Institut Géopolitique Horizons IGH
No Result
View All Result
  • Login
  • Accueil
  • Actualités
  • Afrique
  • Maghreb
    • Maroc
    • Algérie
    • Sahel
    • Tunisie
    • Libye
    • Mauritanie
  • Documents
    • Communiqués de presse
    • Note d’Orientation Stratégique
  • Monde
  • Podcast
  • Qui sommes-nous?
S'abonner
Mon Compte
  • Accueil
  • Actualités
  • Afrique
  • Maghreb
    • Maroc
    • Algérie
    • Sahel
    • Tunisie
    • Libye
    • Mauritanie
  • Documents
    • Communiqués de presse
    • Note d’Orientation Stratégique
  • Monde
  • Podcast
  • Qui sommes-nous?
No Result
View All Result
Institut Géopolitique Horizons IGH
No Result
View All Result
Accueil Actualités

Mark Schapiro à Alger : Vers une Diplomatie US de la Coercition ?

Institut Géopolitique Horizons by Institut Géopolitique Horizons
17 février 2026
in Actualités, Algérie, Maghreb
Reading Time: 38 mins read
101k
A A
0
Mark Schapiro à Alger : Vers une Diplomatie US de la Coercition ?
INSTITUT GÉOPOLITIQUE HORIZONS
| Note Stratégique IGH-NS-2026-02-017
| Tanger, Maroc
| Février 2026

Mark Schapiro à Alger : Vers une diplomatie US de la coercition ?

Décryptage d’une nomination stratégique et des mécanismes de pression américains en Afrique du Nord

I. SYNTHÈSE EXÉCUTIVE

Le 1er mars 2026, Mark Schapiro prend ses fonctions comme chargé d’affaires permanent à l’ambassade des États-Unis à Alger. Cette nomination, au statut protocolaire volontairement dégradé, marque une rupture dans la diplomatie américaine envers l’Algérie. Washington renonce à nommer un ambassadeur de plein titre, privilégiant un représentant de rang inférieur accrédité auprès du ministre des Affaires étrangères, et non du chef de l’État.

RELATED POSTS

Tunisie : Kaïs Saïed hospitalisé après un incident cardiaque

Maroc-France : Le Royaume, clé de voûte de l’Afrique atlantique

Gaza : le Maroc officialise sa participation à l’ISF

Le signal est sans équivoque : les États-Unis considèrent désormais leurs relations avec Alger comme une gestion de crise institutionnalisée, non plus comme un partenariat stratégique. Cette transformation ne date pas de l’administration Trump. Elle s’inscrit dans un continuum bipartisan dont le cas du diplomate Joshua Harris — nommé ambassadeur en Algérie par Biden en février 2024, jamais confirmé, puis redirigé vers Bagdad en septembre 2025 — constitue l’illustration la plus saisissante. La décision de ne pas envoyer d’ambassadeur de plein titre à Alger reflète un consensus washingtonien transcendant les clivages partisans. Cette transformation s’inscrit également dans une séquence d’escalades algériennes survenues en janvier-février 2026 qui ont probablement précipité la forme définitive de la décision américaine.

Quatre leviers de pression sont activés simultanément :

  • Militaire : menace de sanctions CAATSA sur l’acquisition de chasseurs russes Su-57
  • Religieux : offensive de la Commission américaine sur la liberté religieuse (USCIRF) pour la désignation de l’Algérie comme « Pays particulièrement préoccupant » (CPC)
  • Géopolitique : projet de loi visant à classer le Front Polisario comme organisation terroriste étrangère (FTO)
  • Institutionnel : blocage de la demande algérienne d’adhésion au Board of Peace pour imposer un canal bilatéral exclusif

Trois trajectoires émergent : un compromis négocié préservant un dialogue minimal, une rupture contrôlée avec application de sanctions et rapprochement accru avec Moscou et Pékin, ou un statu quo tendu marqué par une détérioration lente mais continue. Chacune comporte des risques systémiques pour la stabilité du Maghreb et du Sahel.

La présence de Schapiro sera le baromètre de cette crise qui dépasse le cadre bilatéral : elle dessine une reconfiguration des alliances atlantiques en Afrique du Nord et teste un modèle de diplomatie coercitive américaine applicable à d’autres théâtres.

II. LE SIGNAL DIPLOMATIQUE : DÉCRYPTER LA NOMINATION SCHAPIRO

2.1 Une dégradation protocolaire délibérée

La distinction entre un ambassadeur et un chargé d’affaires permanent n’est pas anodine. Elle relève d’un code diplomatique précis, codifié par la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques, qui hiérarchise les représentants en fonction du message politique que les États souhaitent transmettre.

Encadré 1 : Chargé d’Affaires EP vs AI – Le langage des rangs diplomatiques
CritèreChargé d’Affaires Ad Interim (AI)Chargé d’Affaires En Pied (EP)
DuréeTemporaire (jours, semaines, mois)Permanent / Indéterminé
StatutRemplace l’ambassadeur absentRemplace le poste d’ambassadeur lui-même
AccréditationSimple notification au MinistèreLettres de Cabinet au Ministre des AE
Message politiqueNormalité / Gestion techniqueTension / Dégradation diplomatique
PréséanceAprès tous ambassadeurs et EPAprès ambassadeurs, avant AI
Exemple AlgerRyan Palsrok (janvier-février 2026)Mark Schapiro (dès 1er mars 2026)

Précédents historiques :

  • Bolivie (depuis 2008) : Suite à l’expulsion de l’ambassadeur Philip Goldberg, Washington maintient un chargé d’affaires permanent pour marquer sa désapprobation du gouvernement d’Evo Morales
  • Venezuela (2010-2019) : Relations maintenues au niveau des chargés d’affaires avant rupture totale
  • Tunisie (2022) : Natasha Franceschi nommée chargée d’affaires dans un contexte de tensions post-25 juillet

L’utilisation d’un chargé d’affaires permanent signale que Washington considère la relation avec Alger comme étant en phase de gestion de contentieux, non de coopération stratégique. Le refus d’envoyer un ambassadeur accrédité auprès du président algérien constitue un déni protocolaire : les États-Unis ne souhaitent pas accorder la légitimité symbolique qui accompagne les lettres de créance présidentielles.

2.2 Profil et mission de Mark Schapiro

Le choix de Mark Schapiro n’est pas celui d’un diplomate de carrière traditionnel, mais d’un expert du terrain algérien aux compétences sécuritaires avérées.

Parcours :

  • Political Officer, Ambassade des États-Unis à Alger (2007-2009) : connaissance directe des réseaux décisionnels algériens et des dynamiques politiques internes
  • Postes antérieurs : Bagdad, Tunis, Malte — tous des théâtres de crise ou de transitions sécuritaires sensibles
  • Compétences linguistiques : français et arabe courants, permettant des négociations directes sans intermédiaires
  • Spécialisation : affaires de défense et sécuritaires, avec une expertise sur les partenariats militaires et les dynamiques régionales sahéliennes

Cette nomination intervient après le départ de Ryan Palsrok, chargé d’affaires ad interim depuis janvier 2026. La transition d’un AI temporaire vers un EP permanent confirme que Washington n’envisage pas de retour à la normale diplomatique à court terme.

La mission de Schapiro dépasse largement la représentation diplomatique classique. Il est mandaté pour notifier des lignes rouges, conduire des négociations sous contrainte et gérer l’application potentielle de sanctions. Son profil sécuritaire et sa maîtrise du contexte algérien en font un « technicien de la pression », non un ambassadeur bâtisseur de ponts.

2.3 Le cas Joshua Harris : révélateur d’un continuum bipartisan

Un élément d’analyse majeur éclaire la profondeur de la dégradation diplomatique américaine envers l’Algérie : elle ne date pas de l’arrivée de Trump au pouvoir. Elle s’inscrit dans un continuum bipartisan initié dès l’administration Biden, dont le cas du diplomate Joshua Harris constitue la démonstration la plus éloquente.

La nomination avortée (2024)

Le 29 février 2024, le président Biden nomme officiellement Joshua M. Harris comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire des États-Unis en Algérie, en remplacement d’Elisabeth Moore Aubin. Son profil est d’une stature remarquable :

  • Poste au moment de la nomination : Deputy Assistant Secretary of State (Sous-secrétaire d’État adjoint) pour les affaires nord-africaines, responsable de la diplomatie américaine envers l’Algérie, l’Égypte, la Libye, le Maroc et la Tunisie
  • Compétences linguistiques : arabe, français, italien, croate, polonais et slovène
  • Statut : Membre de carrière du Senior Foreign Service, rang de Conseiller

Sa nomination fait l’objet d’une audition de confirmation devant le Comité des relations étrangères du Sénat le 13 juin 2024 (Nomination PN1475). Puis, rien. La nomination est retournée au Président en fin de session du Congrès, sans confirmation sénatoriale. L’Algérie n’obtient pas l’ambassadeur pourtant désigné pour elle.

