

VIII. Le système des corridors

Un corridor, dans la doctrine de l’IGH, n’est pas une route. C’est un système qui articule un territoire, une composante de sécurité, une infrastructure de transport (route ou rail), une composante énergétique, une composante numérique, une chaîne logistique, une capacité de production et de transformation, un volet commercial, un mécanisme de financement et un accès aux marchés. Cette définition doit être maintenue sans exception : la réduire à sa seule dimension d’infrastructure de transport viderait le concept de sa portée stratégique.

Le Pacte retient trois corridors, pensés comme un système et non comme des projets concurrents — leur pluralité réduit précisément la dépendance à un seul itinéraire, un seul port ou un seul partenaire.

Sahel-Atlantique relie les États sahéliens enclavés aux façades atlantiques et à leurs infrastructures portuaires. C’est un corridor commercial, logistique et économique, potentiellement énergétique, dont la portée géopolitique ne doit pas être surestimée au détriment de sa portée économique. Le Mali y occupe une position d’État-charnière et de nœud géographique majeur — formule que l’IGH a développée à l’occasion de son analyse de la Commission mixte Maroc-Mali de juillet 2026 — et non de simple bénéficiaire passif ; la notion d’État-verrou, utilisée dans les travaux antérieurs de l’Institut, peut être conservée comme catégorie analytique secondaire. La méthode qui préside à cette relation est celle d’une horizontalité assumée : travailler avec, non travailler sur. Les vingt-et-un accords signés à Bamako le 24 juillet 2026 en constituent la traduction opérationnelle la plus récente.

Nigeria-Maroc, via le Gazoduc Africain Atlantique (AAGP), est un corridor énergétique, économique, industriel et logistique, dont la portée géopolitique découle de ses effets structurants plutôt que d’une vocation sécuritaire : il ne doit en aucun cas être qualifié de corridor militaire. Le Maroc et le Nigeria y agissent en co-architectes à parité, ainsi que l’a établi l’accord intergouvernemental signé au sommet de la CEDEAO à Freetown le 19 juillet 2026 — une base de financement déjà réunie associant le Nigeria, les Émirats arabes unis, la Banque islamique de développement, le Fonds de l’OPEP et la Banque européenne d’investissement en témoigne. Des connexions transversales vers l’espace sahélien peuvent, à terme, en être dérivées.

Nigeria-Sahel-Algérie-Méditerranée, axe transsaharien, permet d’intégrer pleinement l’Algérie dans une architecture qui ne serait sinon qu’atlantique, et de la connecter aux plateformes méditerranéennes. C’est ce corridor qui donne son sens concret au principe de « parallélisme » évoqué en partie VII : il offre à l’Algérie un rôle de connecteur à part entière, indépendamment du dossier du Sahara.

IX. Les ressources et le dividende de stabilité

Le Sahel et l’Afrique de l’Ouest disposent d’actifs considérables — or, uranium, fer, lithium, cuivre, manganèse, phosphates, hydrocarbures, agriculture, potentiel solaire, entre autres. La question déterminante n’est cependant pas de savoir quelles ressources existent, mais comment les transformer en valeur. La chaîne recherchée par le Pacte est la suivante : la ressource appelle un investissement, l’investissement finance une infrastructure, l’infrastructure suppose un socle de sécurité, la sécurité rend possible la production, la production permet la transformation, la transformation crée de la valeur ajoutée locale, la valeur ajoutée crée de l’emploi, l’emploi génère des recettes publiques, les recettes financent des services, et les services consolident la stabilité. L’objectif est de réduire progressivement la part des matières premières brutes exportées sans transformation, au profit d’une valeur ajoutée produite localement.

C’est cette boucle qui constitue le dividende de stabilité, et il convient de le rendre mesurable plutôt que de le laisser au registre du slogan doctrinal. Le mécanisme peut être décrit ainsi : une baisse du risque perçu entraîne une baisse du coût de l’assurance et du risque-pays, qui entraîne une hausse de l’investissement, qui entraîne une hausse de la production et du commerce, qui entraîne une hausse des recettes publiques, qui entraîne enfin une hausse des capacités de l’État. C’est cette séquence — et non une formule incantatoire — qui permet de faire passer la doctrine à une logique opérationnelle.

