Abdelhakim Yamani, avec le Département Veille Stratégique et Analyse Numérique, Institut Géopolitique Horizons 22 avril 2025
Introduction : Une auto-orchestration pour éviter les sanctions
L’émergence soudaine du hashtag #تبون_لا_تذهب_للعراق (« Tebboune, ne va pas en Irak ») le 20 avril 2025 apparaît comme une manœuvre sophistiquée orchestrée par le pouvoir algérien lui-même pour créer un prétexte permettant au président Tebboune d’éviter le 34ème sommet de la Ligue Arabe prévu à Bagdad le 17 mai 2025. Cette campagne numérique fabriquée intervient alors que l’Algérie fait face à la perspective de sanctions imminentes, voire d’une suspension de la Ligue Arabe, pour ses actions déstabilisatrices contre le Maroc et son soutien controversé à l’ancien régime syrien de Bachar al-Assad.
I. Un régime face aux sanctions : Les graves transgressions algériennes
A. Des actions délibérées contre l’intégrité territoriale du Maroc
L’apparition de cette campagne numérique s’inscrit dans un contexte où l’Algérie fait face à l’imminence de sanctions au sein de la Ligue Arabe. Dès décembre 2024, des sources diplomatiques de haut niveau confirmaient l’existence de discussions avancées entre plusieurs pays membres concernant une procédure d’exclusion de l’Algérie, une mesure sans précédent dans l’histoire de l’organisation.
Cette situation critique résulte directement d’actions délibérées d’Alger contre l’intégrité territoriale du Maroc. L’organisation d’une « journée du Rif » le 23 novembre 2024, accompagnée du financement avéré d’un « parti national rifain » séparatiste à hauteur de 10 millions d’euros, constitue une violation flagrante des principes fondamentaux de la Ligue Arabe. Cette initiative n’était pas une simple réaction diplomatique, mais une stratégie délibérée de déstabilisation visant à créer un nouveau foyer séparatiste au nord du Maroc, en représailles à la reconnaissance internationale croissante de la souveraineté marocaine sur le Sahara.
B. L’implication controversée en Syrie : Soutien à un régime déchu
Le second chef d’accusation contre l’Algérie concerne son soutien indéfectible à l’ancien régime de Bachar al-Assad, désormais renversé. Des informations crédibles confirment la présence actuelle de militaires algériens et de miliciens du Polisario dans les prisons syriennes, ces derniers ayant été dépêchés pour appuyer l’armée de Bachar durant les phases critiques du conflit. Cette alliance avec un régime internationalement condamné pour crimes contre l’humanité place l’Algérie en contradiction directe avec le consensus arabe qui a émergé autour du nouveau gouvernement syrien.
La participation de Tebboune au sommet de Bagdad serait particulièrement problématique alors que le nouveau président syrien Ahmad al-Charaa y assistera. Cette situation diplomatiquement intenable explique la recherche urgente d’un prétexte pour éviter une confrontation directe qui exposerait l’isolement total d’Alger sur la question syrienne. Le précédent du boycott du sommet extraordinaire du Caire en mars 2025 a fourni un modèle que le régime algérien cherche maintenant à reproduire, mais avec une justification apparemment populaire.
II. La campagne #تبون_لا_تذهب_للعراق : Une fabrication de l’appareil algérien
A. L’anomalie révélatrice du Népal : Une signature indéniable des services algériens
L’analyse des données met en lumière un indicateur technique déterminant qui trahit l’origine réelle de cette campagne : l’apparition statistique du Népal comme pays principal d’origine des mentions. Cette anomalie géographique spectaculaire constitue une signature numérique parfaitement identifiable des opérations menées par la Direction des Services de Sécurité (DSS) algérienne, qui utilise systématiquement des fermes à trolls et des infrastructures VPN basées dans ce pays himalayen pour dissimuler ses activités d’influence.
La présence du Népal comme source dominante des publications ne laisse aucune place au doute quant à l’orchestration étatique de cette campagne. Nos analyses précédentes des opérations numériques algériennes ont régulièrement identifié cette même signature népalaise, notamment lors des campagnes contre le Maroc en 2023 et les opérations visant la France en 2024. Cette récurrence technique démontre non seulement l’origine algérienne de la campagne, mais également son pilotage direct par les mêmes unités spécialisées de la DSS, utilisant une infrastructure technique identique.
Ce marqueur géographique atypique représente une erreur opérationnelle significative qui permet d’attribuer sans équivoque la campagne aux services algériens, révélant leur intention de fabriquer un mouvement d’opposition populaire artificiel pour justifier l’absence de Tebboune au sommet de Bagdad.
B. Les caractéristiques d’une auto-orchestration
L’analyse technique approfondie des données confirme la nature artificielle de cette campagne, qui présente tous les marqueurs d’une opération montée par les services algériens eux-mêmes :
1. Déploiement synchronisé sans déclencheur identifiable : Absence totale d’activité avant le 20 avril 2025, suivie d’une activation instantanée et coordonnée le 21 avril, sans aucun événement public pouvant justifier cette mobilisation.
2. Concentration stratégique sur TikTok : 12 mentions sur TikTok et 4 sur YouTube, deux plateformes où la traçabilité des comptes est plus difficile, évitant délibérément Twitter/X où l’authentification est plus rigoureuse.
3. Structure pyramidale de diffusion : Un compte principal (Amine Mellit) concentrant 44,87% de part de voix, avec des relais secondaires activés selon un schéma typique des opérations dirigées par les services.
4. Uniformité des messages sans débat réel : Absence de toute forme de délibération ou de diversité d’opinions, caractéristique d’un message préfabriqué diffusé par des comptes contrôlés.