Encadré 2 : Le cas Harris — Anatomie d’un continuum de dégradation (2022-2026)
DateÉvénementSignal diplomatique
Fév. 2022Elisabeth Moore Aubin prend ses fonctions d’ambassadriceReprésentation normale (Biden)
29 fév. 2024Biden nomme Joshua Harris ambassadeur en AlgérieVolonté affichée de représentation de haut niveau
13 juin 2024Hearing de Harris devant le Sénat (PN1475)Processus engagé sans aboutissement
Fin 2024Nomination retournée sans confirmationPremier signal de blocage bipartisan
Juillet 2025Harris revient à Alger comme DAS (pas ambassadeur), accompagnant Massad BoulosDéclassement symbolique assumé
2 sept. 2025Harris nommé Chargé d’Affaires a.i. à Bagdad (Irak)Redirection vers un théâtre prioritaire — Alger dépriorisé
Déc. 2025Aubin limogée par Trump (purge des 29 ambassadeurs)Rupture institutionnalisée
1er mars 2026Schapiro arrive comme chargé d’affaires permanent (EP)Confirmation : Alger sous régime de coercition

La redirection vers Bagdad : un message stratégique

La suite du parcours de Harris est particulièrement révélatrice. En juillet 2025, il revient à Alger — non pas comme ambassadeur, mais dans son ancien rôle de Sous-secrétaire d’État adjoint — pour accompagner Massad Boulos, conseiller senior de Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient. Ce retour à un rang inférieur à celui pour lequel il avait été nommé constitue un déclassement symbolique qui n’a pas échappé aux observateurs algériens.

Le 2 septembre 2025, Harris est nommé Chargé d’Affaires par intérim à Bagdad, dans un contexte hautement sensible : début du retrait des troupes de la coalition internationale d’Irak (22 août 2025) et tensions liées à l’influence iranienne. Le diplomate qui devait être ambassadeur en Algérie est réorienté vers le dossier irakien, théâtre jugé autrement plus stratégique dans la vision trumpiste. Alger est rétrogradée dans les priorités américaines.

Lecture analytique IGH : le consensus washingtonien

Ce séquençage révèle que la décision de ne pas envoyer d’ambassadeur en Algérie transcende les clivages partisans :

  • Sous Biden : La nomination de Harris est initiée mais délibérément laissée sans confirmation sénatoriale. C’est un signal à Alger sans rupture officielle — une pression feutrée, caractéristique du style diplomatique de l’ère Biden
  • Sous Trump : La décision est assumée et institutionnalisée. On envoie Schapiro, un EP au profil coercitif, non un ambassadeur politique. La rupture est actée
  • La redirection de Harris vers Bagdad est le symbole le plus fort : Washington dispose des ressources diplomatiques pour Alger mais choisit délibérément de les mobiliser ailleurs — substituant à un ambassadeur polyglotte de haut rang un chargé d’affaires à mission de contrainte

Cette continuité bipartisane renforce considérablement l’analyse : la dégradation de la représentation américaine à Alger n’est pas une sanction ponctuelle trumpiste. Elle reflète un consensus washingtonien — traversant démocrates et républicains — sur la nécessité de contraindre l’Algérie à réviser ses positions sur les dossiers critiques. La forme diffère (persuasion sous Biden, coercition sous Trump), mais le fond est identique : Alger doit changer.

2.4 Chronologie de la dégradation

La nomination de Schapiro s’inscrit dans une séquence d’escalade progressive des tensions algéro-américaines, marquée par des ruptures successives depuis la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara en décembre 2020.

DateÉvénementImpact bilatéral
Décembre 2020Reconnaissance US de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidentalRupture de confiance algéro-américaine
Novembre 2024Élection de Donald Trump, promesse de « règlement définitif » du dossier saharienPression accrue sur Alger
21 décembre 2025Rappel de 29 ambassadeurs américains de carrière (dont Alger, Sénégal, Gabon, Niger)Dégradation protocolaire officielle
13 janvier 2026Audition USCIRF : témoignage du pasteur Nourredine BenzidActivation du levier religieux
Janvier-février 2026Accumulation de signaux algériens (Madrid, Figuig, match Polisario, répression kabyle)Précipitation probable de la décision américaine
3 février 2026Audition de Robert Palladino devant le Sénat (menace CAATSA)Activation du levier militaire
8-9 février 2026Réunion de Madrid sur le Sahara (USA, Maroc, Algérie, Polisario, Mauritanie)Isolement diplomatique algérien
1er mars 2026Arrivée de Mark Schapiro comme chargé d’affaires permanentConfirmation d’une diplomatie de coercition

III. SIGNAUX FAIBLES ET ESCALADES : LES FACTEURS DÉCLENCHEURS

Au-delà des contentieux structurels (Sahara, relations avec Moscou), une série d’événements survenus en janvier-février 2026 a probablement pesé de manière décisive sur la décision américaine de nommer un chargé d’affaires permanent plutôt qu’un ambassadeur. Ces signaux, pris isolément, pourraient sembler anecdotiques. Cumulés, ils révèlent une stratégie algérienne d’escalade contrôlée qui a convaincu Washington qu’Alger ne négocierait que sous contrainte maximale.

3.1 Le « déni » algérien de la réunion de Madrid (8-9 février 2026)

La réunion de Madrid, organisée sous l’égide des États-Unis, a réuni les parties prenantes du conflit saharien : Maroc, Algérie, Front Polisario et Mauritanie. Elle visait à poser les bases d’un processus accéléré de résolution du conflit sur la base du plan d’autonomie marocain, désormais présenté par Washington comme « la seule base réaliste » de négociation.

La position algérienne :

  • Participation confirmée du ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf
  • Aucun communiqué officiel du ministère algérien des Affaires étrangères post-réunion
  • Refus d’une photo commune avec la délégation marocaine, signalant l’absence de normalisation politique
  • Couverture médiatique minimale et défensive : El Watan (12 février) titre sobrement « Rencontre diplomatique de Madrid sur le Sahara occidental : le peuple sahraoui défend ses droits légitimes », sans mention d’accord ou de feuille de route

Lecture américaine : Ce silence stratégique est interprété à Washington comme une obstruction délibérée au processus. Selon des sources diplomatiques, l’ambassadeur algérien aurait demandé un nouveau délai à l’administration américaine pour « étudier les propositions », une posture perçue comme dilatoire. Cette approche a « agacé » les négociateurs américains qui considèrent que l’Algérie use de tactiques d’évitement plutôt que de s’engager constructivement.

3.2 Recherche d’escalade avec le Maroc : incidents frontaliers de Figuig

Entre le 2 et le 4 février 2026, soit 4 à 6 jours avant la réunion de Madrid, des incidents inhabituels ont été rapportés dans la région frontalière de Figuig, à l’est du Maroc.

Chronologie des tensions :

2 février 2026 : Des tirs en l’air sont entendus près d’exploitations agricoles marocaines dans la province de Figuig. Ces tirs, attribués à des forces algériennes, créent une atmosphère de tension dans une zone où les populations vivent traditionnellement de l’agriculture transfrontalière.

4 février 2026 : Déploiement militaire algérien à Ksar Ich. Des habitants locaux et des sources marocaines rapportent :

  • Installation unilatérale de bornes en pierre le long du tracé frontalier, dépassant parfois la ligne de démarcation reconnue
  • Incursions perçues comme des provocations, avec présence militaire visible au-delà des positions habituelles
  • Incendies de zones végétalisées, affectant des parcelles agricoles exploitées par des Marocains

Contexte et réaction :

  • Ces incidents interviennent dans un contexte de fermeture de la frontière depuis 1994 et de rupture diplomatique de 2021
  • L’Algérie invoque l’accord frontalier de 1972 pour justifier une « matérialisation » de la frontière
  • Réponse marocaine : les autorités marocaines observent un silence officiel, adoptant une posture de « vigilance retenue » pour éviter l’escalade

Lecture américaine : Le timing de ces incidents — immédiatement avant Madrid — suggère une provocation calculée visant à créer une diversion ou à démontrer une capacité d’escalade. Washington y voit une tentative de l’Algérie de montrer qu’elle dispose de leviers de pression propres et qu’elle peut déstabiliser le Maroc si les pressions continuent.

