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La faille historique d’Alger : quand les archives de Simancas déconstruisent le récit national algérien

Institut Géopolitique Horizons by Institut Géopolitique Horizons
7 décembre 2025
in Actualités, Algérie, Maghreb
Reading Time: 13 mins read
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La faille historique d’Alger : quand les archives de Simancas déconstruisent le récit national algérien

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Institut Géopolitique Horizons (IGH)
Tanger – 7 décembre 2025 | IGH-NS-2025-12-008
Note Stratégique Focus | Diffusion : Publique

La faille historique d’Alger : quand les archives de Simancas déconstruisent le récit national algérien

Cinq siècles d’antériorité documentée de la souveraineté kabyle sur l’État algérien

Le 5 décembre 2025, l’IGH a publié « Le pouvoir algérien face à l’équation kabyle », une analyse des contradictions structurelles du régime algérien confronté aux revendications identitaires kabyles. Cette publication intervient dans un contexte documentaire majeur : la mise en lumière de la lettre de Cidi Hamet ben Hamet à Charles Quint (27 décembre 1539), conservée aux Archives Générales de Simancas, qui établit l’existence d’une souveraineté kabyle structurée, reconnue internationalement, cinq siècles avant la création de l’État algérien par la France coloniale (1962).

À neuf jours de la Déclaration Unilatérale d’Indépendance (DUI) annoncée par le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) pour le 14 décembre 2025, cette archive espagnole constitue un événement cognitif majeur qui transforme le débat kabyle d’une question sécuritaire en controverse historico-juridique internationale.

Cette note stratégique examine la vulnérabilité historique du pouvoir algérien : comment une archive diplomatique du XVIe siècle invalide le récit national sur lequel repose la légitimité du régime depuis l’indépendance.

📋 La lettre de Koukou (1539) – Éléments de contexte

Screenshot

Auteur : Cidi (Sidi) Hamet ben Hamet (Ahmed ben Ahmed el-Kadi), souverain du royaume de Koukou (Kabylie, Djurdjura)
Destinataire : Charles Quint, empereur du Saint-Empire et roi d’Espagne
Date : 27 décembre 1539
Objet : Proposition d’alliance militaire pour conquérir Alger et expulser la régence ottomane
Conservation : Archivo General de Simancas (Espagne), fonds « Guerras y Marina », legajo 23, doc. 1
Implications : Validation archivistique d’une entité politique kabyle souveraine, diplomatiquement reconnue par les grandes puissances européennes au XVIe siècle

Source : Archives Générales de Simancas (Espagne), mise en lumière dans le cadre de l’analyse IGH « Le pouvoir algérien face à l’équation kabyle » (5 décembre 2025)


I. Le mythe de l’« Algérie éternelle » : archéologie d’une construction idéologique

Le régime algérien post-indépendance a construit sa légitimité sur un récit national essentialiste : celui d’une « nation algérienne millénaire », unie par la langue arabe, la religion musulmane et une résistance continue aux occupations étrangères (ottomane, française). Ce discours, formalisé dès 1962 par le FLN et sanctuarisé dans la Constitution de 1963, fait de l’Algérie une évidence géographique et culturelle, antérieure à toute construction étatique moderne.

Or, l’historiographie critique — notamment les travaux de Benjamin Stora, Gilbert Meynier et Karima Direche — a largement démontré que l’Algérie comme entité politique unifiée n’existe que depuis la conquête française de 1830. Avant cette date, le territoire correspondant à l’Algérie actuelle était fragmenté entre :

  • La régence ottomane d’Alger (côte centrale et orientale, contrôle limité de l’arrière-pays)
  • Le beylicat de Constantine (Est, semi-autonome vis-à-vis d’Alger)
  • Le beylicat d’Oran (Ouest, contesté par les Espagnols et le Maroc)
  • Les confédérations tribales kabyles (Kabylie maritime et Djurdjura, dont le royaume de Koukou)
  • Les territoires sahariens (Touaregs, populations mozabites, oasis autonomes)

Ces entités ne partageaient ni administration commune, ni projet politique unifié, ni même sentiment d’appartenance collective. La notion d’« Algérie » est une création administrative française, formalisée par les décrets de 1848 qui transforment les trois « provinces d’Afrique » (Alger, Oran, Constantine) en « départements français ».

