Abdelhakim Yamani, Institut Géopolitique Horizons 19 avril 2025
Un revirement diplomatique sous pression maximale
Des sources « proches » de la Mouradia, siège de la présidence algérienne, confirment à l’Institut Géopolitique Horizons que les collaborateurs du président Abdelmadjid Tebboune ont entamé des démarches diplomatiques pour obtenir une rencontre au sommet avec le président américain Donald Trump à la Maison Blanche. Cette initiative intervient dans un contexte de pression diplomatique américaine sans précédent sur l’Algérie concernant le dossier du Sahara occidental.
« Face à l’intensification des pressions américaines, le cercle proche du président Tebboune estime qu’une rencontre directe avec Trump pourrait permettre d’atténuer les exigences de Washington et d’obtenir des contreparties significatives en échange d’une évolution de la position algérienne », confie notre source algérienne sous couvert d’anonymat.
Une nouvelle tentative après une série d’échecs
Cette démarche n’est pas la première tentative d’Alger pour établir un canal de communication privilégié avec l’administration Trump. Comme l’Institut Géopolitique Horizons l’avait révélé en exclusivité, le ministre des Affaires étrangères algérien Ahmed Attaf avait déjà organisé une rencontre secrète à Doha le 16 décembre 2024 avec un influent homme d’affaires libanais.
L’objectif de cette mission était d’établir un contact avec Michael Boulos, époux de Tiffany Trump et fils de Massad Boulos, conseiller présidentiel pour l’Afrique et le Moyen-Orient. Selon notre source diplomatique à Doha, le ministre algérien avait alors remis un cadeau destiné au président Trump, soulignant « la volonté de l’Algérie d’établir des relations privilégiées avec la future administration Trump ».
Face à l’échec de cette première approche, Alger avait activé un « plan B » à travers son ambassadeur aux États-Unis, Sabri Boukadoum. Celui-ci avait fait une offre spectaculaire le 7 mars 2025 lors d’un entretien avec des journalistes américains de DefenseScoop, déclarant que « le ciel est la limite » concernant la coopération militaire et sécuritaire avec les États-Unis.
Cette déclaration surréaliste incluait une proposition de collaboration en matière de renseignements extérieurs, alors même que la DGDSE algérienne a été régulièrement restructurée depuis 2019, perdant expertise et continuité opérationnelle.
La médiation américaine comme catalyseur
Cette nouvelle démarche pour obtenir une audience présidentielle survient au lendemain de l’annonce par Massad Boulos d’une prochaine médiation entre le Maroc et l’Algérie. Dans son interview à Al Arabiya du 18 avril, Boulos avait clairement indiqué : « L’annonce américaine de soutien à la souveraineté marocaine sur le Sahara ne signifie pas que Washington n’est pas concernée par le rapprochement des points de vue entre le Maroc et l’Algérie », ajoutant que « 200 000 réfugiés sahraouis en Algérie attendent une solution définitive ».
La stratégie algérienne semble désormais reposer sur une tentative d’élévation du niveau d’interlocution, cherchant à contourner Massad Boulos pour s’adresser directement à Donald Trump. « Alger espère que Trump, en tant qu’homme d’affaires, sera plus sensible aux arguments économiques qu’aux considérations purement géopolitiques défendues par ses conseillers », explique un observateur des relations algéro-américaines.
Des concessions inévitables mais négociables
Selon nos sources, la présidence algérienne aurait accepté le principe d’une évolution significative de sa position sur le Sahara, mais chercherait à en négocier les conditions et les contreparties au plus haut niveau.
« Le président Tebboune a compris que la reconnaissance de la souveraineté marocaine par les États-Unis est irréversible. La question n’est plus de s’y opposer frontalement, mais de négocier au mieux cette transition diplomatique », explique notre source.
Cette évolution marque un tournant considérable pour l’Algérie, dont la position sur le Sahara constituait jusqu’à présent un principe intangible de sa politique étrangère depuis près de cinq décennies.
