Abdelhakim Yamani, Institut Géopolitique Horizons 6 mai 2025
Révélations explosives sur la crise Algérie-Émirats
Des informations exclusives obtenues par l’Institut Géopolitique Horizons révèlent une dimension totalement inédite de la crise qui oppose l’Algérie aux Émirats arabes unis. Notre enquête dévoile pour la première fois l’existence de négociations secrètes de haut niveau qui se sont tenues à Abu Dhabi en mars 2025, dont l’échec spectaculaire explique la brutale détérioration des relations entre les deux puissances.
Ces pourparlers confidentiels, dont l’existence même n’avait jamais été rapportée jusqu’à présent, constituent la clé pour comprendre les tensions extrêmes observées depuis début avril et l’intensité inhabituelle des attaques médiatiques algériennes contre les Émirats.
Des négociations tendues qui ont tourné court
Selon notre source, ces négociations se sont déroulées dans une atmosphère extrêmement tendue. Les Émiratis n’ont laissé à la délégation algérienne « pratiquement aucune marge de manœuvre », adoptant une posture intransigeante sur l’ensemble des dossiers abordés. Les deux parties se seraient finalement séparées « de mauvaise manière », sans plus de précisions sur les circonstances exactes de cette rupture.
Cette atmosphère de confrontation, plus que de négociation, explique la virulence exceptionnelle de la réaction algérienne dans les semaines qui ont suivi. Le ton incroyablement agressif de la capsule diffusée récemment par la télévision algérienne contre les Émirats est proportionnel à la colère et aux profondes préoccupations des dirigeants algériens face à l’attitude émiratie.
Parmi les sujets qui ont contribué à cette tension extrême figuraient notamment :
– Offre algérienne : Restructuration de la Sonatrach avec ouverture de son capital pour des investissements directs émiratis; proposition d’exploitation commune du gisement stratégique de Gara Jbilet
– Demande algérienne : Révision de la position émiratie au Sahel, notamment concernant le soutien à l’Alliance des États du Sahel (AES)
– Exigence émiratie : Démantèlement des camps de Tindouf, où se trouvent les réfugiés sahraouis soutenus par Alger
– Cas particulier de la Tunisie : Selon nos sources, les Algériens auraient approuvé le principe d’un renversement du président tunisien Kaïs Saïed en échange du retrait du soutien émirati au Maréchal Haftar en Libye
Ces propositions d’une ampleur exceptionnelle témoignent de la gravité des enjeux entre les deux pays et expliquent l’extrême confidentialité des discussions.
L’incident Sky News Arabia : une « explosion contrôlée »
À la lumière de nos révélations, l’affaire de l’interview de l’historien Mohammed El Amin Belghit sur Sky News Arabia apparaît sous un jour nouveau. Ce qui a été présenté comme le déclencheur de la crise n’est en réalité qu’une « explosion contrôlée » soigneusement orchestrée par le pouvoir algérien.
Cette manœuvre a permis à Alger de s’inventer une excuse acceptable pour révéler à l’opinion publique algérienne l’existence d’une crise très profonde avec Abu Dhabi, sans avoir à en exposer les véritables raisons – l’échec humiliant des négociations secrètes. L’historien Belghit, qui croupit aujourd’hui en prison, n’aura été que la malheureuse victime expiatoire de cette stratégie de communication.
L’échec total et ses conséquences immédiates
Fin mars, les négociations ont abouti à une impasse complète, aucun accord même partiel n’ayant pu être trouvé. Face à cet échec et sans perspective de reprendre les discussions, les deux parties ont immédiatement activé des stratégies alternatives hostiles.
Notre enquête révèle que :
1. Les Émirats ont immédiatement réactivé leurs contacts avec le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), classé terroriste par Alger. Ces contacts, déjà établis précédemment, se sont intensifiés de manière significative après l’échec des négociations.
2. L’Algérie a lancé dès début avril une campagne médiatique de grande envergure pour prendre les devants face à la machine médiatique émiratie, tout en préparant son opinion publique à une période de tensions.
3. Le pouvoir algérien a accéléré la mise à jour des textes de lois sur la mobilisation générale, anticipant d’éventuelles tensions internes fomentées indirectement par les EAU.
La réaction militaire algérienne et le renforcement du soutien au Polisario
La nervosité du pouvoir algérien s’est manifestée sur plusieurs fronts simultanément :
Manœuvres militaires d’envergure
Le 29 avril 2025, l’Armée nationale populaire (ANP) a organisé des manœuvres militaires d’une ampleur exceptionnelle à In Amenas, dans l’extrême sud-est du pays, à proximité de la frontière libyenne.
Ces exercices à tirs réels, supervisés personnellement par le général d’armée Saïd Chanegriha, ont mobilisé d’importants moyens terrestres et aériens : hélicoptères, avions de combat, chars, artillerie et lance-roquettes multiples. La localisation de ces manœuvres, à la frontière libyenne, constitue un message à peine voilé : l’Algérie se prépare à un possible affrontement avec les forces du maréchal Haftar, soutenues par les Émirats.
La mise en scène crispée du soutien au Polisario
Le lendemain même des manœuvres militaires, le 30 avril 2025, une rencontre hautement symbolique et médiatisée a eu lieu au Palais d’El Mouradia à Alger : le président Tebboune a reçu Brahim Ghali, chef du Front Polisario, avec un protocole digne d’un chef d’État.