Cette campagne numérique apparaît clairement comme un alibi fabriqué pour justifier l’absence imminente de Tebboune au sommet de Bagdad, lui permettant de prétendre répondre à une « pression populaire » plutôt que d’admettre sa crainte d’affronter les sanctions qui l’attendent.
III. Les sanctions imminentes : Un rappel des prédictions de décembre 2024
Notre analyse du 2 décembre 2024 sur les discussions concernant l’exclusion de l’Algérie de la Ligue Arabe s’avère aujourd’hui prémonitoire. Nous écrivions alors, sur la base de sources diplomatiques de haut niveau :
— « Des contacts discrets mais intenses se multiplient entre plusieurs pays membres pour préparer une procédure d’exclusion de l’Algérie de l’organisation panarabe. Ces discussions, menées dans la plus grande confidentialité, témoignent d’une exaspération croissante face à la politique de déstabilisation menée par Alger. »
Les options envisagées il y a cinq mois restent d’actualité et expliquent la manœuvre désespérée du régime algérien pour éviter l’humiliation d’une sanction formelle lors du sommet de Bagdad. Rappelons les trois scénarios que nous avions identifiés en décembre :
1. Une exclusion totale, nécessitant l’unanimité des membres
2. Une suspension temporaire suivant le précédent syrien de 2011
3. Un ultimatum formel exigeant la cessation immédiate de toute activité de déstabilisation
Nos sources indiquent que le deuxième scénario – une suspension temporaire – est désormais le plus probable et pourrait être officialisé lors du sommet de Bagdad en l’absence de Tebboune. Cette perspective explique la fabrication précipitée d’une campagne numérique destinée à justifier son absence et à lui permettre de prétendre qu’il répond à une pression populaire plutôt que de fuir les conséquences de ses actions.
IV. Les enjeux de l’absence orchestrée au sommet de Bagdad
A. Éviter la confrontation sur la question syrienne
L’un des motifs principaux de cette manœuvre d’évitement concerne la question syrienne. La présence confirmée du nouveau président syrien Ahmad al-Charaa au sommet de Bagdad place l’Algérie dans une position intenable. Comment Tebboune pourrait-il se tenir aux côtés du nouveau dirigeant syrien alors que des militaires algériens et des miliciens du Polisario envoyés pour soutenir le régime de Bachar al-Assad se trouvent actuellement dans les prisons syriennes?
Cette situation extrêmement embarrassante représente un héritage toxique de l’alliance indéfectible d’Alger avec le régime déchu d’Assad. L’envoi de personnel militaire et de combattants du Polisario pour appuyer la répression du régime syrien constitue désormais un passif diplomatique majeur, d’autant plus que le nouveau gouvernement syrien pourrait choisir le sommet de Bagdad pour révéler publiquement l’étendue de cette collaboration controversée.
B. Échapper à la condamnation sur le dossier marocain
La question de l’intégrité territoriale du Maroc constitue le second motif majeur de cette campagne de diversion. L’organisation de la « journée du Rif » et le financement massif d’un mouvement séparatiste dans le nord du Maroc ont été perçus comme une provocation inacceptable par une majorité des membres de la Ligue Arabe.
Les données en notre possession indiquent que plusieurs pays, notamment les monarchies du Golfe, ont préparé un projet de résolution condamnant explicitement ces actions et réaffirmant le soutien de la Ligue à l’intégrité territoriale du Royaume du Maroc, tant sur le Sahara que sur ses provinces septentrionales. Face à cette perspective d’humiliation diplomatique collective, la création d’un prétexte pour éviter le sommet apparaît comme une tentative désespérée d’échapper à une condamnation formelle.
Cette stratégie d’évitement illustre l’impasse dans laquelle se trouve la diplomatie algérienne, incapable de défendre ses positions extrêmes face au consensus arabe qui s’est formé autour du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États membres.
V. Conclusion : Une stratégie d’évitement par l’auto-victimisation
La campagne numérique #تبون_لا_تذهب_للعراق illustre une stratégie sophistiquée mais transparente d’auto-victimisation de la part du régime algérien. En orchestrant une pseudo-opposition populaire à la participation de Tebboune au sommet de Bagdad, le pouvoir algérien tente de transformer une retraite diplomatique embarrassante en un geste de respect apparent pour l’opinion publique.
L’analyse technique de cette campagne ne laisse aucun doute quant à son caractère fabriqué : l’empreinte numérique népalaise, le déploiement synchronisé sans déclencheur identifiable, et la structure pyramidale de diffusion sont autant de signatures des opérations d’influence dirigées par les services algériens.
Cette manœuvre désespérée intervient alors que l’Algérie fait face à des sanctions imminentes au sein de la Ligue Arabe pour ses actions contre l’intégrité territoriale du Maroc et son soutien controversé à l’ancien régime syrien de Bachar al-Assad. En évitant le sommet de Bagdad, Tebboune cherche à échapper à l’humiliation d’une condamnation collective par ses pairs arabes et à la confrontation embarrassante avec le nouveau président syrien.
Cette stratégie d’évitement par l’auto-victimisation marque cependant un nouveau palier dans l’isolement diplomatique d’Alger. Loin de résoudre les problèmes fondamentaux qui ont conduit à cette situation critique, elle ne fait que confirmer l’incapacité du régime algérien à s’adapter aux nouvelles réalités géopolitiques du monde arabe et à assumer les conséquences de ses choix stratégiques contestés.

I. Un régime face aux sanctions : Les graves transgressions algériennes
B. Les caractéristiques d’une auto-orchestration