L’offre algérienne : des promesses démesurées
Les précédentes tentatives de séduction de l’administration Trump avaient atteint des proportions stupéfiantes, comme l’avait révélé notre Institut en janvier 2025. L’Algérie avait alors proposé un engagement d’achat d’armement américain de 15 milliards de dollars annuels, un versement immédiat de 500 millions de dollars à l’Ukraine, et une demande explicite d’aide à la normalisation avec Israël – le tout en échange du retrait ou d’un gel de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara.
Ces propositions représentaient un triple reniement historique de la part du régime algérien : abandon de la position traditionnelle pro-palestinienne, rupture avec l’allié russe, et tentative de reproduire le modèle de normalisation marocain après l’avoir violemment dénoncé.
Les réactions recueillies auprès de sources proches de l’administration Trump furent sans équivoque, soulignant qu’il était « plus qu’improbable, pour ne pas dire impossible, que Trump et le Deep State américain puissent sacrifier la relation privilégiée avec le Maroc pour miser sur un partenaire aussi peu fiable que l’Algérie. »
La menace de désignation du Polisario comme FTO
La démarche algérienne intervient également dans un contexte où la menace de désigner le Front Polisario comme organisation terroriste étrangère (FTO) par les États-Unis se précise. L’article publié par le Hudson Institute le 18 avril, intitulé « The Strategic Case for Designating the Polisario Front as a Foreign Terrorist Organization », présente des arguments juridiques détaillés en faveur d’une telle désignation.
Selon un diplomate européen en poste à Alger : « Cette menace constitue un levier de pression extrêmement puissant sur l’Algérie. Une désignation FTO du Polisario compliquerait considérablement la position algérienne, tant sur le plan juridique que diplomatique ».
Ce contexte explique l’urgence des démarches entreprises par la présidence algérienne, qui cherche à prévenir une escalade potentiellement déstabilisante.
Une marge de manœuvre réduite
La tentative d’obtenir une rencontre à la Maison Blanche intervient alors que les options diplomatiques d’Alger se réduisent considérablement. La récente réunion du Conseil de sécurité du 14 avril a en effet confirmé un recadrage fondamental de la mission de Staffan de Mistura, désormais exclusivement orientée vers la mise en œuvre du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine.
Comme l’a récemment reconnu le président Tebboune dans une interview au quotidien français L’Opinion : « Nous avons refusé de fournir des armes au Polisario pour le moment », une formulation qui illustre l’impact des pressions américaines sur la position algérienne.
Les nouvelles priorités d’Alger
Les priorités de la présidence algérienne dans cette éventuelle rencontre avec Trump porteraient sur trois points essentiels :
- Garanties humanitaires : Obtenir des garanties formelles concernant le sort des populations des camps de Tindouf dans le cadre d’une solution au conflit
- Partenariat économique : Négocier un accord de partenariat économique privilégié avec les États-Unis, notamment dans les secteurs énergétique et minier
- Transition progressive : Assurer une période de transition suffisamment longue pour que le changement de position n’apparaisse pas comme une capitulation
« Pour Tebboune, il est crucial de présenter tout changement de position comme une contribution à la paix régionale, et non comme une défaite diplomatique face au Maroc », ajoute notre source, soulignant les implications de politique intérieure d’un tel revirement.
Conclusion : une recomposition géopolitique majeure
La démarche algérienne pour obtenir une rencontre avec Trump marque un moment charnière dans l’évolution du dossier du Sahara. Qu’elle aboutisse ou non, elle signale une prise de conscience à Alger que le statu quo n’est plus tenable face à la détermination américaine.
Comme le résume un analyste spécialiste de la région : « Nous assistons à une recomposition géopolitique majeure au Maghreb, où la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine agit comme un catalyseur forçant tous les acteurs à reconsidérer leurs positions. L’Algérie, traditionnellement inflexible sur ce dossier, entre désormais dans une phase de négociation, cherchant à sauver ce qui peut l’être d’une position devenue intenable ».
L’année 2025, qui marque le cinquantenaire de la Marche Verte, pourrait ainsi voir se dessiner une résolution définitive du conflit du Sahara occidental, avec des implications profondes pour l’équilibre géopolitique de toute la région.