Cette réception, particulièrement atypique par son timing et sa mise en scène, a été perçue comme un « pied de nez » à la communauté internationale. Fait révélateur de la tension ambiante : malgré les sourires de circonstance, les deux hommes avaient les traits visiblement tirés lors de leur apparition sur le perron d’Al Mouradia. Cette rencontre s’est également déroulée sans la participation du chef d’état-major algérien, ce qui est inhabituel pour ce type d’événement.
Cette séquence coordonnée – manœuvres militaires suivies d’une réception ostensible du chef du Polisario – démontre la stratégie de réponse multidimensionnelle d’Alger face à l’échec des négociations avec Abu Dhabi et à la pression émiratie croissante.
Le rapprochement avec l’Iran : une coordination stratégique
La chronologie des événements révèle une coordination manifeste entre Alger et Téhéran. La visite du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi à Alger le 8 avril 2025 prend une signification particulière : elle est intervenue en concomitance exacte avec la visite du ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita à Washington, et pratiquement au lendemain de l’échec des négociations bilatérales algéro-émiraties.
Ce timing n’a rien de fortuit et signale une coordination stratégique entre les deux capitales. La prochaine visite d’État du président Tebboune en Iran, confirmée lors de cette rencontre, préfigure un approfondissement de cette alliance face à la pression des Émirats et de leurs alliés.
L’Iran constitue pratiquement le seul allié de poids dont peut aujourd’hui se prévaloir Alger, après les tensions avec les pays du Golfe et la détérioration des relations avec plusieurs pays africains. Cette alliance algéro-iranienne, documentée dans nos analyses précédentes, s’est déjà manifestée par une coopération stratégique visant notamment à déstabiliser le Maroc sur deux fronts : au sud via le soutien au Polisario et au nord via une influence croissante dans le Rif.
La stratégie émiratie post-négociations dévoilée
D’après nos sources, les Émirats arabes unis mettent désormais en œuvre une stratégie élaborée sur la base de Notes d’Orientation Stratégique (NOS) et de consultations fournies par deux think tanks – l’un occidental, l’autre émirati.
Au cœur de cette stratégie : l’exploitation de la question kabyle comme levier de pression maximal sur Alger. Notre enquête confirme non seulement l’existence de contacts entre représentants émiratis et dirigeants du MAK, mais révèle également que ces relations ont atteint un niveau de coordination sans précédent.
Une médiation omanaise pratiquement acquise
La visite officielle du Sultan d’Oman à Alger dimanche dernier s’inscrit directement dans ce contexte de tensions exacerbées. Selon plusieurs sources concordantes, bien que nous n’ayons pu obtenir une confirmation formelle, une médiation omanaise entre Alger et Abu Dhabi est pratiquement acquise.
Oman, connu pour son rôle de médiateur discret et respecté dans plusieurs crises régionales, dispose de la neutralité et de la crédibilité nécessaires pour tenter de désamorcer ce conflit. Cette médiation intervient à un moment critique où les risques d’escalade n’ont jamais été aussi élevés.
L’équation kabyle : une arme stratégique
L’intensification des contacts entre Abu Dhabi et le MAK constitue une provocation délibérée visant un point particulièrement sensible pour le pouvoir algérien. Pour Alger, tout soutien étranger à ce mouvement touche à l’intégrité territoriale du pays et constitue une ligne rouge absolue.
Cette approche émiratie frappe précisément là où l’Algérie est la plus vulnérable, exploitant la contradiction fondamentale de sa politique étrangère : défendre ardemment le principe d’autodétermination au Sahara occidental tout en le refusant catégoriquement à la Kabylie.
Perspectives d’une crise qui ne fait que commencer
L’échec des négociations secrètes d’Abu Dhabi a déclenché une séquence de réactions en chaîne : mobilisation militaire algérienne, intensification des contacts émiratis avec le MAK, mise en scène du soutien au Polisario, rapprochement coordonné avec l’Iran. Ces développements marquent le début d’une phase de tensions aiguës entre ces deux puissances régionales, avec des répercussions potentielles sur l’ensemble des dossiers sensibles de la région.
La médiation omanaise qui se dessine constitue une première tentative d’apaisement, mais la complexité des enjeux et la profondeur des antagonismes laissent présager un processus long et incertain.
Conclusion
Ces révélations exclusives sur l’échec des négociations secrètes d’Abu Dhabi offrent pour la première fois une explication cohérente aux événements diplomatiques et militaires tumultueux observés depuis début avril. La brutalité de la réaction algérienne, l’intensité des attaques médiatiques, les manœuvres militaires à la frontière libyenne, la réception crispée du chef du Polisario et l’accélération des préparatifs de mobilisation générale s’inscrivent dans le contexte d’une confrontation stratégique majeure dont l’issue reste incertaine.
La crise entre l’Algérie et les Émirats arabes unis, désormais multidimensionnelle, touche simultanément à la question kabyle, aux équilibres en Libye, à l’avenir de la Tunisie, au dossier du Sahara occidental et à l’influence au Sahel. Son évolution pourrait redessiner profondément les alliances et les rapports de force dans tout le nord de l’Afrique.








