Par l'Institut Géopolitique Horizons 4 avril 2025
Un bouleversement majeur et potentiellement historique semble se dessiner au sein du système de pouvoir algérien. Selon une source algérienne généralement très bien informée, le général Saïd Chengriha, ministre délégué à la Défense et chef d’état-major, aurait « finalement accepté de s’aligner sur la position du président Tebboune » concernant les relations avec la France. Cette information, si elle se confirme dans les jours à venir, pourrait marquer un tournant décisif dans l’équilibre des forces au sommet de l’État algérien et transformer radicalement la dynamique régionale au Maghreb.
Un accord scellé durant le déplacement vers Batna
Selon notre source, « l’expression de ce ralliement aurait eu lieu lors du déplacement effectué récemment par les deux hommes forts de l’Algérie à Batna (400 km à l’est d’Alger) où ils avaient rendu visite à l’ex-président Lyamine Zeroual, aujourd’hui malade. » La conversation décisive se serait tenue durant ce déplacement commun, créant un cadre confidentiel propice à un tel échange stratégique, loin des protocoles officiels et des oreilles indiscrètes.
Bien que la visite à l’ancien président Zeroual ait servi de prétexte officiel à ce déplacement conjoint, notre source précise que l’ex-président n’a joué aucun rôle dans ce revirement de Chengriha. C’est bien durant le tête-à-tête entre les deux hommes forts actuels du régime, à l’occasion de ce voyage, que l’accord aurait été trouvé.
Le fait même que Tebboune et Chengriha aient choisi de voyager ensemble vers Batna constitue en soi un signal notable, étant donné les tensions récentes entre eux. Ce déplacement conjoint, quel que soit le moyen de transport utilisé, aurait offert un espace de discussion privilégié, à l’abri des circuits officiels et des conseillers habituels.
Un revirement motivé par des intérêts personnels et facilité par la stratégie française
Ce ralliement du puissant chef militaire à la ligne présidentielle constituerait un événement sans précédent récent dans le fonctionnement du système politique algérien. D’après notre source, ce revirement serait « surtout dû à une crainte de représailles françaises contre ses intérêts personnels et familiaux en France. » Cette motivation suggère une démarche plus pragmatique qu’idéologique, traduisant les vulnérabilités individuelles des élites militaires algériennes malgré leur posture publique anti-française.
L’existence d’intérêts personnels et familiaux significatifs en France du chef d’état-major constitue en soi une révélation importante. Elle illustre les contradictions entre le discours nationaliste intransigeant traditionnellement porté par l’establishment militaire et les réalités économiques et familiales de ses membres les plus éminents, dont certains entretiennent manifestement des liens étroits avec l’ancienne puissance coloniale.
Le rôle déterminant de Macron dans le renforcement de Tebboune
Cette évolution ne peut être dissociée de la stratégie patiente menée par Emmanuel Macron pour renforcer la position de Tebboune au sein du système algérien. Cette approche s’inscrit dans la durée et remonte à décembre 2020, lorsque le président algérien avait été hospitalisé en Allemagne pour des complications liées au Covid-19. Durant cette période critique où le pouvoir de Tebboune était particulièrement fragile, Macron avait manifesté son soutien et promis d’aider le président algérien à consolider sa position face aux militaires.
Cette promesse, formulée à un moment où la succession de Tebboune semblait envisagée dans certains cercles du pouvoir algérien, a constitué le fondement d’une relation personnelle particulière entre les deux présidents. Malgré les tensions diplomatiques ultérieures, notamment suite à la reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur le Sahara, Macron a maintenu cette ligne stratégique visant à renforcer l’autonomie de Tebboune face à l’establishment militaire.
La récente conversation téléphonique entre les deux présidents, axée officiellement sur l’affaire Sansal, aurait également permis d’aborder, selon certaines sources, la question des pressions potentielles sur les intérêts personnels de Chengriha. Cette synchronisation entre la démarche présidentielle française et le revirement du chef d’état-major algérien suggère une stratégie coordonnée visant à modifier les équilibres internes du pouvoir algérien au profit de la présidence.
En soutenant Tebboune face aux militaires, Paris sert ainsi ses propres intérêts stratégiques :
– Favoriser l’émergence d’un interlocuteur algérien plus prévisible et moins tributaire des positions idéologiques traditionnelles
– Ouvrir la voie à une normalisation des relations bilatérales malgré les divergences sur le dossier du Sahara
– Créer les conditions d’une approche plus pragmatique et moins conflictuelle sur les questions régionales
– Stabiliser un partenaire clé dans la gestion des flux migratoires et la lutte antiterroriste au Sahel
Une redistribution des cartes au sommet de l’État
Si ce changement de position de Chengriha « est finalement acté ces prochains jours », comme l’envisage notre source, cela « signifierait une très importante montée en puissance du président Tebboune au sein du système politico-militaire algérien. » Cette évolution marquerait une rupture significative avec les équilibres traditionnels du pouvoir en Algérie, où l’armée a historiquement conservé la haute main sur les orientations stratégiques du pays, particulièrement en matière de politique étrangère.
Le renforcement de l’autorité présidentielle pourrait se manifester à travers plusieurs développements concrets dans les jours à venir :
1. Une résolution rapide de l’affaire Sansal : Malgré les obstacles juridiques créés par le double appel, un désistement du parquet pourrait ouvrir la voie à une grâce présidentielle, répondant ainsi à la demande de « clémence » formulée par Emmanuel Macron.