Il convient enfin de distinguer deux registres de rentabilité trop souvent confondus. Un projet peut être rentable pour une entreprise — un retour sur investissement financier — tout en ayant, pour un État, une valeur stratégique d’une autre nature : accès à un marché, diversification des approvisionnements, stabilité régionale, influence diplomatique, connectivité, accès énergétique, réduction des facteurs de migration contrainte, développement industriel ou recettes publiques. Le Pacte a besoin des deux registres, et doit se garder de les confondre.

X. Le modèle financier : un capital catalytique

Le Pacte pour le Sahel n’est pas un programme d’aide à fonds perdus. Le modèle recherché mobilise, en combinaison, des fonds publics, des banques de développement, des mécanismes de garantie, des fonds souverains, des banques commerciales, des investisseurs privés, des partenariats public-privé et des financements internationaux. Le rôle du capital public y est spécifique : il sert avant tout à réduire le risque et à rendre les projets bancables, ouvrant la voie au capital privé plutôt que de s’y substituer. Le cheminement recherché est celui-ci : le capital public engage un dérisquage, qui attire le capital privé, qui finance la production, qui génère des revenus, qui produisent un rendement, qui permet un réinvestissement. Mais l’excès inverse doit être évité avec la même vigilance : le Pacte ne doit pas devenir une simple mécanique financière ou extractive, indifférente à la finalité de développement qui le justifie.

XI. Des espaces économiques fonctionnels ouverts

Le Pacte s’appuie, au-delà des seuls corridors, sur des ensembles économiques que l’on peut appeler espaces économiques fonctionnels ouverts — l’adjectif « ouverts » important autant que le substantif, pour écarter toute impression de blocs géopolitiques fermés. Ces espaces se construisent autour des corridors, des chaînes de valeur, des marchés, des infrastructures, de l’énergie, des ressources et des capacités industrielles. Ils peuvent se chevaucher, et un même État peut appartenir fonctionnellement à plusieurs d’entre eux simultanément. L’objectif recherché est l’interconnexion de ces espaces, non leur concurrence.

XII. La convergence des intérêts : qui gagne quoi ?

Affirmer que « tout le monde a intérêt à la stabilité » ne suffit pas. Le Pacte doit préciser, pour chaque catégorie d’acteurs, ce qu’elle gagne, ce qu’elle peut apporter, ce qu’elle peut financer, quel risque elle cherche à réduire, quel marché elle peut ouvrir et quelle capacité elle peut fournir — en distinguant l’intérêt sécuritaire, économique, énergétique, commercial, financier, géopolitique, technologique et diplomatique de chaque acteur.

Convergence ne signifie pas identité des intérêts. Sécurité, souveraineté, accès aux marchés, ressources, énergie, infrastructures, influence, rentabilité, stabilité, débouchés commerciaux, connectivité, diversification des approvisionnements ou développement industriel : chaque acteur recherche des gains différents, parfois concurrents sur certains dossiers. L’intérêt du Pacte réside précisément dans sa capacité à organiser ces intérêts différents autour de projets et de corridors communs, sans exiger un alignement géopolitique général et sans prétendre effacer les rivalités qui subsistent par ailleurs — c’est tout le sens du principe, déjà posé en partie IV, d’une coopération sans alignement automatique.

Dans cette architecture, et sans qu’aucune hiérarchie ne s’établisse entre eux, le Maroc agit comme connecteur fonctionnel majeur, l’Algérie comme connecteur fonctionnel potentiel, le Nigeria comme connecteur énergétique et économique majeur, et la Mauritanie comme interface atlantique et saharienne — une typologie strictement fonctionnelle, cohérente avec le principe posé en partie V selon lequel plusieurs connecteurs, plusieurs corridors, plusieurs partenaires et plusieurs sources de financement composent ensemble une architecture distribuée, sans maître.