3.3 Mise en scène médiatique : exploitation du gisement de Gara Djebilet

Au même moment, l’Algérie a intensifié sa communication sur le projet d’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet, situé dans le Sahara algérien, près de la frontière mauritanienne et non loin de la zone sous contrôle marocain.

Le dossier :

  • Gara Djebilet est présenté comme l’un des plus importants gisements de fer inexploités au monde (réserves estimées à plusieurs milliards de tonnes)
  • Des annonces médiatiques relayées par l’agence officielle APS font état d’une exploitation « imminente » et de partenariats internationaux en cours de finalisation
  • Le projet est mis en avant comme symbole de la souveraineté algérienne sur ses territoires sahariens

Timing stratégique : Ces annonces interviennent dans la période post-Madrid, au moment précis où Washington et Rabat intensifient leur pression sur le dossier du Sahara occidental. La mise en scène médiatique du projet Gara Djebilet apparaît comme un signal de défiance : l’Algérie affirme sa capacité à valoriser ses propres ressources sahariennes et rejette implicitement toute remise en cause de sa souveraineté territoriale.

Lecture américaine : Cette communication est perçue comme une réponse indirecte à la pression sur le Sahara occidental. En affichant sa souveraineté sahарienne, Alger cherche à créer une symétrie avec le dossier marocain et à complexifier le narratif américain d’un « règlement définitif » du conflit.

3.4 Soft power séparatiste : le match Alger-Polisario (13 février 2026)

Le 13 février 2026, soit cinq jours après la réunion de Madrid et seize jours avant l’arrivée prévue de Schapiro, un match de gala a été organisé au stade Nelson-Mandela de Baraki (Alger) entre la « sélection du Sahara occidental » et les anciens internationaux algériens.

L’événement :

  • Cadre officiel : stade national, couverture par l’agence de presse officielle APS
  • Présence protocolaire : ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en Algérie, Khatri Adouh Khatri, et président de la Fédération de football de la RASD, Ahmed Baba Yahia Bouhabini
  • Communication officielle : APS présente l’événement comme une « initiative sportive et humanitaire » soulignant « l’attachement du peuple sahraoui à son identité et son droit à l’autodétermination »

Signification politique :

Cet événement sportif n’est pas une simple rencontre amicale. Il constitue un acte de soft power délibéré : en accueillant officiellement la « sélection sahraouie » dans un stade national avec protocole d’État, l’Algérie réaffirme publiquement son soutien au Polisario et à la RASD, cinq jours seulement après avoir été contrainte d’assister à une réunion où le plan d’autonomie marocain était présenté comme « la seule base réaliste ».

Timing stratégique : L’organisation de ce match intervient dans un moment de haute tension. C’est une réponse symbolique à Madrid : malgré les pressions américaines et marocaines, Alger démontre qu’elle ne renonce pas à son soutien au Polisario et qu’elle dispose de l’espace politique interne pour maintenir cette position.

Lecture américaine : Washington y voit une provocation délibérée et un signal clair qu’Alger n’a pas l’intention de « courber l’échine » face aux pressions. L’événement conforte la perception américaine selon laquelle l’Algérie ne modifiera sa position que si elle y est contrainte par des moyens plus coercitifs.

3.5 Répression interne : le cas du jeune kabyle au maillot marocain

Dans le même temps, la justice algérienne a confirmé en appel une peine d’un an de prison ferme contre un jeune homme kabyle pour avoir revêtu et arboré publiquement le maillot de l’équipe nationale marocaine de football.

Les faits :

  • Le jeune homme a été poursuivi pour « atteinte à l’unité nationale » et « apologie de faits contraires aux valeurs algériennes »
  • La condamnation a été prononcée dans un contexte de répression accrue contre les expressions identitaires kabyles
  • Cette affaire a été relayée par les réseaux militants kabyles et par la Christian Kabyle Coalition aux États-Unis

Contexte de la répression identitaire :

Ce cas individuel s’inscrit dans une dynamique plus large de criminalisation des expressions identitaires kabyles. Le port d’un maillot marocain en Kabylie peut être interprété comme un geste de défiance envers l’État algérien, particulièrement dans un contexte où le Maroc est perçu comme un adversaire régional. Toutefois, la sévérité de la peine (un an de prison pour un acte vestimentaire) révèle le degré de crispation du pouvoir algérien face à toute manifestation d’autonomie ou de dissidence identitaire.

Lecture américaine :

Cette affaire alimente directement le dossier de la Christian Kabyle Coalition auprès de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF). Elle renforce le narratif selon lequel l’Algérie mène une répression systémique contre les minorités, non seulement sur le plan religieux (fermeture des églises protestantes), mais aussi sur le plan identitaire et culturel. La convergence de cette affaire avec les auditions de janvier 2026 renforce la pression sur l’administration américaine pour qu’elle agisse.

Encadré 2 : L’exaspération américaine — Une accumulation de signaux

L’ensemble de ces événements — le « déni » de Madrid, les provocations frontalières à Figuig, la mise en scène de Gara Djebilet, le match avec le Polisario, la répression du jeune kabyle — forment un faisceau de signaux qui a probablement convaincu Washington qu’Alger adoptait une stratégie d’obstruction et d’escalade contrôlée.

Pour les décideurs américains, ces actes démontrent que le pouvoir algérien :

  • Ne négociera pas de bonne foi sur le dossier saharien
  • Dispose de leviers d’escalade régionale (frontière avec le Maroc)
  • Maintient une répression interne incompatible avec les valeurs américaines
  • Utilise le soft power pour contrer les pressions diplomatiques

La nomination de Mark Schapiro comme chargé d’affaires permanent devient alors l’instrument d’une diplomatie de l’ultimatum : puisque Alger ne répondra pas à la persuasion, il faut passer à la contrainte opérationnelle, incarnée par un représentant au statut dégradé, mais aux compétences sécuritaires avérées et à la connaissance du terrain algérien.

IV. ARCHITECTURE DE LA PRESSION : QUATRE LEVIERS SIMULTANÉS

La nomination de Schapiro s’accompagne de l’activation simultanée de quatre leviers de pression américains, chacun relevant d’un cadre juridique ou institutionnel distinct, mais tous convergent vers un même objectif : contraindre l’Algérie à modifier ses positions sur trois dossiers critiques (relations militaires avec la Russie, liberté religieuse, Sahara occidental).

4.1 Levier militaire : La menace CAATSA

Le premier levier, et probablement le plus lourd de conséquences immédiates, concerne l’acquisition par l’Algérie de chasseurs russes Su-57, avions de cinquième génération à capacité furtive.

Le dossier Su-57

Depuis 2023, l’Algérie négocie avec la Russie l’acquisition d’une flotte de Su-57, marquant une montée en gamme de son arsenal militaire déjà largement dépendant de l’équipement russe (environ 80% de l’armement algérien est d’origine soviétique ou russe). Ces chasseurs furtifs représentent un saut technologique majeur et renforceraient significativement les capacités aériennes algériennes dans un contexte régional de course aux armements avec le Maroc.

Le 3 février 2026, lors d’une audition devant le Sénat américain, Robert Palladino, haut fonctionnaire du Bureau des Affaires du Proche-Orient au Département d’État, a formellement déclaré que cette acquisition « pourrait déclencher une détermination de sanctions » en vertu de la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act).

Encadré 3 : Qu’est-ce que la loi CAATSA ?

CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) est une loi américaine adoptée en 2017 visant à sanctionner les transactions militaires substantielles avec la Russie, l’Iran et la Corée du Nord. La Section 231 de la loi impose au Président des États-Unis de choisir au moins cinq mesures parmi une liste de douze sanctions contre toute personne ou entité réalisant des « transactions significatives » avec le secteur de la défense ou du renseignement russe.