1.1. La construction coloniale de l’« Algérie »

L’unification territoriale et administrative de l’espace algérien s’est opérée entre 1830 et 1870 par la force militaire française. Ce processus a nécessité :

  • 40 années de conquête militaire (1830-1870), particulièrement brutale en Kabylie (1851-1857, 1871)
  • La destruction des structures politiques locales (abolition des beylicats, soumission des confédérations tribales, démantèlement du système des aarch kabyles)
  • La création de frontières artificielles découpant les espaces tribaux traditionnels
  • L’imposition d’une administration centralisée de type français, étrangère aux modes de gouvernance locaux

C’est donc la France coloniale, et non une « nation algérienne préexistante », qui a créé les conditions politiques et administratives de l’État algérien moderne. Le FLN a hérité de cette construction en 1962, tout en en déniant l’origine coloniale.

1.2. Le révisionnisme historique post-1962

Après l’indépendance, le régime algérien a entrepris un vaste travail de réécriture de l’histoire visant à naturaliser l’existence de l’Algérie et à effacer les particularismes régionaux. Ce processus s’est appuyé sur :

  • Les manuels scolaires : présentation de l’histoire nationale comme une succession de résistances « algériennes » aux invasions (romaine, arabe, ottomane, française), occultant les divisions internes et les collaborations
  • La politique d’arabisation : imposition de l’arabe littéraire comme langue unique de l’État, marginalisation systématique du tamazight et du français
  • L’instrumentalisation de l’islam : définition de l’Algérie comme « nation arabo-musulmane », excluant de facto les identités berbères et les minorités religieuses
  • Le culte du martyrologe : sacralisation de la guerre de libération comme moment fondateur absolu, effaçant toute historicité antérieure

Cette réécriture vise à délégitimer par avance toute revendication particulariste, notamment kabyle, en présentant l’unité nationale comme une donnée naturelle et immémoriale, alors qu’elle est une construction politique récente et fragile.

II. Validation archivistique internationale : Koukou, une souveraineté reconnue

La lettre de 1539, conservée à Simancas et numérisée par le Ministerio de Cultura y Deporte espagnol, établit sans ambiguïté que :

2.1. Une chancellerie diplomatique structurée

Le royaume de Koukou disposait d’une chancellerie diplomatique capable de produire des documents officiels en arabe maghrébin administratif, respectant les codes de la correspondance internationale de l’époque. La lettre de 1539 présente toutes les caractéristiques d’un document de chancellerie professionnel :

  • Formules protocolaires d’ouverture : invocation religieuse (basmala), louange à Dieu, titulature complète de l’expéditeur et du destinataire
  • Structure rhétorique codifiée : exposition de la situation, offre stratégique, promesses, formules de clôture
  • Sceaux et authentification : présence de marques d’authentification validant l’origine du document
  • Calligraphie professionnelle : écriture maghrébine soignée, avec mises en valeur en rouge pour certains segments

Cette maîtrise des codes diplomatiques révèle l’existence d’une administration étatique structurée, et non d’une simple confédération tribale informelle.

2.2. Une reconnaissance internationale de la souveraineté kabyle

Charles Quint, souverain du plus vaste empire européen de l’époque (Saint-Empire romain germanique, Espagne, Pays-Bas, possessions italiennes, colonies américaines), traitait avec Cidi Hamet ben Hamet sur un pied d’égalité diplomatique. Cette reconnaissance se manifeste par :

  • L’acceptation du courrier : le document a été archivé dans les fonds officiels de la monarchie espagnole, preuve qu’il était considéré comme une correspondance diplomatique légitime
  • La considération de l’offre : l’expédition d’Alger de 1541, bien qu’ayant échoué pour des raisons météorologiques, a effectivement été lancée en partie sur la base de cette alliance proposée
  • La qualification de « roi » : les sources espagnoles désignent Cidi Hamet comme « rey de Cuco » (roi de Koukou), reconnaissant ainsi sa souveraineté territoriale

Dans le système westphalien naissant (consolidé par les traités de Westphalie en 1648), cette reconnaissance diplomatique par une grande puissance européenne équivaut à une validation internationale de la souveraineté kabyle.