Catégorie d’acteursCe qu’ils recherchent principalementCe qu’ils peuvent apporter
États du Sahel et d’Afrique de l’OuestSécurité, souveraineté, emplois, industrialisation, transformation locale, recettes fiscales, accès aux marchés et aux portsTerritoires, ressources, marchés, priorités souveraines, choix stratégiques
MarocConnectivité atlantique, débouchés commerciaux, stabilité régionale, développement des échanges africains, opportunités d’investissement, sécurisation des corridorsInfrastructures, ports et logistique, financement, expertise, réseaux africains, diplomatie, formation et capacités sécuritaires
AlgérieStabilité du Sahel, profondeur stratégique saharienne, sécurisation de son environnement méridional, ouverture des axes transsahariens, débouchés méditerranéens et énergétiquesCapacités sécuritaires, expérience régionale, énergie, infrastructures transsahariennes, accès méditerranéen, diplomatie et capacités militaires
NigeriaMarchés, énergie, industrialisation, débouchés atlantiques, stabilité régionaleGaz, capitaux, marché intérieur, industrie, poids régional
MauritanieValorisation minière, connectivité, développement portuaire, rôle d’interface entre espace saharien, Sahel et AtlantiquePorts, minerais, position atlantique et saharienne, accès aux corridors
États-UnisStabilité régionale, lutte contre les organisations terroristes, accès aux marchés et aux minerais critiques, opportunités pour leurs entreprisesCapitaux, garanties, technologies, renseignement, formation, capacités de sécurité
EuropeStabilité de son voisinage méridional, commerce, énergie, réduction des facteurs de migration contrainteInvestissements, expertise technique, financements multilatéraux, technologies
Pays du GolfeInvestissements de long terme rentables dans les infrastructures, l’énergie, l’agro-industrie et la logistiqueFonds souverains, capitaux patients, expertise portuaire, énergétique et logistique
Institutions africaines — UA, CEDEAO, AES, BADLégitimité, intégration régionale, coordination, financement et mise en cohérenceFacilitation, harmonisation, coordination, financement et cadres institutionnels
ONU et institutions multilatéralesStabilité, médiation, gouvernance et coordination internationaleExpertise, financement, médiation et appui institutionnel
Entreprises privéesMarchés, rentabilité, contrats, ressources et nouvelles chaînes de valeurInvestissement, production, innovation, technologie, emplois et transformation

Le Maroc ne doit pas être compris comme un simple bénéficiaire de la stabilité sahélienne. Son intérêt est aussi celui d’un acteur qui tire une valeur stratégique, économique et géoéconomique de la connectivité régionale elle-même : développement des échanges, infrastructures, ports, investissements, chaînes logistiques, débouchés africains, sécurisation des corridors et approfondissement de ses partenariats.

L’Algérie, de son côté, ne doit pas être réduite à sa seule dimension sécuritaire. Son potentiel dans le Pacte repose également sur sa profondeur saharienne, ses infrastructures, son potentiel énergétique, ses connexions transsahariennes et son accès méditerranéen — c’est précisément cette fonction de connecteur potentiel que le troisième corridor, Nigeria-Sahel-Algérie-Méditerranée (partie VIII), vise à concrétiser.

La convergence recherchée par le Pacte ne repose donc pas sur une communauté d’intérêts parfaite, qui serait irréaliste, mais sur une compatibilité suffisante entre des intérêts différents. Le Maroc peut rechercher la connectivité atlantique, l’Algérie la profondeur transsaharienne et méditerranéenne, le Nigeria l’intégration énergétique et économique, les États sahéliens la sécurité et la transformation de leurs économies, les puissances extérieures la stabilité, les marchés ou la sécurisation de leurs approvisionnements. Ces intérêts ne sont ni identiques ni nécessairement convergents sur tous les sujets. Ils peuvent néanmoins se rencontrer sur certains corridors, certaines infrastructures, certaines chaînes de valeur et certains dispositifs de sécurisation. C’est précisément cette convergence partielle, organisée et à géométrie variable que le Pacte cherche à rendre possible.

XIII. Une gouvernance légère et à géométrie variable

Le Pacte ne crée pas de nouvelle super-institution bureaucratique. Il s’appuie sur les institutions existantes — Union africaine, CEDEAO, Confédération des États du Sahel, Organisation des Nations unies, Banque africaine de développement, Banque mondiale, institutions nationales, partenaires bilatéraux et secteur privé — intervenant chacune selon son domaine de compétence. Il coordonne et articule ces dispositifs plutôt qu’il ne les remplace. La participation y est volontaire et à géométrie variable : un État peut s’engager sur un seul corridor, un seul projet énergétique ou un seul programme de formation, sans devoir adhérer à l’ensemble du dispositif.

XIV. Feuille de route 2026-2040+ (horizon prospectif)

Le calendrier qui suit constitue un horizon de travail prospectif, non un engagement institutionnel arrêté.

