Institut Géopolitique Horizons
Une nomination stratégique pour les relations américano-marocaines
Le président Donald Trump a officiellement annoncé sur les réseaux sociaux la nomination de Duke Buchan III comme nouvel ambassadeur des États-Unis au Maroc. Dans son message, le président a déclaré : « Je suis heureux d’annoncer que Duke Buchan III servira comme ambassadeur des États-Unis auprès du Royaume du Maroc. Duke jouera un rôle central dans le renforcement de la Paix, la Liberté et la Prospérité pour nos deux pays. Félicitations à Duke et à sa merveilleuse famille ! » Cette désignation marque le retour de Buchan dans le service diplomatique après avoir occupé le poste d’ambassadeur en Espagne et en Andorre lors du premier mandat Trump, de 2017 à 2021.
Cette nomination possède une portée symbolique particulière : son grand-oncle, Angier Biddle Duke, a déjà occupé le poste d’ambassadeur des États-Unis au Maroc entre 1979 et 1981, sous l’administration Carter.
Un profil entre finance, politique et diplomatie
Duke Buchan est une figure qui incarne la fusion entre le monde des affaires et celui de la diplomatie. Fondateur de Hunter Global Investors, un fonds spéculatif basé à New York, Buchan a bâti sa fortune dans le secteur financier et l’investissement immobilier avant de se tourner vers la diplomatie.
Son parcours politique est étroitement lié au Parti républicain, pour lequel il a occupé des postes de direction au sein des comités nationaux républicains de New York et de Floride. Initialement soutien de Jeb Bush pour la présidentielle de 2016, il est rapidement devenu l’un des premiers et plus importants donateurs de la campagne de Donald Trump, avec une contribution initiale de 898 000 dollars. Les documents de financement de campagne montrent qu’il a également versé plus de 940 000 dollars pour la campagne présidentielle de 2020, confirmant son statut de contributeur majeur et sa proximité avec l’administration Trump.
En novembre 2021, Buchan a été nommé directeur financier du Comité national républicain, consolidant encore davantage son influence au sein du parti.
Un diplomate polyglotte
L’un des atouts majeurs de Buchan pour ce poste au Maroc réside dans ses compétences linguistiques exceptionnelles. Outre sa maîtrise de l’espagnol qui lui a servi lors de sa mission diplomatique à Madrid, Buchan parle couramment le français et possède des connaissances en italien, allemand et catalan.
Maroc – États-Unis : De l’ambiguïté à la clarification stratégique
Cette nomination intervient à point nommé, alors que l’Institut Géopolitique Horizons avait récemment publié une analyse sur le « flou stratégique américain » concernant le Sahara occidental marocain. En effet, depuis l’alternance politique à Washington, les observateurs s’interrogeaient sur la pérennité de la position américaine adoptée sous le premier mandat Trump en décembre 2020, reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
ENCADRÉ :
Buchan et le cheval, un pont culturel inattendu avec le Maroc
La passion de Duke Buchan III pour l’équitation et les courses hippiques pourrait bien constituer un atout diplomatique inattendu dans sa nouvelle mission au Maroc. Comme le révélait le quotidien espagnol *El Mundo* en octobre 2019, l’ambassadeur est un fervent amateur de chevaux de race. Propriétaire du haras « El Espíritu Santo » en Floride, Buchan s’est construit au fil des ans une réputation solide dans le monde équestre américain et international.
Cette passion pourrait créer un pont culturel significatif avec le Royaume chérifien, où le cheval occupe une place prépondérante dans l’histoire et la culture. Au Maroc, pays de forte tradition équestre, Buchan ne manquera certainement pas de découvrir la tbourida (ou fantasia), art guerrier ancestral mêlant prouesse équestre et démonstration de bravoure. Cette pratique, inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO, symbolise la relation privilégiée entre les Marocains et leurs montures, et constitue une expression vivante de l’identité nationale.
