Dossier : Accord tripartite Maroc–USA–Israël
Juin 2026

Campagne d’affichage publicitaire numérique
Localisation : Rue Ahuzat Bayit, sur le flanc de la Bourse de Tel-Aviv (Israël).
Commanditaire : Regional Security Coalition (via la plateforme abrahamshild.org).
Le Message Central : Le texte en hébreu proclame : « C’est le moment de la guerre, c’est le moment de la diplomatie. C’est maintenant le moment d’élargir les Accords d’Abraham. » Il s’agit d’un appel direct à la relance et à l’extension des dynamiques de normalisation régionale comme levier de stabilisation face aux crises actuelles.
Composition Iconographique : L’infographie aligne les visages de plusieurs dirigeants clés de la région et de partenaires internationaux. Au centre, la figure de Donald Trump (artisan initial des accords de 2020) flanque le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.
La Symbolique Régionale : Autour de cet axe central sont représentés les chefs d’État des pays signataires ou cibles de cette doctrine de connectivité et de sécurité régionale, notamment le roi Mohammed VI du Maroc, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, et le président émirati Cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane.
Sur la façade de la Bourse de Tel-Aviv, au cœur du centre économique israélien, un immense panneau publicitaire associe Donald Trump, Benjamin Netanyahu, Mohammed ben Salmane, Mohammed ben Zayed et le Roi Mohammed VI. Le message affiché est explicite : « C’est le moment de la guerre. C’est le moment de la diplomatie. C’est maintenant le moment d’élargir les Accords d’Abraham. »
Derrière cette mise en scène, la question n’est pas décorative ni communicationnelle. Elle est structurellement politique :
Qui a autorisé l’usage de l’image du Roi du Maroc dans une narration stratégique définie hors du cadre souverain marocain ? Ni le gouvernement marocain. Ni le Palais Royal. Ni aucune instance institutionnelle marocaine.
I. Une ingérence symbolique dans la souveraineté narrative du Maroc
Cette affiche ne relève pas d’une opération de communication neutre. Elle constitue une ingérence symbolique dans la représentation internationale du Maroc.
En intégrant le Roi Mohammed VI dans une campagne visant l’élargissement des Accords d’Abraham, ses concepteurs procèdent à une substitution de souveraineté narrative : ils définissent publiquement la position du Maroc à la place du Maroc lui-même. Il ne s’agit pas d’interprétation. Il s’agit de production externe d’une réalité politique.
II. Une falsification de la réalité juridique et diplomatique
Le cœur du problème est une confusion volontaire. Le Maroc n’a jamais adhéré aux Accords d’Abraham en tant qu’architecture multilatérale standardisée.
Le Maroc a conclu un accord tripartite spécifique avec les États-Unis et Israël, fondé sur des paramètres souverains précis, au premier rang desquels la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental marocain. Cet accord était structuré comme un cadre évolutif et conditionnel, et non comme une intégration automatique dans un bloc régional prédéfini.
La campagne israélienne efface cette distinction fondamentale et transforme un accord tripartite souverain en adhésion implicite à une architecture politique qui n’a jamais été validée par Rabat.
III. Asymétrie des engagements entre les parties
Depuis 2020, les États-Unis ont globalement respecté leur engagement structurant, consolidant dans la durée la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental marocain.
En revanche, l’évolution de la position israélienne ne s’est pas inscrite dans une dynamique cohérente avec l’esprit politique initial de l’accord. Les développements régionaux, notamment sur le dossier palestinien, ont contribué à fragiliser les conditions d’un approfondissement équilibré et progressif de la relation.
Dans ce contexte, la projection d’un Maroc déjà intégré dans une logique automatique d’extension des Accords d’Abraham relève d’une surinterprétation politique majeure.
IV. Netanyahu et son courant politique : une erreur cognitive structurelle
Le problème n’est pas périphérique. Il est directement lié à la lecture portée par Benjamin Netanyahu et son courant politique, laquelle repose sur une grille d’analyse inadéquate appliquée au Maroc.