2.3. Une autonomie affirmée vis-à-vis d’Alger

Le contenu même de la lettre établit que le royaume de Koukou se définissait explicitement comme distinct de la régence ottomane d’Alger, qu’il considérait comme une puissance étrangère et oppressive. Les passages clés révèlent :

  • Une hostilité politique : les Turcs d’Alger sont présentés comme des occupants illégitimes, des tyrans qui violent les droits des populations locales
  • Une indépendance militaire : Koukou dispose de sa propre armée, contrôle des passes montagneuses et peut mener des opérations militaires autonomes
  • Une légitimité religieuse : bien que musulman, Cidi Hamet n’hésite pas à proposer une alliance avec un prince chrétien contre des coreligionnaires musulmans (les Ottomans), au nom d’une conception de la justice supérieure à l’appartenance confessionnelle

Cette autonomie assumée contredit frontalement le récit algérien selon lequel la Kabylie aurait « toujours » fait partie d’une entité algérienne unifiée.

2.4. Les quatre attributs de la souveraineté étatique

Selon la théorie juridique classique (Jean Bodin, Thomas Hobbes, droit international westphalien), un État souverain se caractérise par quatre attributs fondamentaux. Le royaume de Koukou les possédait tous :

Attribut de souverainetéManifestation dans le royaume de Koukou (XVIe siècle)
Territoire délimitéContrôle du Djurdjura, de la Kabylie maritime, des passes vers Alger et Béjaïa
Population administréeConfédérations tribales kabyles reconnant l’autorité des Aït el-Kadi
Autorité politiquePouvoir de lever des armées, de juger, de percevoir des impôts, de conclure des traités
Reconnaissance internationaleTraité diplomatique avec Charles Quint (1539), relations avec d’autres puissances méditerranéennes

Cette grille d’analyse démontre que le royaume de Koukou répondait aux critères juridiques de l’État souverain selon les normes du droit international de l’époque, bien avant la création de l’Algérie moderne.

III. Implications juridiques contemporaines : autodétermination et peuples autochtones

Le droit international contemporain consacre deux principes potentiellement applicables à la situation kabyle, tous deux renforcés par la validation historique de l’archive de Simancas.

3.1. Le droit des peuples à l’autodétermination

Cadre juridique :

  • Charte des Nations Unies (1945), article 1 § 2 : « Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes »
  • Pactes internationaux relatifs aux droits civils et politiques et aux droits économiques, sociaux et culturels (1966), article 1 commun : « Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique »
  • Déclaration sur les relations amicales (Résolution 2625 de l’AGNU, 1970) : confirmation et précision du principe d’autodétermination

Jurisprudence pertinente :

  • Avis consultatif CIJ sur le Kosovo (2010) : la Cour a confirmé que le droit à l’autodétermination ne se limite pas aux situations coloniales, mais peut s’appliquer en cas de « violations graves et systématiques des droits fondamentaux » d’un groupe
  • Référendum sur l’indépendance du Québec (Cour suprême du Canada, 1998) : reconnaissance d’un possible droit de sécession en cas de négation des droits fondamentaux d’une minorité nationale

3.2. Critères définissant un « peuple » en droit international

La jurisprudence et la doctrine ont progressivement établi des critères permettant d’identifier un « peuple » titulaire du droit à l’autodétermination. La Kabylie remplit l’ensemble de ces critères :

Critère juridiqueApplication à la Kabylie
Langue distincteTamazight (kabyle), langue afro-asiatique distincte de l’arabe, reconnue comme langue nationale (2002) puis officielle (2016) en Algérie
Histoire communeMémoire collective de souveraineté (royaume de Koukou), de résistances (Lalla Fatma N’Soumer, Mokrani, Printemps berbère 1980, Printemps noir 2001)
Territoire identifiableKabylie des Babors, Grande et Petite Kabylie, territoire géographiquement délimité et reconnu
Conscience collectiveSentiment identitaire kabyle distinct, revendication politique organisée (FFS 1963, RCD 1989, MAK 2010)
Marginalisation structurelleSous-représentation politique, arabisation forcée, répression des mouvements identitaires (1980, 2001, 2021)

3.3. Le précédent de la souveraineté historique

L’archive de Simancas ajoute une dimension juridique décisive : l’existence d’une souveraineté antérieure à l’État algérien. En droit international, la reconnaissance d’une souveraineté historique peut renforcer une revendication d’autodétermination, notamment dans les cas de :

