Institut Géopolitique Horizons Madrid-Tanger, 17 avril 2025
La rencontre tenue aujourd’hui à Madrid entre les ministres des Affaires étrangères espagnol José Manuel Albares et marocain Nasser Bourita vient ancrer définitivement la position espagnole sur le dossier du Sahara marocain. Trois ans après le « tournant historique » de la Déclaration Conjointe entre Sa Majesté le Roi Mohammed VI et Pedro Sánchez, Madrid réaffirme sans ambiguïté que « l’initiative d’autonomie est la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend » régional.
Un démenti cinglant aux allégations algériennes
Les déclarations du ministre Albares constituent un démenti cinglant aux affirmations antérieures du ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf. Lors de son interview à Al Jazeera le 28 décembre 2023, ce dernier avait prétendu : « L’Espagne a changé sa position à 180 degrés », en référence au discours de Sánchez à l’ONU en septembre 2023. Le ministre algérien avait alors affirmé que l’Espagne était revenue à une position européenne standard sur le Sahara occidental, ce qui aurait selon lui permis le réchauffement des relations algéro-espagnoles.
La réaffirmation mot pour mot par Albares de la formulation de 2022 démontre que la position espagnole n’a nullement changé, contrairement aux interprétations algériennes. Cette constance confirme que la lecture faite par Alger du discours de Sánchez à l’ONU relevait davantage d’un wishful thinking diplomatique que d’une réalité politique.
Une position structurelle ancrée dans la durée
Cette continuité confirme que la position espagnole n’était pas une décision conjoncturelle mais bien un repositionnement stratégique profond. En maintenant cette ligne malgré les pressions internes et les critiques de certains partis de gauche, le gouvernement Sánchez démontre que ce choix correspond à une vision structurelle des intérêts espagnols dans la région.
Le ministre marocain a souligné que la position espagnole s’inscrit désormais dans un large consensus international : « 22 pays de l’Union Européenne, membres permanents du Conseil de sécurité comme la France et les États-Unis, et de nombreux pays arabes, comme les États du Golfe Pérsique » soutiennent cette approche.
La charge contre les positions « anachroniques »
La déclaration la plus percutante est sans doute la « pique » lancée par le ministre Bourita contre les tenants d’une approche dépassée :“Ceux qui défendent les directives et positions anciennes ne veulent pas d’une solution après 50 ans de problème. Il est très facile d’être à Madrid ou à Stockholm et de dire que ceux qui sont dans les camps depuis cinq décennies doivent y rester et qu’il doit y avoir un référendum, mais si vous étiez dans un camp depuis 50 ans, vous ne diriez pas cela.”
Cette charge, visant implicitement certains milieux politiques espagnols et la position suédoise traditionnellement pro-Polisario (mais aussi la position algérienne) ramène le débat à la dimension humaine d’une situation qui perdure depuis cinq décennies, rejoignant les préoccupations exprimées par De Mistura dans son récent briefing au Conseil de sécurité.
« Le meilleur moment » des relations bilatérales
Les deux ministres ont qualifié les relations hispano-marocaines actuelles comme vivant « le meilleur moment de leur histoire ». Cette caractérisation n’est pas un simple « slogan diplomatique » selon Bourita, mais « la réalité », soulignant que ce rapprochement est devenu un « exemple à suivre ».
Les avancées concrètes sont significatives : augmentation des échanges commerciaux de plus de 7% pour atteindre près de 23 milliards d’euros, ouverture des douanes commerciales de Ceuta et Melilla, renforcement des liaisons maritimes et aériennes, coopération efficace contre l’immigration irrégulière avec une baisse de 5% des arrivées sur les côtes méditerranéennes espagnoles, et démantèlement de plus de 200 réseaux d’immigration illégale.
Une dynamique régionale favorable
Cette rencontre s’inscrit dans un contexte régional particulièrement dynamique. Après le briefing de De Mistura au Conseil de sécurité le 14 avril fixant l’horizon d’octobre 2025 pour des avancées substantielles, et l’émergence de nouvelles formules diplomatiques comme celle inaugurée par la Hongrie le 16 avril, la réaffirmation espagnole renforce la dynamique favorable au Maroc.
La constance espagnole, trois ans après le tournant de 2022, démontre une reconfiguration profonde et durable du paysage diplomatique régional, qui pourrait ouvrir la voie à une résolution définitive de ce conflit à l’approche du cinquantenaire de son inscription à l’agenda des Nations Unies.