  • Phase 0 (2026-2027) — préparation et cadrage : maturation intellectuelle, identification des briques existantes, premiers dialogues.
  • Phase 1 (2027-2030) — lancement : sécurisation des premières architectures, corridors prioritaires, premiers mécanismes financiers et premiers investissements structurants.
  • Phase 2 (2030-2035) — industrialisation, transformation locale des ressources et intégration des chaînes de valeur.
  • Phase 3 (2035-2040 et au-delà) — consolidation d’un espace régional connecté, productif et davantage autonome.

XV. Risques, limites et conditions de réussite

Le Pacte doit reconnaître ses propres vulnérabilités plutôt que les taire. Le risque d’une perception de tutelle extérieure appelle en réponse la souveraineté effective, la participation locale et le choix à la carte. Le risque d’une perception d’agenda marocain appelle la pluralité des connecteurs, des corridors et des partenaires, déjà développée en partie V. Le risque de rivalités entre puissances appelle un partenariat ouvert et non exclusif. Le risque de bureaucratisation appelle une structure légère organisée en unités de projet. Le risque d’un manque de financement appelle un financement mixte, des garanties et un dérisquage assumé. Le risque de captation des ressources appelle la transformation locale, la transparence et le respect de la souveraineté des États. Le risque d’un échec sécuritaire appelle le renforcement des capacités nationales plutôt que leur substitution. Le risque, enfin, d’une confusion entre organisations terroristes et mouvements politico-militaires appelle la distinction systématique déjà posée en partie VII.

Le Pacte doit également rester intellectuellement honnête sur ses limites. Il peut réduire certains facteurs de conflictualité, créer des incitations à la désescalade, rendre certaines tensions plus gérables, renforcer les capacités étatiques, créer des interdépendances positives, ouvrir des espaces de dialogue et rendre la stabilité économiquement plus avantageuse que l’affrontement. Il ne peut pas garantir la disparition des conflits, ni promettre leur résolution intégrale.

Sa faisabilité, enfin, ne tient pas à l’invention d’un système entièrement nouveau, mais à l’articulation de briques qui existent déjà, séparément, quelque part : mécanismes de garantie, banques de développement, partenariats public-privé, corridors, infrastructures portuaires, partenariats militaires bilatéraux, coopération en matière de renseignement, programmes de formation, fonds souverains, financements multilatéraux, projets énergétiques, zones industrielles, dispositifs de médiation. L’apport propre de l’IGH ne consiste pas à créer chacune de ces briques : il consiste à les identifier, les articuler, les connecter, les séquencer et les renforcer au sein d’une architecture cohérente.

XVI. Conclusion

Le problème du Sahel ne peut être traité durablement par une politique exclusivement sécuritaire. Il ne peut pas non plus être traité durablement par une politique de développement qui ferait l’économie de la sécurité. Il s’agit de construire simultanément les conditions de la sécurité, de la connectivité, de la production, de la transformation, du financement et du dialogue politique. Ainsi conçue, la stabilité cesse d’être seulement un objectif sécuritaire : elle devient une valeur économique et stratégique, qui crée à son tour de nouvelles incitations à la préserver.

Sécuriser pour stabiliser. Stabiliser pour connecter. Connecter pour produire. Produire pour transformer. Transformer pour développer. Développer pour consolider la souveraineté.

Ou, sous sa forme la plus condensée : construire une souveraineté connectée par une architecture de sécurisation distribuée, afin de faire émerger un système de corridors et d’espaces économiques fonctionnels capable de produire un dividende durable de stabilité.

L’IGH n’avance pas cette proposition comme une vérité révélée. Elle l’avance comme une hypothèse de travail : suffisamment structurée pour être discutée, suffisamment ouverte pour être amendée, contredite ou complétée à mesure que les réalités politiques, économiques et sécuritaires évolueront. Conformément à son rôle — observer, analyser, relier, anticiper, proposer, et non décider, commander ou exécuter — l’Institut soumet cette architecture aux États et aux acteurs concernés, à qui revient seule la décision d’en explorer, ou non, les différentes composantes.

Sources et références principales

  • Textes officiels et législatifs
  • Nations unies
  • Institutions africaines
  • Washington Institute
  • Sources gouvernementales
  • Données économiques et financières
  • Publications antérieures de l’IGH
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