Par Abdelhakim Yamani
Le Maroc vient de neutraliser, avec une rare élégance, une nouvelle manœuvre algérienne visant à relancer le conflit du Sahara sur de nouvelles bases. Cette fois-ci, la stratégie adverse visait à créer un nouveau front au sud des provinces sahariennes marocaines en instrumentalisant le territoire mauritanien.
L’origine de cette nouvelle confrontation remonte à quelques semaines, lorsque l’Algérie avait tenté une approche diplomatique sophistiquée via Paris. Le pouvoir algérien avait en effet sollicité la médiation d’Emmanuel Macron auprès du Maroc, accompagnant sa demande d’une prétendue « preuve de bonne foi ». Cette dernière consistait en une proposition apparemment significative : l’engagement d’expulser les éléments du Polisario et la population des camps de Tindouf vers la zone tampon, cet espace désertique situé entre la frontière algérienne et le mur de défense marocain.
Cette initiative, présentée comme une concession majeure, dissimulait en réalité une manœuvre d’une rare perfidie. Le déplacement massif de population vers cette zone aurait créé une situation humanitaire explosive aux portes directes du Maroc, tout en offrant au Polisario une nouvelle base opérationnelle. Plus inquiétant encore, les miliciens, récemment formés aux techniques de guerre souterraine par les Gardiens de la révolution iranienne, auraient pu développer un réseau de tunnels prenant à revers les lignes de défense des Forces Armées Royales.
Le Maroc, ayant immédiatement décelé le piège, n’avait même pas daigné donner suite à cette proposition. Face à cet échec diplomatique, Alger a rapidement basculé vers un plan B, plus direct mais tout aussi pernicieux.
Le 4 décembre 2024, une colonne de plus de 700 véhicules quittait les camps de Tindouf en direction de la Mauritanie. Ce mouvement, présenté comme un exode spontané de populations fuyant « l’enfer de la Hamada« , cache en réalité une opération planifiée. L’objectif : infiltrer en Mauritanie des éléments du Polisario, dissimulés parmi les civils, pour créer une nouvelle base d’opérations contre les intérêts marocains.
Cette stratégie s’appuie sur les liens tribaux existants entre certains miliciens et les populations mauritaniennes, facilitant leur intégration et leur implantation. Une fois établis, ces éléments devaient cibler les camionneurs marocains livrant en Mauritanie ou transitant vers les pays du Sahel. Un précédent tragique illustre déjà cette tactique : le 11 septembre 2021, deux routiers marocains avaient été assassinés au Mali dans une attaque attribuée au Polisario.
La réponse marocaine à cette menace émergente s’est révélée aussi efficace que discrète. Le 13 décembre 2024, les autorités d’Agadir annonçaient la création d’une ligne maritime régulière entre le port marocain et Dakar. Cette initiative, présentée comme un simple projet commercial, constitue en réalité une magistrale contre-mesure stratégique.
Cette nouvelle route maritime, opérationnelle dès 2025, permettra le transport hebdomadaire d’une centaine de camions TIR et de leurs conducteurs, réduisant le temps de trajet de plusieurs jours à seulement 52 heures. Au-delà des avantages logistiques évidents – réduction des délais, baisse de l’empreinte carbone, meilleure préservation des marchandises – cette solution neutralise complètement la menace sécuritaire en contournant les zones à risque.
La manœuvre marocaine excelle par sa subtilité. Sans confrontation directe, sans accusation publique, le Royaume parvient à :
– Sécuriser ses flux commerciaux vers l’Afrique de l’Ouest
– Protéger ses transporteurs des risques d’attaque
– Maintenir et renforcer ses relations avec la Mauritanie
– Consolider son rôle de hub logistique régional
– Développer de nouvelles routes commerciales
Plus remarquable encore, cette réponse transforme une menace en opportunité de développement. La nouvelle ligne maritime s’inscrit parfaitement dans la vision royale d’une façade atlantique comme pôle d’intégration économique et centre de rayonnement continental. D’autres projets similaires sont déjà envisagés, notamment vers la Côte d’Ivoire et l’Europe via Cadix et Portsmouth.
Cette stratégie illustre parfaitement la capacité du Maroc à lire les évolutions géopolitiques régionales et à y apporter des réponses innovantes et multidimensionnelles. En transformant une menace sécuritaire en opportunité de développement économique, le Royaume démontre une fois de plus sa maîtrise du jeu diplomatique et stratégique régional.