  • États baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) : leur indépendance en 1991 a été facilitée par la reconnaissance de leur souveraineté antérieure (1918-1940) avant l’annexion soviétique
  • Timor oriental : l’existence d’une administration distincte du Portugal avant l’invasion indonésienne (1975) a pesé dans la reconnaissance de son indépendance (2002)
  • Érythrée : l’autonomie fédérale reconnue par l’ONU (1952-1962) avant l’annexion éthiopienne a légitimé son indépendance (1993)

Dans cette perspective, le royaume de Koukou pourrait être juridiquement qualifié de « précédent de souveraineté » justifiant une revendication contemporaine de restauration de l’indépendance, plutôt qu’une simple sécession.

3.4. Les droits des peuples autochtones

Cadre juridique :

  • Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (2007), article 4 : « Les peuples autochtones […] ont le droit à l’autonomie ou à l’auto-administration pour les questions relevant de leurs affaires intérieures et locales »
  • Convention 169 de l’OIT sur les peuples indigènes et tribaux (1989)

Application potentielle à la Kabylie :

Bien que le concept de « peuple autochtone » soit controversé dans le contexte africain (la plupart des populations étant antérieures aux États coloniaux), les Kabyles, en tant que population amazighe antérieure aux conquêtes arabes et ottomanes, pourraient potentiellement revendiquer ce statut et les droits associés, notamment :

  • Droit à l’auto-administration des territoires ancestraux
  • Protection contre la discrimination linguistique et culturelle
  • Droit de consentement libre, préalable et éclairé sur les projets affectant leurs terres
  • Droit à l’éducation dans leur langue

IV. Prospective : affaiblissement de la légitimité narrative d’Alger

4.1. Une stratégie de légitimation historique

L’émergence documentaire de l’archive de Simancas au moment précis de la DUI annoncée n’est pas un hasard éditorial. Elle s’inscrit dans une stratégie de légitimation historique déployée par le MAK et ses soutiens intellectuels pour transformer la question kabyle d’un enjeu sécuritaire (« terrorisme séparatiste ») en débat historico-juridique international.

Cette requalification cognitive place le régime algérien en position défensive : il ne peut plus se contenter de réprimer militairement et de disqualifier politiquement ; il doit désormais argumenter historiquement face à des sources d’archives internationalement validées.

4.2. Asymétrie documentaire

Sur le terrain de l’historiographie scientifique, le régime algérien se trouve en situation de faiblesse structurelle :

  • Sources primaires limitées : peu de documents d’archives algériens antérieurs à 1830 sont conservés ou accessibles
  • Dépendance aux archives coloniales : l’essentiel de la documentation sur l’histoire algérienne pré-coloniale se trouve dans les archives françaises, espagnoles, ottomanes, pas algériennes
  • Faiblesse de la recherche universitaire : l’historiographie algérienne post-indépendance a privilégié l’hagiographie nationale au détriment de la recherche scientifique rigoureuse
  • Censure et autocensure : les travaux historiques qui contredisent le récit national officiel sont découragés, voire interdits

Face à cette asymétrie, le régime algérien ne peut opposer que la rhétorique politique (« complot », « manipulation étrangère », « trahison ») à une documentation scientifique vérifiable.

4.3. Internationalisation du débat

📌 Signal faible IGH : Réception internationale de l’archive de Simancas

Depuis la mise en ligne de la lettre par les archives espagnoles (consultable via le portail institutionnel du Ministerio de Cultura), l’IGH observe une diffusion croissante du document dans les cercles académiques et diplomatiques européens et nord-américains. Plusieurs centres de recherche en études berbères (INALCO, Université de Leyde, UC Berkeley) ont intégré cette source dans leurs programmes d’enseignement sur les souverainetés méditerranéennes pré-modernes.

Cette circulation intellectuelle internationalise le débat kabyle et le soustrait progressivement au monopole narratif algérien. À terme, elle pourrait faciliter une reconnaissance diplomatique graduelle de la cause kabyle par des acteurs non-étatiques (think tanks, ONG, institutions académiques) avant toute reconnaissance étatique formelle.

