Institut Géopolitique Horizons Bamako, le 8 avril 2025
Dans une escalade diplomatique majeure, le gouvernement malien a formellement accusé l’Algérie de « parrainer le terrorisme international » suite à la destruction d’un drone militaire malien dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025 près de la frontière commune. Cette accusation, formulée dans le communiqué n°073 du 6 avril 2025, a immédiatement été soutenue par l’Alliance des États du Sahel (AES) qui a annoncé le rappel « pour consultations » de tous ses ambassadeurs accrédités en Algérie, selon le communiqué du Collège des Chefs d’État publié le même jour.
Des versions contradictoires sur la destruction du drone
Le 1er avril 2025, le Ministère de la Défense Nationale (MDN) algérien a publié un communiqué indiquant qu' »une unité de Défense Aérienne du Territoire en 6ème Région Militaire a détecté et abattu, la soirée du premier avril 2025, vers minuit, un drone de reconnaissance armé […] ayant pénétré notre espace aérien sur une distance de deux (02) kilomètres » près de la ville frontalière de Tin-Zaouatine.
En réponse, le gouvernement malien a formellement contesté cette version dans son communiqué du 6 avril, affirmant qu’un drone des Forces Armées maliennes immatriculé TZ-98D « s’est écrasé sur le territoire national, à Tinzawatène, Cercle d’Abeïbara, Région de Kidal » à 9,5 km au sud de la frontière algérienne, suite à « une action hostile causée par des tirs de missiles Sol-Air ou Air-Air » dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025.
L’accusation de parrainage du terrorisme
Le communiqué malien franchit un cap sans précédent en accusant directement Alger : « cet agissement prouve, si besoin était, que le régime algérien parraine le terrorisme international » et « la destruction du drone a clairement pour effet, sinon pour but, d’entraver la neutralisation de groupes armés ayant revendiqué des actes terroristes. »
Selon Bamako, le drone effectuait une mission de surveillance ciblant « une rencontre de terroristes de haut profil qui planifiaient des actions » lorsqu’il a été abattu. Le gouvernement malien précise que l’enquête a établi que « la liaison a été perdue avec l’appareil » à 10,2 km au sud de la frontière Mali-Algérie, tandis que l’épave a été localisée à 9,5 km de cette même frontière.
La réaction concertée de l’AES
Le Collège des Chefs d’État de la Confédération des États du Sahel, présidé par le général Assimi Goïta, a publié un communiqué le même jour qualifiant l’incident d' »agression visant tous les États membres de la Confédération AES et une voie perfide de promouvoir le terrorisme. »
L’AES, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, a décidé de rappeler « pour consultations les Ambassadeurs des États membres accrédités en Algérie », signalant une action diplomatique coordonnée sans précédent contre Alger.
Le communiqué de l’AES affirme que « cet incident est d’autant plus grave, qu’il ressort des conclusions de l’enquête, que la destruction du drone a empêché la neutralisation d’un groupe terroriste qui planifiait des actes terroristes contre l’AES. »
Les mesures prises par le Mali
Le gouvernement malien a annoncé trois mesures concrètes en réponse à cet incident :
– La convocation de l’ambassadeur algérien pour protester contre « l’hostilité du régime algérien »
– Le retrait immédiat du Mali du Comité d’État-Major Conjoint (CEMOC)
– Le dépôt d’une plainte « devant des instances internationales, contre le régime algérien, pour actes d’agression. »
Le communiqué précise également que « dans les heures qui ont suivi l’agression du régime algérien contre le drone malien, d’importantes cibles terroristes ont été frappées avec succès dans la localité de Tinzawatène et ailleurs sur le territoire malien. »
Le contexte d’une relation détériorée
Cette crise intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays. En septembre 2023, le colonel Abdoulaye Maïga, vice-Premier ministre malien, avait déjà qualifié les diplomates algériens d' »énergumènes diplomatiques » lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies.
Le communiqué malien rappelle également « la participation effective de la République du Mali à la guerre pour l’indépendance de l’Algérie, pour soutenir le Front de Libération Nationale (FLN) », soulignant ce que Bamako perçoit comme une ingratitude historique.
Il cite ironiquement les propos du président algérien qui affirmait récemment en mondovision que « 90% des solutions maliennes se trouvent en Algérie », retournant cette rhétorique contre Alger.
Les implications régionales
Cette accusation directe de parrainage du terrorisme marque un tournant dans les relations sahéliennes et s’inscrit dans une reconfiguration géopolitique plus large avec la création de l’AES, le retrait des forces françaises et de la MINUSMA, et le rapprochement des trois pays de l’AES avec la Russie.
Le communiqué de l’AES rappelle sa décision du 22 décembre 2024 « de faire de l’espace confédéral un théâtre unique d’opérations militaires », signalant une volonté d’autonomisation stratégique face aux puissances traditionnelles de la région.
Cette crise diplomatique majeure entre deux acteurs clés du Sahel risque d’affecter durablement la coordination de la lutte antiterroriste transfrontalière dans une région déjà fragilisée par l’expansion des groupes djihadistes et l’instabilité politique.