Conséquences possibles pour l’Algérie :

  • Interdiction de transferts technologiques : blocage de toute vente de composants électroniques ou de logiciels de défense américains
  • Sanctions financières ciblées : gel des avoirs aux États-Unis des responsables de l’acquisition d’armements
  • Exclusion du système financier international : restriction ou interdiction d’accès au système SWIFT et aux transactions en dollars pour certaines entités algériennes
  • Suspension de la coopération sécuritaire : fin des programmes de renseignement partagé et de coopération antiterroriste dans le Sahel

La mission de Schapiro consiste à gérer la « détermination » de ces sanctions. Concrètement, il doit :

  • Notifier officiellement aux autorités algériennes que l’acquisition du Su-57 franchit une ligne rouge
  • Transmettre les avertissements du Trésor américain sur les conséquences financières
  • Négocier, si possible, un report ou une annulation de la commande en échange d’une exemption CAATSA
  • Préparer, en cas de refus algérien, l’application des sanctions de manière chirurgicale pour minimiser les dommages collatéraux sur la coopération sécuritaire sahélienne

4.2 Levier religieux : L’offensive USCIRF

Le second levier repose sur l’instrumentalisation du dossier de la liberté religieuse, particulièrement la situation des chrétiens kabyles et la fermeture systématique des églises protestantes en Algérie.

Le témoignage de Nourredine Benzid (13 janvier 2026)

Le 13 janvier 2026, la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) a organisé une audition publique au cours de laquelle le pasteur kabyle Nourredine Benzid a témoigné des persécutions subies par les chrétiens protestants en Algérie.

État des lieux au 1er janvier 2026 :

  • 47 églises de l’Église Protestante d’Algérie (EPA) fermées par les autorités depuis 2017
  • 100% des églises de Kabylie sont désormais closes, la région étant particulièrement ciblée en raison de son identité berbère et de son autonomisme latent
  • Utilisation de l’Ordonnance 06-03 qui réglemente les cultes non-musulmans et exige une autorisation administrative préalable, systématiquement refusée ou révoquée
  • Criminalisation via l’Article 87 bis du Code pénal (anti-terrorisme), utilisé pour poursuivre des pasteurs et des convertis

Le pasteur Benzid a documenté des cas de harcèlement judiciaire, d’intimidation policière et de révocation de pensions (cas de Slimane Bouhafs, converti enlevé en Tunisie et rapatrié en Algérie, dont la pension de retraite a été révoquée en 2025).

La Christian Kabyle Coalition : une stratégie de lobbying

Derrière ce témoignage se trouve une structure de lobbying sophistiquée : la Christian Kabyle Coalition, représentée par l’avocate Elisabeth R. Myers du cabinet Strategix Legal. Cette coalition est enregistrée auprès du Département de la Justice américain dans le cadre du Foreign Agents Registration Act (FARA), ce qui lui confère une légitimité institutionnelle pour mener des actions de lobbying.

Acteurs et stratégie :

  • Sollicitations politiques directes : En février 2025, la Coalition a contacté Paula White-Cain, conseillère religieuse de Donald Trump, puis en mai 2025, le Secrétaire d’État Marco Rubio
  • Objectif déclaré : obtenir la désignation de l’Algérie comme « Pays particulièrement préoccupant » (CPC) en matière de liberté religieuse
  • Lien avec le mouvement autonomiste kabyle : la Coalition entretient des liens documentés avec le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), une organisation indépendantiste classée comme « terroriste » par Alger
Encadré 4 : Le statut CPC et ses implications

La désignation comme « Country of Particular Concern » (CPC) est prévue par l’International Religious Freedom Act (IRFA) de 1998. Cette loi oblige le Département d’État à désigner chaque année les pays qui se livrent à des « violations systématiques, continues et flagrantes » de la liberté religieuse.

Conséquences de la désignation CPC :

  • Sanctions économiques obligatoires : Le Président doit choisir au moins une mesure parmi une liste comprenant des restrictions sur l’aide étrangère, des interdictions de licences d’exportation, ou des sanctions financières ciblées
  • Suspension de l’assistance non-humanitaire
  • Application de sanctions « Magnitsky » : gel des avoirs et interdiction de visa pour les responsables individuels de la répression religieuse (membres du ministère de l’Intérieur, responsables de la sécurité)
  • Dégradation de l’image internationale : stigmatisation diplomatique qui complique les relations avec les investisseurs occidentaux

L’Algérie figure actuellement sur la « Special Watch List » de l’USCIRF, statut intermédiaire qui signale des préoccupations sérieuses sans déclencher de sanctions automatiques. Le passage au statut CPC constituerait une escalade majeure.

La mission de Schapiro sur ce dossier consiste à :

  • Intégrer les revendications de la Coalition dans les entretiens bilatéraux avec le ministère des Affaires étrangères algérien
  • Exiger la réouverture d’églises protestantes, en particulier en Kabylie, comme condition d’une normalisation des relations
  • Évaluer la volonté du pouvoir algérien de faire des concessions symboliques (libération de prisonniers de conscience, assouplissement de l’Ordonnance 06-03)
  • Préparer, en cas de refus, les recommandations pour une désignation CPC lors de la revue annuelle de l’USCIRF

4.3 Levier géopolitique : Le dossier saharien

Le troisième levier concerne directement le cœur du contentieux régional : le conflit du Sahara occidental et le soutien algérien au Front Polisario.

Le projet de loi FTO Polisario

Plusieurs parlementaires américains, dont Joe Wilson (Républicain, Caroline du Sud) et Jimmy Panetta (Démocrate, Californie), ont déposé un projet de loi visant à classer le Front Polisario comme Foreign Terrorist Organization (FTO), une désignation qui criminaliserait tout soutien matériel ou financier à cette organisation.

Argumentation du projet de loi :

  • Liens allégués avec l’Iran et le Hezbollah : transferts d’armes, formations militaires
  • Activités de déstabilisation régionale : attaques contre des positions marocaines, contrôle de territoires hors de l’autorité de l’État
  • Financement opaque : réseaux de trafic (armes, drogue, migrants) dans le Sahel

Implications pour l’Algérie :

Si le Polisario est désigné comme FTO, l’Algérie, qui héberge les dirigeants du mouvement dans les camps de Tindouf et leur apporte un soutien logistique et diplomatique, se trouverait dans une position juridique intenable :

  • Criminalisation du soutien : Toute aide matérielle, financière ou logistique au Polisario deviendrait passible de sanctions américaines
  • Pression bancaire : Les institutions financières algériennes pourraient être soumises à une surveillance accrue du Trésor américain pour vérifier qu’elles ne facilitent pas des transactions liées à une entité terroriste désignée
  • Restriction d’accès au dollar et au système SWIFT : pour des transactions spécifiques liées au soutien au Polisario

La question du Sahara post-Madrid

La réunion de Madrid du 8-9 février 2026 a marqué un tournant : pour la première fois, les États-Unis ont réuni les parties prenantes (y compris l’Algérie) pour affirmer que le plan d’autonomie marocain sous souveraineté marocaine constitue « la seule base réaliste » de résolution du conflit. Le silence algérien post-Madrid et le refus d’une photo commune avec la délégation marocaine signalent un rejet de cette position, mais sans capacité de blocage effectif.

La mission de Schapiro consiste à :

  • Contraindre l’Algérie à s’engager « de bonne foi » dans le processus post-Madrid
  • Mettre fin aux demandes répétées de « délais » perçues comme de l’obstruction
  • Préparer le terrain pour une pression accrue lors de la réunion de mi-mandat de la MINURSO en avril 2026, où les rapports du Chef de la MINURSO et de l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pourraient être utilisés pour imposer de nouvelles orientations

4.4 Levier institutionnel : Le blocage du Board of Peace

Le quatrième levier, moins médiatisé mais tout aussi stratégique, concerne une manœuvre institutionnelle autour du Board of Peace, une nouvelle instance de médiation internationale créée par l’administration Trump.

La saisine de l’ANAVAD et la demande algérienne

Fin janvier 2026, l’ANAVAD (Gouvernement provisoire kabyle en exil), via le cabinet de conseil Roberts Consulting Group, a saisi le Board of Peace pour demander une médiation internationale dans le conflit entre la Kabylie et l’État algérien. Cette saisine, première du genre pour cet organe, présente des griefs historiques, juridiques et humanitaires : négation de l’identité kabyle, répression systématique (fermeture des églises, arrestations de militants), et violations des droits fondamentaux.

Face à cette initiative, l’Algérie a tenté une contre-manœuvre : demander à rejoindre le Board of Peace elle-même. L’objectif était clair : en devenant membre de l’instance, Alger aurait obtenu un droit de veto interne sur l’examen de la saisine kabyle, la rendant « non recevable » ou « hors mandat ».

La fonction « bouchon » de Schapiro

La nomination de Mark Schapiro comme chargé d’affaires permanent constitue une réponse institutionnelle à cette tentative algérienne. En imposant un canal bilatéral exclusif États-Unis-Algérie, Washington rend la demande d’adhésion algérienne au Board of Peace « sans objet ».