Or le Maroc ne relève pas des catégories classiques des systèmes politiques régionaux. Il repose sur une monarchie à légitimité triple :
| Pilier | Fondement |
|---|---|
| Légitimité populaire | Continuité sociale et historique de l’institution monarchique |
| Légitimité religieuse | Commanderie des croyants — Amir Al-Mouminine |
| Légitimité historique | Continuité dynastique et étatique de plus de douze siècles |
Cette structure produit un mode de décision stratégique singulier, irréductible aux logiques de communication politique, de pression externe ou de construction narrative exogène.
V. Campagnes de guerre cognitive : une séquence identifiable
L’affiche de Tel-Aviv s’inscrit dans une séquence cohérente de guerre cognitive, entendue comme l’utilisation d’images, de symboles et de récits visant à produire une perception stratégique sans validation souveraine. Cette séquence comprend notamment :
| # | Vecteur identifié |
|---|---|
| 1 | Projection récurrente du Maroc comme déjà intégré aux Accords d’Abraham |
| 2 | Usage de représentations cartographiques controversées du territoire marocain |
| 3 | Suractivation narrative du cadre abrahamique après le 7 octobre 2023 |
| 4 | Normalisation visuelle d’un Maroc intégré dans un bloc géopolitique préfabriqué |
| 5 | Inclusion directe du Roi dans une campagne publique israélienne d’élargissement stratégique |
Pris isolément, ces éléments relèvent de la communication politique. Pris ensemble, ils constituent une architecture cohérente de guerre cognitive visant à imposer une réalité politique par saturation narrative et substitution symbolique.
VI. Le véritable enjeu : la captation de la triple légitimité marocaine
Au-delà du désaccord diplomatique, l’enjeu est plus profond. Le Maroc constitue une exception politique structurée autour d’une triple légitimité indissociable : populaire, religieuse et historique. C’est cette combinaison qui lui confère une densité stratégique unique dans l’espace méditerranéen et africain.
Dès lors, certains dispositifs de représentation ne visent pas seulement à décrire une relation diplomatique, mais à mobiliser symboliquement la légitimité marocaine dans des constructions politiques exogènes.
L’affiche de Tel-Aviv ne doit pas être interprétée comme un épisode isolé de communication politique. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de guerre cognitive visant à imposer une lecture du Maroc qui n’a jamais été validée par ses institutions souveraines.
Mais cette stratégie repose sur une erreur fondamentale d’appréciation. Vouloir tordre le bras au Maroc constitue une faute stratégique majeure. Le Maroc n’est pas un acteur émergent que l’on intègre dans des récits construits ailleurs. Il est une puissance historique structurée, dotée d’une continuité institutionnelle exceptionnelle.
Surtout, le Maroc n’a attendu ni Benjamin Netanyahu, ni les recompositions politiques israéliennes, ni les dynamiques régionales récentes pour exister comme acteur souverain. Il fut le premier État à reconnaître l’indépendance des États-Unis d’Amérique — une relation bilatérale qui approche aujourd’hui des deux siècles et demi de continuité. C’est à cette profondeur historique que se heurtent les lectures conjoncturelles.
Un retrait immédiat de cette affiche s’impose, sans ambiguïté. L’utilisation de l’image du Roi Mohammed VI dans une campagne politique visant à redéfinir un cadre diplomatique auquel le Maroc n’a pas souscrit en ces termes constitue un dépassement manifeste des limites de la représentation légitime.
Cette initiative appelle également des excuses publiques et une clarification officielle sur les conditions de production de cette campagne et sur les responsabilités ayant conduit à l’inclusion du Souverain marocain dans une narration politique non validée par les autorités du Royaume. À défaut, ce type de dispositif ne peut être interprété que comme une dérive dans la manipulation des représentations politiques du Maroc.
— Documentation visuelle de la campagne publicitaire, Bourse de Tel-Aviv, Rue Ahuzat Bayit (Israël), juin 2026 — Source directe / F
— Plateforme abrahamshild.org — Regional Security Coalition — Source primaire / F
— Accord tripartite Maroc–USA–Israël, décembre 2020 — Archives diplomatiques / F
— Résolution 2797 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, 31 octobre 2025 — Source officielle / F
— Analyse IGH des dynamiques de guerre cognitive dans l’espace méditerranéen, 2024–2026 — Production analytique interne / A










