Après la rupture : Bamako laisse-t-il entrevoir une nouvelle relation avec la CEDEAO ?
La sortie du Mali de la CEDEAO, actée depuis la création de la Confédération AES, est un fait acquis que rien, à ce stade, ne remet en cause sur le plan institutionnel. Mais une rupture institutionnelle signifie-t-elle nécessairement une rupture de toute relation ? La géographie, les économies et les populations de l’espace ouest-africain dessinent une réalité plus enchevêtrée que celle des communiqués officiels.
FAITSur le plan des institutions, rien n’a changé : le Mali, comme le Burkina Faso et le Niger, reste hors du cadre CEDEAO, et la Confédération AES continue de se construire comme un espace politique, sécuritaire et économique autonome — un choix stratégique assumé, non une étape transitoire.
ANALYSEL’AES et la CEDEAO n’en demeurent pas moins deux ensembles géographiquement imbriqués — l’un regroupant des pays enclavés de l’hinterland sahélien, l’autre des pays à façade maritime. Cette complémentarité géographique s’est historiquement traduite par des infrastructures partagées, des corridors commerciaux communs et des programmes d’intégration régionale que la rupture politique n’a pas suffi à effacer.
FAITSelon des éléments obtenus par l’IGH auprès d’une source de haut niveau de la diplomatie malienne, les deux espaces ont « des économies interdépendantes », liées par « des infrastructures, des programmes d’intégration et des projets régionaux ». La libre circulation des personnes et des biens, acquis antérieur à la CEDEAO elle-même, est explicitement maintenue : « la coopération se poursuit dans ce domaine », a indiqué cette source à l’IGH.
FAITCette même source précise que l’AES se dit ouverte à des relations « avec tous les pays, organisations et institutions respectueux de sa souveraineté » — une clause qui, en théorie, n’exclut pas la CEDEAO.
ANALYSEC’est cette tension entre rupture institutionnelle assumée et interdépendance fonctionnelle persistante qui structure, pour l’heure, la relation réelle entre les deux blocs. La géographie régionale impose des contraintes qu’aucune décision politique ne peut entièrement effacer. Reste à savoir si cette interdépendance de fait se traduit, chez les acteurs eux-mêmes, par des signes plus concrets d’évolution — ce que l’IGH a cherché à vérifier directement auprès de sources sahéliennes de haut niveau.