Demande algérienne (adhésion Board of Peace)
↓
[Bloquée par Schapiro]
↓
Canal bilatéral exclusif US-Algérie
↓
Pression maximale, pas d’échappatoire multilatérale

Implications :

  • L’Algérie ne peut plus multilatéraliser le conflit en obtenant un siège dans une instance de médiation
  • La saisine kabyle reste active sans possibilité de veto algérien
  • Washington impose un face-à-face bilatéral où il contrôle totalement l’agenda et les termes du dialogue

La réunion inaugurale du Board of Peace, prévue le 19 février 2026 à Washington, se concentrera sur la reconstruction de Gaza et d’autres théâtres prioritaires (Ukraine, Moyen-Orient). Toutefois, l’inclusion potentielle de la question kabyle lors de sessions ultérieures reste une épée de Damoclès au-dessus du pouvoir algérien.

DossierOutil de pressionObjectif de SchapiroÉchéance critique
MilitaireLoi CAATSA (Section 231)Annulation ou report de la commande Su-57Mars 2026
ReligieuxStatut CPC (IRFA)Réouverture d’églises protestantes EPA, en particulier en KabylieAvril 2026 (revue annuelle USCIRF)
SaharaDésignation FTO PolisarioAcceptation du plan d’autonomie marocain comme « seule base réaliste »Avril 2026 (réunion mi-mandat MINURSO)
InstitutionnelBlocage adhésion Board of PeaceReconnaissance du canal bilatéral US comme exclusifFévrier 2026 (réunion inaugurale BoP)

V. ANALYSE DE RISQUE : TROIS TRAJECTOIRES POSSIBLES

L’arrivée de Mark Schapiro à Alger ouvre une phase de haute incertitude stratégique. Les choix du pouvoir algérien dans les semaines et mois à venir détermineront quelle trajectoire prendra la relation bilatérale. Trois scénarios principaux se dessinent, chacun porteur de risques distincts pour la stabilité régionale.

Scénario 1 : Compromis négocié

Dans ce scénario, l’Algérie accepte de faire des concessions partielles sur les dossiers critiques en échange d’un allègement de la pression américaine. Ce compromis préserverait l’essentiel de la relation bilatérale tout en permettant à Washington d’afficher des résultats tangibles.

Variables critiques

  • Report ou limitation de la commande Su-57 : Alger pourrait annoncer un « report » de la livraison des chasseurs russes, invoquant des contraintes budgétaires ou techniques, tout en maintenant en théorie la possibilité d’une acquisition ultérieure. Une autre option serait de limiter le nombre d’appareils commandés (par exemple, passer de 14 à 6 unités) pour réduire le caractère « substantiel » de la transaction au sens de CAATSA
  • Ouverture symbolique sur les églises : Réouverture de 2 à 3 églises protestantes en Kabylie, présentée comme un geste de « bonne volonté » et de respect de la diversité religieuse, sans pour autant abroger l’Ordonnance 06-03 ni modifier la législation de fond
  • Engagement de « dialogue de bonne foi » sur le Sahara : Participation constructive aux réunions onusiennes sans reconnaissance formelle du plan d’autonomie marocain, mais avec un engagement à ne plus « bloquer » le processus et à explorer des « compromis pragmatiques »
  • Maintien de la coopération sécuritaire sahélienne : Préservation des canaux de renseignement et de coopération antiterroriste avec les États-Unis, élément essentiel pour Washington dans un contexte de retrait français du Sahel

Implications

Pour les États-Unis : Ce scénario permettrait d’éviter une rupture totale avec un partenaire sahélien important tout en affichant des résultats sur les dossiers prioritaires (réduction de l’influence russe, progrès sur les droits religieux, dynamisation du processus saharien).

Pour l’Algérie : Le pouvoir pourrait présenter ces concessions comme des ajustements tactiques plutôt que des capitulations stratégiques. Toutefois, le risque interne est majeur : toute perception de « soumission » aux exigences américaines pourrait fragiliser un régime qui tire une partie de sa légitimité de sa posture de défense de la souveraineté nationale.

Risque principal

Déstabilisation interne : Les élites nationalistes (armée, services de renseignement, anciens combattants) et l’opinion publique pourraient percevoir ces concessions comme une « capitulation » face aux pressions occidentales. Cela pourrait nourrir une contestation interne et affaiblir le président Tebboune, déjà confronté à des défis économiques (inflation, chômage, réserves de change en baisse).

Indicateurs à surveiller

  • Annonces officielles concernant les contrats militaires avec la Russie (report, annulation, ou confirmation des livraisons)
  • Déclarations du ministère des Affaires étrangères algérien après les premiers entretiens avec Schapiro
  • Position algérienne lors de la réunion de mi-mandat de la MINURSO en avril 2026
  • Réouverture effective d’églises protestantes et communication gouvernementale sur ce geste

Scénario 2 : Rupture contrôlée

Dans ce scénario, l’Algérie refuse de céder sur les dossiers critiques, privilégiant une posture de résistance et d’affirmation de souveraineté. Les États-Unis appliquent alors les sanctions annoncées, entraînant une dégradation rapide et profonde des relations bilatérales.

Variables critiques

  • Maintien de l’acquisition du Su-57 : Alger confirme la livraison des chasseurs russes, présentant ce choix comme un exercice de sa souveraineté en matière de défense nationale
  • Refus de concessions sur la liberté religieuse : Le pouvoir algérien maintient la fermeture des églises protestantes et continue d’appliquer l’Ordonnance 06-03, qualifiant les pressions américaines d' »ingérence dans les affaires intérieures »
  • Durcissement de la position sur le Sahara : Réaffirmation du soutien inconditionnel au Front Polisario et rejet catégorique du plan d’autonomie marocain
  • Sanctions CAATSA appliquées : Le Trésor américain gèle les avoirs de responsables militaires algériens, restreint l’accès de certaines entités algériennes au système SWIFT et au dollar, et suspend la coopération technologique dans le secteur de la défense

Implications

Pour l’Algérie :

  • Crise économique : Exclusion partielle du système financier international, difficulté à honorer les contrats d’exportation de gaz et de pétrole, inflation galopante, pénurie de devises étrangères
  • Rapprochement accéléré avec Moscou et Pékin : L’Algérie compenserait la rupture avec Washington en intensifiant ses partenariats avec la Russie (militaire) et la Chine (économique, infrastructures). Toutefois, ces partenaires ne peuvent remplacer intégralement l’accès aux technologies occidentales et aux marchés américains
  • Fermeture totale des espaces civiques internes : Répression accrue contre les minorités religieuses et ethniques, les militants des droits humains, et les voix critiques, présentée comme une défense contre « l’ingérence étrangère »

Pour la région :

  • Déstabilisation du Sahel : La rupture de la coopération sécuritaire algéro-américaine créerait un vide de renseignement et de coordination dans la lutte antiterroriste sahélienne, favorisant l’expansion de groupes comme Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et l’État islamique au Grand Sahara
  • Vague migratoire vers l’Europe : L’effondrement économique algérien pourrait déclencher une migration massive de jeunes Algériens vers l’Europe méditerranéenne (Espagne, Italie, France), déstabilisant les équilibres politiques européens

Risque principal

Effondrement de l’État algérien : Un État fragilisé par les sanctions, isolé internationalement et confronté à une crise économique majeure pourrait ne plus être en mesure de maintenir l’ordre interne. Cela ouvrirait la voie à des troubles sociaux, à une fragmentation territoriale (autonomisme kabyle, tensions sahariennes) et à une expansion du terrorisme dans le Sud.

Indicateurs à surveiller

  • Date de livraison des premiers Su-57 et tracking satellitaire des bases aériennes algériennes
  • Annonces officielles du Trésor américain concernant les sanctions (publication au Federal Register)
  • Visites de haut niveau de responsables algériens à Moscou ou Pékin
  • Évolution des réserves de change de la Banque d’Algérie (publiées trimestriellement)
  • Incidents sécuritaires dans le Sahel (nombre, intensité, zones géographiques)

Scénario 3 : Statu quo tendu

Dans ce scénario, ni compromis ni rupture : les deux parties maintiennent un dialogue minimal sans percée significative. La relation se dégrade lentement mais ne se rompt pas totalement, créant une situation d’incertitude prolongée.