Lors de son mandat en Espagne, Buchan avait déjà su tirer parti de son intérêt pour l’équitation pour établir des liens avec la haute société madrilène, utilisant les événements équestres comme plateforme de diplomatie informelle. Sa connaissance du monde du cheval pourrait ainsi faciliter son intégration dans certains cercles d’influence marocains, particulièrement auprès des élites traditionnelles pour qui l’équitation reste un marqueur social important.
Dans un pays où le roi Mohammed VI a fait du développement de l’élevage équin une priorité nationale, avec notamment la création du Salon du Cheval d’El Jadida, cette affinité commune pourrait ouvrir des portes et créer des occasions de dialogue dépassant le cadre protocolaire habituel des relations diplomatiques.
La désignation de Buchan semble apporter une réponse claire à cette question, suggérant fortement que l’administration Trump entend réaffirmer et consolider cette reconnaissance, pilier central de l’Accord Tripartite qui a mené à la reprise des relations entre le Maroc et Israël.
Cette clarification s’inscrit dans un contexte plus large de réalignement des priorités américaines en Afrique du Nord. Le Maroc, reconnu comme allié majeur non-membre de l’OTAN, joue un rôle crucial dans plusieurs dossiers d’importance stratégique pour Washington :
– La stabilité régionale au Maghreb et au Sahel
– La coopération sécuritaire et antiterroriste
– Le développement des échanges commerciaux, notamment depuis l’accord de libre-échange USA-Maroc
– Le positionnement face à l’influence croissante de la Chine et de la Russie sur le continent africain
Enjeux énergétiques et perspectives d’investissement
Dans ce cadre stratégique, le gazoduc Afrique Atlantique (AAGP), projet piloté par le Maroc et visant à relier le Nigeria à l’Europe via un tracé sécurisé, constitue un axe majeur de la diplomatie énergétique marocaine. L’arrivée d’un diplomate issu du monde des affaires pourrait favoriser de nouveaux investissements américains dans ce projet, ainsi que dans d’autres secteurs clés tels que les énergies renouvelables et l’industrie de la défense.
La présence d’un ambassadeur ayant une solide expérience dans le monde de la finance pourrait faciliter l’engagement du secteur privé américain dans ces projets stratégiques, renforçant ainsi la coopération économique entre les deux pays.
Implications régionales : lecture géopolitique pour l’Algérie
L’arrivée de Buchan à Rabat ne manquera pas de susciter des réactions à Alger, où les relations avec Washington restent marquées par une certaine prudence. L’Algérie, qui connaît un important isolement à l’international, sera attentive aux prochains développements surtout savoir si Joshua Harris sera confirmé par Trump pour remplacer l’ambassadrice Aubin.
La présence à Rabat d’un ambassadeur fortement ancré dans les réseaux républicains pourrait signaler une continuité dans l’approche américaine, voire un renforcement du soutien stratégique à la position marocaine.
« Paix, Liberté et Prospérité » : la vision Trump pour les relations américano-marocaines
Dans son annonce officielle, le président Trump a souligné que cette nomination s’inscrit dans une vision axée sur « la Paix, la Liberté et la Prospérité pour nos deux pays », termes qui reflètent les priorités de sa politique étrangère. Cette formulation suggère une approche pragmatique, orientée vers les résultats concrets, notamment économiques, plutôt qu’une diplomatie fondée uniquement sur des principes abstraits.
Une nomination symbolique dans l’échiquier régional
Si cette nomination reçoit l’approbation du Sénat américain, Duke Buchan succédera à Puneet Talwar, l’ambassadeur nommé par l’administration Biden. Les observateurs y voient un signal de continuité dans la politique américaine de privilégier des relations fortes avec Rabat, tout en s’appuyant sur des personnalités ayant démontré leur loyauté envers le président Trump.
À Rabat, les observateurs marocains soulignent l’importance d’avoir un interlocuteur direct et influent auprès de la nouvelle administration américaine.