2. Un changement de ton médiatique : Les médias publics algériens pourraient modérer leurs critiques envers la France et cesser la diffusion de contenus hostiles comme le documentaire sur les activités d’espionnage du diplomate français.
3. Une reprise du dialogue diplomatique : Des initiatives concrètes de normalisation des relations bilatérales pourraient être annoncées, potentiellement lors d’une visite ministérielle ou d’une rencontre de haut niveau.
4. Une neutralisation des factions hostiles : Des changements de personnel au sein de l’appareil sécuritaire et médiatique pourraient intervenir pour écarter les éléments les plus réfractaires à la normalisation avec Paris.
Les implications géopolitiques régionales
Ce réalignement au sommet du pouvoir algérien, s’il se confirme, aurait des répercussions majeures sur l’ensemble des dynamiques régionales :
Pour les relations franco-algériennes
Une normalisation substantielle des relations bilatérales deviendrait possible pour la première fois depuis la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Cela pourrait se traduire par :
– Une reprise de la coopération économique et des investissements français en Algérie
– Un dialogue renouvelé sur les questions migratoires et sécuritaires
– Une gestion plus apaisée des questions mémorielles et historiques
Pour le dossier du Sahara occidental
L’alignement de Chengriha sur la ligne présidentielle pourrait signaler une approche plus pragmatique et moins idéologique de ce dossier stratégique. Sans abandonner le soutien officiel au Front Polisario, Alger pourrait adopter une position moins intransigeante, ouvrant potentiellement la voie à :
– Une reprise de certains canaux de dialogue avec Rabat
– Une acceptation tacite des évolutions diplomatiques favorables au Maroc
– Une focalisation sur la préservation des intérêts sécuritaires algériens plutôt que sur le blocage systématique des avancées marocaines
Pour les relations algéro-maliennes
Le différend avec Bamako pourrait être abordé avec une approche plus souple, privilégiant la désescalade aux confrontations rhétoriques. Cette nouvelle orientation pourrait conduire à :
– Des initiatives diplomatiques pour désamorcer la crise du drone
– Une réévaluation du positionnement algérien face au rapprochement Mali-Maroc
– Une tentative de préserver les intérêts sécuritaires algériens au Sahel sans entrer dans une logique de confrontation directe
Le facteur Trump et les calculs stratégiques franco-algériens
Le timing de ce revirement apparent du chef d’état-major algérien mérite une attention particulière. Il intervient dans un contexte où l’administration Trump, revenue au pouvoir en janvier 2025, pourrait adopter une approche plus transactionnelle et moins prévisible des dossiers nord-africains.
Pour Macron comme pour Tebboune, ce contexte international incertain renforce la nécessité d’une alliance stratégique plus solide. Face à un Washington potentiellement plus favorable au Maroc et moins attaché aux équilibres régionaux traditionnels, Paris et Alger pourraient trouver un intérêt commun à renforcer leur axe bilatéral, indépendamment des pressions américaines.
Les pressions françaises évoquées concernant les « intérêts personnels et familiaux » de Chengriha illustrent l’utilisation habile par Paris des leviers d’influence dont elle dispose auprès des élites algériennes. Cette approche, combinant pression ciblée et soutien politique à Tebboune, traduit une stratégie d’influence sophistiquée de la part de la diplomatie française, exploitant les vulnérabilités individuelles pour façonner les équilibres institutionnels algériens.
Vers une présidentialisation du régime algérien ?
Le ralliement du chef d’état-major à la ligne présidentielle, s’il se confirme et se pérennise, pourrait marquer le début d’une transformation plus profonde du système politique algérien, conforme aux objectifs stratégiques français dans la région. Le président Tebboune, initialement perçu comme une figure relativement faible face à l’institution militaire, pourrait saisir cette opportunité pour consolider son autorité et initier un processus graduel de « présidentialisation » du régime.
Cette évolution, si elle devait se concrétiser, ne signifierait pas nécessairement une démocratisation du système, mais plutôt une concentration du pouvoir autour de la présidence au détriment de l’institution militaire. Elle pourrait néanmoins favoriser une politique étrangère plus cohérente et prévisible, moins sujette aux contradictions entre différents centres de pouvoir, et plus alignée avec les intérêts français dans la région.
Conclusion : un tournant à confirmer
L’information concernant le ralliement de Chengriha à la ligne présidentielle, scellé lors d’un déplacement conjoint vers Batna, constitue, si elle se confirme, un développement majeur qui pourrait redéfinir tant la politique intérieure algérienne que les dynamiques régionales au Maghreb et au Sahel. Les prochains jours seront cruciaux pour évaluer la réalité et la portée de ce changement.
Plusieurs indicateurs permettront de mesurer concrètement cette évolution :
– L’évolution du dossier juridique de Boualem Sansal
– Le ton adopté par les médias publics algériens envers la France
– D’éventuelles déclarations ou gestes diplomatiques entre Alger et Paris
– Des mouvements au sein de l’appareil sécuritaire et militaire algérien
Ce développement, fruit d’une patiente stratégie française initiée dès l’hospitalisation de Tebboune en Allemagne fin 2020, pourrait créer une fenêtre d’opportunité diplomatique majeure pour Paris et ses partenaires occidentaux. En renforçant Tebboune face aux militaires, Macron aurait ainsi réussi à transformer une crise bilatérale en levier de reconfiguration du système politique algérien, servant simultanément les intérêts français et la consolidation du pouvoir présidentiel à Alger.