4.4. Bataille pour la mémoire internationale

L’IGH identifie trois acteurs clés de la future bataille mémorielle internationale sur la question kabyle :

1. La diaspora kabyle organisée

  • 2-3 millions de Kabyles en France, Canada, Belgique, États-Unis
  • Capacité de mobilisation académique, médiatique et parlementaire
  • Maîtrise des codes de communication occidentaux (droits humains, démocratie, autodétermination)
  • Accès direct aux décideurs politiques et intellectuels dans les capitales occidentales

2. Les centres de recherche en études berbères

  • INALCO (Paris), Universités de Leyde (Pays-Bas), UC Berkeley (USA), Université Mouloud Mammeri (Tizi Ouzou)
  • Production académique légitimant la singularité kabyle
  • Expertise reconnue sur l’histoire et l’anthropologie amazighes
  • Capacité à influencer les curricula universitaires et les publications scientifiques

3. Les archives nationales européennes

  • Archives Générales de Simancas (Espagne), Archives Nationales (France), Archivio di Stato (Italie), National Archives (Royaume-Uni)
  • Conservation de milliers de documents sur les relations entre puissances européennes et entités nord-africaines (XVIe-XIXe siècles)
  • Numérisation progressive et mise en ligne publique
  • Validation scientifique institutionnelle des documents publiés

Ces trois acteurs, largement indépendants du pouvoir algérien, disposent du monopole de fait de la production documentaire et intellectuelle sur l’histoire kabyle précoloniale. Cette asymétrie condamne Alger à une posture défensive permanente.

Conclusion : Une faille narrative exploitable

L’archive de Simancas ne constitue pas simplement un document historique curieux : elle représente un événement cognitif qui transforme structurellement le débat sur la question kabyle. En établissant l’existence d’une souveraineté kabyle reconnue internationalement cinq siècles avant la création de l’État algérien, elle invalide le récit national sur lequel repose la légitimité du régime depuis 1962.

Trois implications stratégiques majeures :

  1. Requalification de la revendication kabyle : d’une « sécession illégitime » à une potentielle « restauration de souveraineté historique », changement de paradigme qui facilite la légitimation internationale
  2. Affaiblissement de la cohérence idéologique du régime : impossibilité de concilier le mythe d’une « Algérie éternelle » avec l’existence documentée d’entités politiques kabyles autonomes et reconnues
  3. Internationalisation progressive du dossier : transformation d’un conflit domestique algérien en débat historico-juridique international mobilisant archives, universités, think tanks et opinions publiques occidentales

Le 14 décembre 2025 marquera un test de cohérence narrative pour le régime algérien : sa réponse à la DUI révélera s’il privilégie la répression sécuritaire (confirmant ainsi le narratif MAK d’une « colonisation interne ») ou s’il tente une recomposition politique (aveu implicite de la légitimité des revendications kabyles).

Quelle que soit l’option choisie, la faille historique est désormais ouverte et ne pourra plus être refermée par la simple force ou la propagande. La bataille de la mémoire internationale a commencé, et le régime algérien y entre avec un désavantage structurel majeur.

🔮 Prospective IGH – 6 à 18 mois

L’IGH anticipe une intensification de la guerre cognitive autour de la question historique kabyle, avec trois développements probables :

  • Multiplication des publications académiques exploitant les archives européennes pour documenter la souveraineté kabyle précoloniale
  • Campagnes médiatiques de la diaspora kabyle instrumentalisant l’archive de Simancas pour légitimer la DUI
  • Contre-offensive algérienne via des historiens pro-régime tentant de minimiser la portée du document, probablement inefficace face à une source primaire archivée internationalement

À terme (2-3 ans), cette bataille mémorielle pourrait faciliter une reconnaissance symbolique graduelle de la cause kabyle par des acteurs non-étatiques (parlements régionaux, municipalités, ONG, universités) avant toute reconnaissance étatique formelle.


Cette note s’appuie sur la publication IGH du 5 décembre 2025 « Le pouvoir algérien face à l’équation kabyle » et sur l’analyse de la lettre de Cidi Hamet ben Hamet à Charles Quint (1539), conservée aux Archives Générales de Simancas.

 

© Institut Géopolitique Horizons (IGH) – 2025. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusion autorisées avec mention de la source.

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