Variables critiques

  • Dialogue minimal entre Schapiro et le ministère des Affaires étrangères algérien : Des réunions régulières ont lieu, mais sans avancées concrètes. Chaque partie campe sur ses positions
  • Ni sanctions ni concessions majeures : Washington reporte l’application de sanctions CAATSA « dans l’attente d’une évaluation finale », tandis qu’Alger évite les provocations ouvertes mais ne fait aucun geste significatif
  • Détérioration lente mais continue : Les relations se dégradent par petites touches : réduction des programmes d’échange, restrictions sur les visas, incidents diplomatiques mineurs
  • Diversification des partenariats algériens : L’Algérie intensifie ses relations avec la Turquie (défense, économie), l’Inde (hydrocarbures, technologies) et la Chine (infrastructures), sans toutefois rompre totalement avec Washington

Implications

Pour les États-Unis : Érosion progressive de l’influence américaine au Maghreb. Washington perd un interlocuteur régional important sans pour autant obtenir de résultats tangibles sur ses priorités (Su-57, Sahara, droits humains).

Pour l’Algérie : Le pays se trouve dans une « zone grise » géopolitique, ni allié ni adversaire déclaré des États-Unis. Cette ambiguïté permet de préserver des marges de manœuvre, mais rend difficile l’accès aux investissements occidentaux et aux technologies de pointe.

Pour la région :

  • Opportunités pour les concurrents stratégiques : La Russie, la Chine et la Turquie exploitent le vide laissé par la dégradation des relations algéro-américaines pour renforcer leur présence économique et militaire en Afrique du Nord
  • Enlisement du dossier saharien : Sans pression efficace sur l’Algérie, le conflit du Sahara occidental reste bloqué, perpétuant une source de tensions régionales
  • Progression du terrorisme sahélien : L’absence de coordination efficace entre les États-Unis et l’Algérie laisse le champ libre aux groupes terroristes pour consolider leurs positions dans le Sahel

Risque principal

Transformation en « zone grise » stratégique : L’Algérie pourrait devenir un État « non-aligné » dans le nouveau contexte de confrontation entre blocs (Occident vs Russie-Chine), compliquant la gestion des crises sahéliennes et méditerranéennes. Ce statut ambigu rendrait imprévisible la position algérienne lors de crises futures (escalade au Sahara, guerre par procuration au Sahel, crise migratoire).

Indicateurs à surveiller

  • Fréquence et niveau hiérarchique des entretiens entre Schapiro et les officiels algériens (ministre des AE, conseillers présidentiels, chefs militaires)
  • Signature d’accords de défense ou économiques avec des puissances alternatives (Turquie, Chine, Inde)
  • Évolution des incidents sécuritaires dans le Sahel : nombre d’attaques, zones géographiques affectées, capacités des groupes terroristes
  • Déclarations publiques de responsables algériens sur la « politique de non-alignement » et la « diversification des partenariats »

VI. IMPLICATIONS RÉGIONALES ET LECTURE IGH

6.1 Recomposition des alliances atlantiques

La nomination de Schapiro s’inscrit dans une stratégie américaine plus large de reconfiguration des alliances en Afrique du Nord. Cette dynamique dépasse le cadre bilatéral algéro-américain et redessine les équilibres régionaux.

Consolidation de l’axe Washington-Rabat

La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en décembre 2020, maintenue et renforcée par l’administration Trump, a transformé le Maroc en partenaire stratégique privilégié des États-Unis en Afrique du Nord. Cette alliance repose sur plusieurs piliers :

  • Coopération militaire renforcée : livraisons de chasseurs F-16, systèmes de défense antiaérienne, et intégration d’équipements israéliens suite aux Accords d’Abraham
  • Alignement diplomatique sur le Sahara : Washington considère désormais le plan d’autonomie marocain comme « la seule base réaliste » de résolution du conflit
  • Coordination sur les dossiers régionaux : Libye, Sahel, lutte contre le terrorisme

La pression exercée sur l’Algérie via Schapiro consolide mécaniquement cet axe : en contraignant Alger à modifier sa position sur le Sahara, Washington facilite la victoire diplomatique de Rabat et renforce la légitimité du roi Mohammed VI.

Isolement diplomatique algérien

L’Algérie se trouve progressivement isolée dans l’espace euro-méditerranéen :

  • France affaiblie et hésitante : Traditionnellement proche de l’Algérie en raison des liens historiques et économiques (gaz, échanges commerciaux), la France est politiquement affaiblie et ne peut contrebalancer efficacement la pression américaine. Paris hésite entre son partenariat avec Alger et son alignement atlantique
  • Espagne alignée sur le Maroc : Le gouvernement espagnol a abandonné sa position d’équilibre traditionnel pour se rapprocher du Maroc, notamment sur le dossier saharien. Madrid suit désormais la position américaine
  • Union Africaine divisée : L’UA reste divisée sur la question du Sahara occidental, avec environ la moitié de ses membres reconnaissant la RASD (République arabe sahraouie démocratique). Toutefois, l’influence américaine et les pressions économiques réduisent le soutien effectif au Polisario

Cette dynamique d’isolement rend l’Algérie vulnérable aux pressions, car elle ne dispose plus d’alliés régionaux puissants capables de modérer l’approche américaine.

6.2 Vulnérabilités structurelles algériennes

La stratégie américaine de coercition s’appuie sur une lecture précise des faiblesses structurelles de l’Algérie, qui limitent ses marges de manœuvre face aux pressions.

Économiques

  • Réserves de change en baisse : Les réserves de change algériennes ont considérablement diminué depuis 2014 (de 194 milliards de dollars à environ 60 milliards en 2025), réduisant la capacité du pays à absorber des chocs économiques
  • Dépendance aux hydrocarbures : Les exportations de gaz et de pétrole représentent plus de 95% des recettes d’exportation, rendant l’économie extrêmement vulnérable aux fluctuations des prix et aux sanctions ciblant le secteur énergétique
  • Inflation structurelle : L’inflation atteint des niveaux préoccupants (environ 9-10% en 2025), érodant le pouvoir d’achat et créant des tensions sociales
  • Incapacité à sustenter des sanctions prolongées : Contrairement à l’Iran ou à la Russie, l’Algérie ne dispose pas d’une économie diversifiée ni d’un appareil industriel capable de résister à des sanctions occidentales durables

Sécuritaires

  • Dépendance militaire à la Russie : Environ 80% de l’arsenal militaire algérien est d’origine soviétique ou russe. Une transition vers des équipements occidentaux prendrait 10 à 15 ans et coûterait des dizaines de milliards de dollars
  • Besoin de coopération américaine au Sahel : La lutte contre le terrorisme sahélien nécessite des capacités de renseignement (imagerie satellitaire, écoutes) et de surveillance (drones) que seuls les États-Unis peuvent fournir de manière efficace dans la région
  • Risque de déstabilisation du Sud algérien : La porosité des frontières sahéliennes et la présence de groupes terroristes dans le Sud algérien (notamment dans les régions de Tamanrasset et Djanet) créent une menace sécuritaire permanente que l’armée algérienne peine à contenir seule

Politiques

  • Espaces civiques fermés : La répression des libertés d’expression et d’association limite la capacité du pouvoir à négocier des compromis internes face aux pressions externes
  • Légitimité liée à la résistance : Le régime algérien tire une partie de sa légitimité historique de la guerre d’indépendance et de la posture de résistance aux pressions occidentales. Toute concession perçue comme une « soumission » pourrait fragiliser cette légitimité
  • Dilemme stratégique : Céder aux pressions américaines risque de déclencher une contestation interne, mais résister risque l’effondrement économique et l’isolement international. Il n’existe pas de « troisième voie » évidente

6.3 La dimension énergétique

Le gaz algérien constitue un enjeu géopolitique majeur dans le contexte de la crise énergétique européenne post-Ukraine.

Importance du gaz algérien pour l’Europe

  • Italie : L’Algérie fournit environ 20% des importations gazières italiennes via le gazoduc Transmed
  • Espagne : Environ 15% des importations espagnoles proviennent d’Algérie via les gazoducs Medgaz et (jusqu’en 2021) Maghreb-Europe

Une crise majeure avec l’Algérie perturberait ces approvisionnements, créant des tensions politiques en Europe et compliquant la gestion de la crise énergétique.

Opportunité stratégique américaine

Pour Washington, cette dépendance européenne au gaz algérien constitue à la fois une contrainte et une opportunité :

  • Contrainte : Une rupture totale avec l’Algérie pourrait déstabiliser l’Europe, allié stratégique des États-Unis
  • Opportunité : En affaiblissant la position énergétique algérienne, les États-Unis renforcent la dépendance européenne au gaz naturel liquéfié (GNL) américain, consolidant ainsi leur influence économique sur l’Europe

La stratégie américaine consiste donc à calibrer la pression pour obtenir des concessions algériennes sans provoquer un effondrement qui déstabiliserait l’Europe.

