Royal Air Maroc sous pression, Pourquoi Air Algérie est-elle citée ?
Le détail qui interroge dans la charge nigériane contre Royal Air Maroc
Dépêche analytique — Institut Géopolitique Horizons
IGH-DEP-2026-07-0XX (numérotation provisoire — à confirmer selon le registre) — 24 juillet 2026
Le 23 juillet 2026, le directeur des Affaires publiques et de la Protection des consommateurs de la NCAA, Michael Achimugu, publie sur X une charge inhabituellement personnalisée contre Royal Air Maroc, menaçant de pousser à l’arrêt de ses opérations au Nigeria. Parmi les alternatives citées aux passagers figure explicitement Air Algérie, aux côtés d’EgyptAir et d’Ethiopian Airlines. Le contentieux réglementaire est réel et documenté depuis 2025. Mais pourquoi citer précisément Air Algérie — une compagnie dont la desserte du Nigeria n’a ni la densité ni la fréquence de celle de RAM ?
La Nigerian Civil Aviation Authority (NCAA) et Royal Air Maroc (RAM) sont en litige depuis 2024-2025. La compagnie marocaine a été, en 2025, l’une des premières sanctionnées par le régulateur nigérian pour manquements à la protection des consommateurs — bagages « short-landed » sans information rapide, indemnisations de première nécessité non systématiques, plaintes traitées surtout après intervention de la NCAA. Le 23 juillet, Achimugu affirme que ces manquements persistent malgré la sanction, et annonce que son département va recommander l’arrêt des opérations de RAM au Nigeria.
Le ton surprend par sa personnalisation : Achimugu nomme directement le country manager de RAM, Ahmed Boussouf, qu’il accuse d’avoir répondu « Whatever you want to do, do » lors d’un échange avec le régulateur, et évoque les relations Maroc-Nigeria comme un capital que la compagnie ne devrait pas « tenir pour acquis ». Le principe d’une communication publique offensive n’est pas isolé : dès septembre 2025, la NCAA a revendiqué une politique de « naming and shaming » des compagnies en infraction, présentée par l’agence elle-même comme relevant d’une directive du gouvernement fédéral. Ce précédent relativise le caractère exceptionnel du registre employé. Reste inédit, en revanche, le degré de personnalisation autour d’un dirigeant nommément désigné et la citation d’un échange présenté comme privé — une intensité que les prises de parole antérieures d’Achimugu, dirigées contre des compagnies en tant que personnes morales, n’affichaient pas.
Le point qui interroge est ailleurs : « There is nowhere RAM flies to, that people do not have alternatives in Air Algerie, Egypt Air, and Ethiopian. » EgyptAir et Ethiopian sont des choix attendus — grands réseaux panafricains, présence dense au Nigeria. Air Algérie l’est moins : sa desserte directe Alger-Abuja, ouverte en avril 2025, reste d’une fréquence modeste — de l’ordre d’un vol hebdomadaire selon les données ouvertes disponibles, contre plusieurs liaisons hebdomadaires pour RAM vers Lagos et Abuja. Air Algérie ne présente ni la même densité de réseau ni la même fréquence de desserte du Nigeria que Royal Air Maroc. Si l’objectif était de démontrer que les passagers disposent d’alternatives, la question devient : pourquoi citer une compagnie dont la capacité de substitution à RAM est objectivement plus limitée que celle d’EgyptAir ou d’Ethiopian ?
Un élément apporte un début de réponse : Achimugu a personnellement représenté le directeur général de la NCAA lors de l’inauguration de cette ligne Alger-Abuja, en avril 2025. Il connaît donc directement l’implantation d’Air Algérie au Nigeria — une explication opérationnelle plausible à sa citation. Mais cette familiarité n’épuise pas la question : elle explique que le nom lui soit venu naturellement à l’esprit, pas nécessairement pourquoi il a choisi de le mobiliser dans une attaque aussi personnalisée contre une compagnie marocaine.
Cette référence ne constitue pas, en elle-même, une preuve de coordination avec Alger. Mais elle ne peut être totalement dissociée du contexte de rivalité structurelle entre Rabat et Alger, dans lequel toute mention publique d’une compagnie algérienne comme substitut à une compagnie marocaine prend une résonance qui dépasse le strict cadre réglementaire.
Accessoirement, le post intervient quatre jours après la signature, le 19 juillet 2026 à Freetown, de l’accord intergouvernemental du Gazoduc Africain Atlantique (AAGP) par les chefs d’État de la CEDEAO — un projet coporté par le Maroc et le Nigeria. La proximité temporelle ne suffit pas à établir un lien de causalité : le calendrier propre du contentieux NCAA-RAM suffit à expliquer, de façon autonome, le moment de la publication. Aucune source ouverte ne relie les deux dossiers, et aucune réaction algérienne officielle n’a été identifiée. Signal faible à surveiller, non un indice.
FAIT : le conflit NCAA-RAM est réel et documenté depuis 2025. INDICE : Achimugu personnalise fortement l’affrontement et cite explicitement Air Algérie, compagnie dont il connaît directement l’implantation récente au Nigeria. HYPOTHÈSE, non démontrée : cette référence pourrait avoir une portée contextuelle dans le cadre de la rivalité Maroc-Algérie.
Le dossier ne permet pas d’affirmer qu’Alger joue un rôle dans cette séquence. Rien ne l’établit. Mais il permet de constater une chose : dans un affrontement qui aurait pu rester strictement réglementaire, Michael Achimugu a choisi de placer Air Algérie dans le paysage des alternatives à Royal Air Maroc. Dans le contexte des relations maroco-algériennes, ce choix mérite d’être documenté et surveillé.
Le véritable sujet n’est donc pas de savoir si Air Algérie est « derrière » cette affaire — aucune preuve ne le permet — mais de comprendre pourquoi elle a été choisie comme référence par un responsable qui connaît directement son implantation récente au Nigeria.
Une anomalie analytique demeure. Elle tient en trois mots : pourquoi Air Algérie ?
À retenir
— Le contentieux NCAA-RAM (bagages, plaintes, coopération avec le régulateur) est documenté depuis 2025.
— La mention d’Air Algérie n’est pas une preuve de coordination avec Alger, mais elle n’est pas non plus un choix aléatoire : Achimugu a personnellement représenté la NCAA à l’inauguration de la ligne Alger-Abuja en avril 2025.
— Le véritable enjeu est de comprendre pourquoi cette compagnie, dont l’offre reste objectivement plus limitée que celle de RAM, a été explicitement citée dans une prise de parole aussi personnalisée.
Sources : — Punch Nigeria, Premium Times, The Sun Nigeria, allAfrica, The Cable, Telegraph Nigeria (23-24 juillet 2026) — NCAA, communiqué officiel (inauguration Air Algérie Abuja, avril 2025) — Legit.ng, SolaceBase, Tribune Online, PerSecondNews (politique de naming and shaming, septembre 2025) — Rigzone, Atalayar, Flare, EUNews, Zambian Observer, Capmad, NNPC (signature IGA Freetown, 19 juillet 2026) — agrégateurs de vols (fréquences Alger-Abuja, juillet 2026, à recouper avec les grilles horaires officielles).
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