Institut géopolitique Horizons
Analyse géopolitique prospective
Tanger – Washington – Alger
20 janvier 2025
L’investiture de Donald Trump comme 47ème président des États-Unis et la confirmation de Marco Rubio au poste de Secrétaire d’État marquent un tournant décisif dans la crise systémique que traverse l’Algérie. Cette configuration politique américaine intervient alors que le régime algérien, déjà considérablement affaibli par des crises multiples, vient de voir échouer une tentative désespérée de séduction diplomatique envers la nouvelle administration américaine.
Une tentative de séduction vouée à l’échec
La manœuvre de la dernière chance
Le 16 décembre 2024, dans les salons feutrés d’un palace de Doha, se jouait l’acte initial d’une opération diplomatique sans précédent. La rencontre secrète entre Ahmed Attaf, ministre algérien des Affaires étrangères, et un émissaire libanais chargé d’établir un canal de communication avec la future administration Trump, marquait le début d’une tentative désespérée de renverser la position américaine sur le Sahara.
L’objectif était clair : atteindre Michael Boulos, époux de Tiffany Trump et fils de Massad Boulos, nouvellement nommé conseiller principal pour le Moyen-Orient. Cette stratégie, visant à contourner l’influence de Jared Kushner, notoirement proche du Maroc, s’est rapidement heurtée à un mur, « le gendre de Trump n’étant pas très chaud », selon une source dissidente algérienne.
Une offre révélatrice du désespoir
Face à cet échec initial, Alger active son plan B. L’ambassadeur Boukhadoum, mandaté directement par le président Tebboune, mobilise le cabinet de lobbying BGR Group (engagement de 720,000 dollars annuels) pour une proposition stupéfiante :
– Un engagement d’achat d’armement américain de 15 milliards de dollars annuels
– Un versement immédiat de 500 millions de dollars à l’Ukraine
– Une demande explicite d’aide à la normalisation avec Israël
Cette offre représente un triple reniement historique : abandon de la position pro-palestinienne traditionnelle, rupture avec l’allié russe, et tentative de reproduction du modèle de normalisation marocain.
La convergence des crises
Une crise diplomatique multiforme
La situation diplomatique algérienne se dégrade sur tous les fronts :
Crise avec la France :
– Arrestation controversée de l’écrivain Boualem Sansal
– Scandale des influenceurs pro-régime arrêtés en France pour « apologie du terrorisme »
– Rupture du dialogue politique de haut niveau
Tension avec la Turquie :
– Accueil controversé de délégations séparatistes kurdes à Tindouf
– Démenti maladroit de l’ambassadeur Belani
– Détérioration rapide des relations bilatérales
Isolement régional croissant:
– Perte d’influence dans le dossier libyen
– Marginalisation dans les questions sahéliennes
– Effritement des alliances traditionnelles
La déstabilisation interne
La cohésion interne du régime montre des signes inquiétants de fragilisation :
Fractures territoriales :
– Participation électorale proche de zéro en Kabylie depuis 2019
– Tensions croissantes dans les régions périphériques
– Multiplication des mouvements de protestation
Crise sociale profonde :
– Route migratoire algérienne devenue la plus meurtrière de Méditerranée
– Augmentation de 19% des décès en mer (517 victimes en 2024)
– Transformation en pays de transit migratoire
Dissidence militaire émergente :
– Apparition du mouvement des « Officiers Libres »
– Contestation directe du chef d’état-major Chengriha
– Risques de fracture au sein de l’institution militaire
La stratégie Trump-Rubio : l’étau se resserre
Une approche coordonnée
La nouvelle administration américaine déploie une stratégie multidimensionnelle :
Pression diplomatique :
– Qualification de l’Algérie comme « État qui encourage le terrorisme »
– Initiative Wilson pour classifier le Polisario comme organisation terroriste
– Renforcement du soutien américain au Maroc
Sanctions économiques :
– Activation probable des sanctions CAATSA sur les achats d’armement russe
– Ciblage des intérêts économiques des responsables civils et militaires
– Pression sur les institutions financières internationales
Les vulnérabilités exploitées
La stratégie américaine pourrait cibler méthodiquement les points faibles du régime :
Dépendance militaire:
– 80% des équipements d’origine russe
– Contrat crucial de plusieurs milliards de dollars avec Moscou menacé
– Impossibilité de diversification rapide des fournisseurs
Fragilité économique :
– Système financier mal intégré aux circuits internationaux
– Dépendance aux hydrocarbures
– Concentration des actifs aux mains des militaires
Perspectives et implications
Scénarios d’évolution
Scénario de rupture (probabilité élevée) :
– Fragmentation de l’institution militaire
– Accélération des mouvements contestataires
– Paralysie décisionnelle au sommet de l’État
Scénario d’adaptation (probabilité faible) :
– Concessions majeures sur le dossier du Sahara
– Réorientation géopolitique vers le camp occidental
– Réformes économiques d’urgence
Scénario de confrontation (probabilité moyenne) :
– Durcissement du régime
– Aggravation de l’isolement international
– Risque d’implosion interne
Implications régionales
Recomposition géopolitique :
– Renforcement de la position marocaine
– Déstabilisation potentielle du Sahel
– Nouvelles dynamiques migratoires
Impact sécuritaire:
– Risques de débordement des tensions
– Questions de contrôle des frontières
– Enjeux de lutte anti-terroriste
L’arrivée au pouvoir du tandem Trump-Rubio marque probablement le début d’une phase de déstabilisation accélérée pour l’Algérie. L’échec de la tentative de séduction diplomatique, conjugué à l’isolement croissant du régime et à ses vulnérabilités internes, dessine les contours d’une possible recomposition majeure du paysage politique algérien. Les prochains mois seront décisifs non seulement pour l’avenir de l’Algérie, mais pour l’ensemble de la stabilité régionale.
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