6.4 Risques sahéliens systémiques

Le Sahel constitue le théâtre où les conséquences d’une crise algéro-américaine se feraient le plus immédiatement sentir.

Vacuum sécuritaire

  • Retrait français : Le retrait progressif des forces françaises du Sahel (opération Barkhane terminée, présence résiduelle au Niger, au Tchad et au Burkina Faso) a créé un vide sécuritaire
  • Rupture de la coopération US-Algérie : Si la coopération entre Washington et Alger se rompt, la perte des capacités de renseignement partagé (imagerie satellitaire, écoutes de communications, renseignement humain) affaiblirait considérablement la lutte antiterroriste
  • Progression des groupes terroristes : Des organisations comme Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM, affiliée à Al-Qaïda) et l’État islamique au Grand Sahara profiteraient de ce vacuum pour consolider leurs positions et étendre leurs zones de contrôle

Le paradoxe stratégique américain

Washington se trouve face à un paradoxe :

  • Besoin de stabilité algérienne : Les États-Unis ont besoin d’une Algérie stable et coopérative pour contenir le terrorisme sahélien et maintenir la stabilité en Méditerranée
  • Méthodes déstabilisantes : Les pressions économiques et diplomatiques exercées sur Alger risquent de fragiliser le pouvoir algérien, créant précisément l’instabilité que Washington cherche à éviter

Ce paradoxe explique pourquoi la stratégie américaine, incarnée par Schapiro, doit être calibrée avec précision : suffisamment forte pour obtenir des concessions, mais suffisamment contrôlée pour éviter un effondrement qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour toute la région.

VII. PERSPECTIVE IGH : UNE TRANSFORMATION STRUCTURELLE

La nomination de Mark Schapiro comme chargé d’affaires permanent à Alger transcende le simple ajustement diplomatique. Elle incarne la transformation structurelle des relations algéro-américaines, qui passent d’un partenariat transactionnel à une gestion de crise institutionnalisée. Cette évolution marque une rupture historique dans la diplomatie américaine envers l’Algérie et révèle des dynamiques géopolitiques plus larges à l’œuvre en Afrique du Nord et au Sahel.

Les marqueurs de la rupture

Avant (2020-2024)Après (2025-2026)
Diplomatie de représentationDiplomatie de contrainte opérationnelle
Dialogue institutionnelTransaction conditionnelle
Gestion du différend saharienRésolution forcée
Tolérance de l’équilibre militaire russeSanctions et rupture économique
Ignorance des droits humainsInstrumentalisation des libertés religieuses

Au-delà du bilatéral : recomposition atlantique

Washington utilise le cas algérien pour plusieurs objectifs stratégiques dépassant le cadre bilatéral :

  • Neutraliser l’influence russe en Afrique du Nord : En sanctionnant l’acquisition du Su-57 et en menaçant d’appliquer CAATSA, les États-Unis cherchent à couper les ponts militaires entre Moscou et ses alliés africains, limitant ainsi la projection de puissance russe en Méditerranée et au Sahel
  • Consolider l’axe atlantique Rabat-Madrid-Paris : La pression sur Alger renforce mécaniquement la position du Maroc comme partenaire stratégique incontournable en Afrique du Nord, consolidant un axe atlantique cohérent autour de la Méditerranée occidentale
  • Redéfinir le périmètre des alliances post-guerre froide : La diplomatie coercitive américaine teste un nouveau modèle de gestion des « alliés problématiques » : maintenir un dialogue minimal tout en appliquant des pressions ciblées pour obtenir des changements de comportement. Ce modèle pourrait être appliqué ailleurs (Afrique subsaharienne, Amérique latine)
  • Tester la diplomatie coercitive comme doctrine : Le cas algérien sert de laboratoire pour une approche diplomatique que l’administration Trump pourrait systématiser : utilisation du rang diplomatique comme sanction en soi, activation simultanée de leviers juridiques (CAATSA, IRFA), instrumentalisation de minorités (Kabylie), et blocage de forums multilatéraux (Board of Peace)

L’Algérie face à ses choix

Le pouvoir algérien se trouve dans une tenaille stratégique sans précédent depuis l’indépendance. Chaque option comporte des risques majeurs :

  • Céder : Accepter les exigences américaines (report du Su-57, concessions religieuses, acceptation tacite du plan d’autonomie marocain) serait perçu comme une capitulation. Cela fragiliserait la légitimité interne du régime, alimenterait la contestation nationaliste, et pourrait déclencher une crise politique interne
  • Résister : Maintenir les positions actuelles entraînerait l’application de sanctions économiques dévastatrices (CAATSA, CPC), l’isolement diplomatique, et potentiellement l’effondrement économique. Le risque de chaos régional (migration massive, expansion terroriste, fragmentation territoriale) deviendrait alors une réalité
  • Temporiser : Maintenir un dialogue minimal sans concessions majeures permettrait de gagner du temps, mais au prix d’une érosion lente des marges de manœuvre. Cette stratégie ne serait viable que si l’Algérie parvenait à diversifier rapidement ses partenariats (Chine, Turquie, Inde) pour compenser la perte d’influence américaine

Il n’existe pas de « troisième voie » évidente permettant de satisfaire à la fois les exigences américaines et les impératifs de légitimité interne. Le pouvoir algérien devra faire des choix douloureux dans les semaines et mois à venir.

Le baromètre Schapiro

La présence de Mark Schapiro à Alger à partir du 1er mars 2026 sera le baromètre de cette crise existentielle. Son succès ou son échec déterminera non seulement l’avenir des relations algéro-américaines, mais la configuration géopolitique de tout le Maghreb et du Sahel pour la décennie à venir.

Si Schapiro parvient à établir un dialogue technique aboutissant à des compromis mutuellement acceptables, la relation pourrait être sauvée, préservant la coopération sécuritaire sahélienne et évitant une crise énergétique européenne. Si, en revanche, la pression américaine s’intensifie sans offre de sortie honorable pour Alger, la rupture pourrait devenir irréversible, avec des conséquences imprévisibles pour toute l’Afrique du Nord et le Sahel.

Ce qui se joue à Alger dépasse largement le cadre bilatéral. C’est la reconfiguration des alliances atlantiques en Afrique, le test d’une nouvelle doctrine de diplomatie coercitive, et la détermination de l’avenir de la stabilité régionale dans un contexte de fragmentation géopolitique mondiale.

NOTES ET RÉFÉRENCES

1. Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, 18 avril 1961, Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 95.
2. « Trump’s ‘Board of Peace’ Sets Date to Meet in Washington, Officials Say, » The New York Times, 7 février 2026.
3. Témoignage de Robert Palladino, Deputy Assistant Secretary, Bureau of Near Eastern Affairs, devant le Comité des Affaires étrangères du Sénat américain, 3 février 2026 (transcription officielle, Congressional Record).
4. Témoignage du pasteur Nourredine Benzid devant la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), 13 janvier 2026, Washington D.C.
5. Enregistrement FARA (Foreign Agents Registration Act) de la Christian Kabyle Coalition, représentée par Elisabeth R. Myers (Strategix Legal), Département de la Justice américain, 2025.
6. « Kabylia Submits First Ever Request to Board of Peace To Open Unprecedented International Mediation, » Siwel, février 2026.
7. « KABYLIA GATE 26 Le ‘Grand Reset’ de l’Afrique du Nord, » Institut Géopolitique Horizons, horizons.ma, février 2026.
8. Nomination officielle de Joshua M. Harris comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en Algérie, Maison Blanche, 29 février 2024. Audition de confirmation devant le Comité des relations étrangères du Sénat, 13 juin 2024 (Nomination PN1475, Congressional Record).
9. Prise de fonctions de Joshua M. Harris comme Chargé d’Affaires a.i. à l’ambassade des États-Unis à Bagdad, Département d’État américain, 2 septembre 2025 ; Rappel de Steven Fagin (en poste depuis le 28 mai 2025).
10. « L’Algérie accepte le plan d’autonomie marocain pour le Sahara comme seule base pour négociation finale resolution du conflit, » Atalayar, 9 février 2026.
11. « Rencontre diplomatique de Madrid sur le Sahara occidental : le peuple sahraoui défend ses droits légitimes, » El Watan, 12 février 2026.
12. « Maroc : l’armée algérienne ravive les tensions à Figuig, » La Nouvelle Tribune, 6 février 2026.
13. « Match de gala ce vendredi entre la sélection du Sahara occidental et les anciens internationaux algériens, » Agence de Presse Algérienne (APS), 12 février 2026. Voir également : « Le match de gala entre la sélection du Sahara occidental et les anciens internationaux algériens a tenu toutes ses promesses, » APS, 13 février 2026.
14. Casbah Tribune, « Mark Schapiro nommé chargé d’affaires permanent à Alger, » 6 février 2026.
15. Interlignes, « Mark Schapiro : un profil sécuritaire pour Alger, » analyse d’Akram Kharief (MENADEFENSE), 14 février 2026.
16. Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA), Public Law 115-44, 2 août 2017, 131 Stat. 886.
17. International Religious Freedom Act (IRFA), Public Law 105-292, 27 octobre 1998, 112 Stat. 2787.
18. « Aucun des deux pays ne souhaite la guerre, mais ils semblent se préparer au pire : entre l’Algérie et le Maroc, une inquiétante course aux armements », Le Monde, 4 février 2026.
19. Banque d’Algérie, Bulletin statistique trimestriel, T4 2025 (réserves de change).
20. « Expectations for the Board of Peace Meeting – February 19, 2026, Washington, DC, » Boston Global Forum, février 2026.
21. Sources consultées : horizons.ma, publications Institut Géopolitique Horizons sur les dynamiques maghrébo-atlantiques, 2025-2026.
Institut Géopolitique Horizons (IGH)
Département Maghreb & Atlantique
Tanger – Février 2026
IGH-NS-2026-02-001
INSTITUT GÉOPOLITIQUE HORIZONS
Analyse Stratégique & Intelligence Géopolitique — Février 2026
Siège : Tanger, Royaume du Maroc
Web : www.horizons.ma
[email protected]
AVERTISSEMENT :
Cette note stratégique est produite par l’Institut Géopolitique Horizons à des fins d’analyse et d’information. Les opinions exprimées n’engagent que leurs auteurs et ne constituent ni une recommandation d’investissement, ni un conseil juridique ou politique. La reproduction partielle ou totale de ce document est autorisée sous réserve de mention explicite de la source : Institut Géopolitique Horizons (IGH).
© 2026 Institut Géopolitique Horizons (IGH). Tous droits réservés.

Toute diffusion non autorisée est strictement interdite et peut faire l’objet de poursuites.
Réf. : IGH-NS-2026-02-017 | Classification : Publique
Tags: Algérie isolement diplomatiqueAlgérie Russie Su-57 sanctionsambassadeur Alger Trumpanalyse géopolitique Afrique du NordANAVAD Board of Peaceaxe Washington RabatBoard of Peace AlgérieCAATSA Algérie Su-57chargé d'affaires Alger 2026chargé d'affaires en pied diplomatiechrétiens kabyles persécutionConvention de Vienne représentation diplomatiquecoopération sécuritaire Sahel USAcrise algéro-américainediplomatie américaine Algériediplomatie coercitive MaghrebElisabeth Moore Aubin ambassadriceGara Djebilet exploitation minièregéopolitique Maghreb 2026géopolitique Sahel 2026influence russe Afrique du Nordinstitut géopolitique horizonsJoshua Harris ambassadeur AlgérieKabylie droits humains WashingtonMassad Boulos AlgérieMINURSO avril 2026Polisario organisation terroriste FTOpression américaine Algérierelations USA Algérie 2026réunion Madrid Sahara 2026Rubio AlgérieSahara occidental autonomie 2026sanctions américaines AlgérieTebboune diplomatietensions Maroc Algérie frontière Figuigthink tank MaghrebUSCIRF Algérie liberté religieuse
Share35329Tweet22081Send
Institut Géopolitique Horizons

Institut Géopolitique Horizons

Related Posts

Tunisie : Kaïs Saïed hospitalisé après un incident cardiaque
Actualités

Tunisie : Kaïs Saïed hospitalisé après un incident cardiaque

18 juillet 2026
Maroc-France : Le Royaume, clé de voûte de l’Afrique atlantique
Actualités

Maroc-France : Le Royaume, clé de voûte de l’Afrique atlantique

16 juillet 2026
Gaza : le Maroc officialise sa participation à l’ISF
Dépêche analytique

Gaza : le Maroc officialise sa participation à l’ISF

16 juillet 2026
Sahel : la carte sécuritaire régionale se redessine
Actualités

Sahel : la carte sécuritaire régionale se redessine

13 juillet 2026
Iyad Ag Ghali, leader du JNIM, évacué pour soins en Algérie ?
Actualités

Iyad Ag Ghali, leader du JNIM, évacué pour soins en Algérie ?

13 juillet 2026
Mondial 2026, Maroc et « Affaire Hakimi »
Actualités

Mondial 2026, Maroc et « Affaire Hakimi »

22 juin 2026

Articles recommandées

  • All
  • Actualités
Comment le Maroc déjoue le piège algérien

Comment le Maroc déjoue le piège algérien

2 ans ago
Analyse Prospective de l’African Lion vers SIMBA : Vision Prospective d’une Sécurité Souveraine

Analyse Prospective de l’African Lion vers SIMBA : Vision Prospective d’une Sécurité Souveraine

1 an ago
Quand les vents deviennent un vecteur : l’atmosphère basse comme nouveau milieu de conflictualité

Quand les vents deviennent un vecteur : l’atmosphère basse comme nouveau milieu de conflictualité

2 mois ago
Load More

Articles phares

  • Mondial 2026, Maroc et « Affaire Hakimi »

    Mondial 2026, Maroc et « Affaire Hakimi »

    88440 shares
    Share 35376 Tweet 22110
  • Ce que Madrid, Washington, Oslo et Paris préparent vraiment pour le Conseil de sécurité

    88430 shares
    Share 35372 Tweet 22108
  • Iyad Ag Ghali, leader du JNIM, évacué pour soins en Algérie ?

    88408 shares
    Share 35363 Tweet 22102
  • Le « Scénario El Ouali » : Comment Brahim Ghali aurait éliminé son successeur

    88401 shares
    Share 35360 Tweet 22100
  • Sahel : la carte sécuritaire régionale se redessine

    88375 shares
    Share 35350 Tweet 22094
Twitter LinkedIn
Institut Géopolitique Horizons IGH

L’Institut Géopolitique Horizons (IGH)

Un centre d’expertise indépendant dédié à l’analyse géopolitique des régions du Maghreb, du Sahel et de l’Afrique atlantique. Fondé pour répondre aux besoins croissants de compréhension des dynamiques régionales, notre institut s’engage à produire des analyses rigoureuses et à favoriser le dialogue entre les acteurs de ces territoires.

Articles récents

  • Tunisie : Kaïs Saïed hospitalisé après un incident cardiaque 18 juillet 2026
  • Maroc-France : Le Royaume, clé de voûte de l’Afrique atlantique 16 juillet 2026
  • Gaza : le Maroc officialise sa participation à l’ISF 16 juillet 2026

Catégories

  • Actualités
  • Afrique
  • Afrique Atlantique
  • Algérie
  • Communiqués de presse
  • Dépêche analytique
  • Documents
  • Guerre Cognitive
  • Libye
  • Maghreb
  • Maroc
  • Mauritanie
  • Monde
  • Non catégorisé
  • Note d’Orientation Stratégique
  • Podcast
  • Sahel
  • Tribunes du Conseil scientifique et stratégique
  • Tunisie
  • غير مصنف

Welcome Back!

Login to your account below

Forgotten Password?

Retrieve your password

Please enter your username or email address to reset your password.

Log In
  • Login
No Result
View All Result
  • Accueil
  • Actualités
  • Afrique
  • Maghreb
    • Maroc
    • Algérie
    • Sahel
    • Tunisie
    • Libye
    • Mauritanie
  • Documents
    • Communiqués de presse
    • Note d’Orientation Stratégique
  • Monde
  • Podcast
  • Qui sommes-nous?

© 2026 Horizons.ma — Institut indépendant d'analyse géopolitique et stratégique. Prospective sur les enjeux géopolitiques | #Maghreb #Sahel #Afrique #Géopolitique #Stratégie

Ce site utilise des cookies dans le cadre de l’analyse de l’audience et de l’amélioration de ses services. En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies conformément à notre Politique de confidentialité et de cookies.
-
00:00
00:00

Queue

Update Required Flash plugin
-
00:00
00:00