INSTITUT GÉOPOLITIQUE HORIZONS — DÉPÊCHE ANALYTIQUE
IGH-DEP-2026-07-026-03 — Bamako, 24 juillet 2026
Maroc–Mali : Un nouveau cadre opérationnel de coopération stratégique
De l’arbre à palabres à l’action : la Commission mixte transforme la convergence politique en instruments concrets
Le 24 juillet 2026 à Bamako, le Maroc et le Mali ont signé vingt-et-un accords de coopération assortis d’un mécanisme de suivi, au terme de la 4e session de leur Grande Commission mixte. Le communiqué conjoint ne fonde pas à lui seul une nouvelle architecture géopolitique entre les deux pays : il documente le passage d’une convergence politique, construite depuis plus d’une décennie, à une phase d’instruments et d’exécution. La liste officielle de ces vingt-et-un textes, transmise par la Cellule juridique du ministère malien des Affaires étrangères, confirme l’ampleur de ce basculement : elle révèle, à côté des volets énergie, santé et formation déjà connus, un bloc entier de coopération judiciaire — extradition, entraide pénale, transfèrement de personnes condamnées — qu’aucun texte public n’avait mentionné jusqu’ici.
La session s’est tenue sous la coprésidence de Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, et d’Abdoulaye Diop, son homologue malien, qui a salué dans son discours d’ouverture « le leadership visionnaire » du général d’armée Assimi Goïta et du roi Mohammed VI. Elle avait été précédée, la veille, par le premier Forum d’affaires Mali-Maroc, réunissant la Confédération générale des entreprises du Maroc et la Chambre de commerce et d’industrie du Mali.
Vingt-et-un textes, trois blocs
Le rapport de la cellule juridique répartit les vingt-et-un instruments en trois ensembles. Onze relèvent d’une coopération sectorielle classique : météorologie, jeunesse, élevage bovin et équin, agriculture, routes, médicaments et produits de santé, santé hospitalière — ce dernier protocole abrogeant un accord vieux de 1997 —, formation professionnelle, bourses d’études, tourisme et eau. Quatre touchent à l’administration des flux entre les deux pays : services aériens — paraphés dès novembre 2025 —, assistance douanière, normalisation, et formation diplomatique. Six, enfin, relèvent de la coopération judiciaire et de la sécurité civile : transfèrement des personnes condamnées, entraide judiciaire pénale, extradition, entraide judiciaire civile et commerciale, et protection civile.
Cette répartition n’est pas anodine. Une coopération qui touche simultanément l’énergie, la santé, l’agriculture, la douane et la justice cesse d’être une somme de gestes ponctuels pour devenir un système — et impose, en creux, un mécanisme de suivi capable de coordonner des ministères aussi différents que la Santé, les Douanes, la Justice ou l’Intérieur des deux pays.
Un bloc judiciaire absent du communiqué
Un accord d’extradition suppose que chaque partie reconnaisse à l’autre un système judiciaire dont les décisions méritent d’être respectées jusqu’à la remise d’une personne poursuivie. Une convention d’entraide pénale suppose un partage de preuves et de commissions rogatoires entre magistrats. Ces instruments n’appartiennent à aucune des grilles habituelles de lecture de la politique africaine du Maroc — diplomatie économique, énergie, investissement : ils relèvent du registre le plus régalien de l’État. Le communiqué ne les mentionne nulle part, se limitant à évoquer une coopération sécuritaire et militaire renforcée.
Le contexte régional donne à ce bloc une résonance particulière. Le discours d’ouverture du ministre Diop dénonce des « attaques terroristes lâches et barbares » perpétrées le 25 avril 2026, ainsi qu’une « guerre informationnelle, voire cognitive » qu’il attribue à des « décisions prises à des milliers de kilomètres » — citant l’intervention en Libye. Dans ce contexte, une convention d’entraide pénale ou un accord d’extradition ne sont pas de simples clauses de style, sans qu’aucun élément du corpus ne permette d’affirmer qu’une affaire précise soit à l’origine de leur négociation.
Une relation qui remonte au commerce transsaharien
Le discours d’ouverture du ministre Diop situe la relation bilatérale bien au-delà du seul cycle des sommets. Il évoque le commerce transsaharien qui, entre le XIIIe et le XIVe siècle, reliait les cités de Marrakech et de Fès à Tombouctou, Gao et Djenné, puis rappelle les jalons plus récents : la visite du roi Mohammed VI au Mali en septembre 2013, suivie de sa « visite d’État mémorable » à Bamako en février 2014. La densité du dispositif juridique signé en juillet 2026 doit se lire comme l’aboutissement de ce cycle entamé plus d’une décennie plus tôt, non comme une rupture surgie sans antécédent.
Le Maroc, partenaire horizontal
Le communiqué voit la partie marocaine réaffirmer son attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Mali, et soutenir des « solutions endogènes » dans la droite ligne du processus de paix conduit par le président de la Transition. Le ministre Diop va plus loin dans son discours : il affirme que les relations entre les deux pays reposent sur « le respect mutuel et le partenariat mutuellement avantageux », des principes « institutionnalisés et d’ailleurs désormais constitutionnalisés en République du Mali ». Venant du chef de la diplomatie malienne lui-même, la précision inscrit ce principe d’horizontalité dans l’ordre juridique interne malien, non dans le seul discours que le Maroc tient sur sa propre politique africaine.
Cette horizontalité se retrouve dans le traitement croisé du dossier du Sahara : le Maroc salue la déclaration malienne du 10 avril 2026 en sa faveur, le Mali réitère son soutien au plan d’autonomie marocain comme « seule solution crédible et réaliste », conformément à la résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025 par le Conseil de sécurité. Un échange de positions souveraines et de soutiens politiques réciproques, plutôt qu’une concession unilatérale — sans que l’asymétrie de moyens entre les deux pays ne soit pour autant effacée.
Le Mali, verrou géographique, charnière politique
Sans accès maritime, le Mali reste un État-verrou au sens géopolitique du terme : sa position conditionne la fluidité des connexions entre plusieurs ensembles régionaux. Le communiqué le qualifie, avec le reste de la Confédération des États du Sahel, d’« acteur géopolitique incontournable dans la région du Sahel et au-delà », tandis que le Mali salue les efforts marocains en faveur de la levée de sa suspension des instances de l’Union africaine — le ministre Diop précisant que ce soutien s’est exercé jusque dans l’enceinte du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, dont le Maroc a assuré la présidence.
Écart de date signalé Le communiqué situe l’audience royale aux ministres des Affaires étrangères de l’AES au 28 avril 2025 ; le discours d’ouverture du ministre Diop la date du 25 avril 2025. Les deux sources sont officielles ; l’écart est signalé sans être arbitré. |
Sur l’accès à l’Atlantique, trois niveaux doivent être distingués : l’orientation politique, réaffirmée sans ambiguïté ; le projet, sous forme de missions d’évaluation ; et la réalisation effective, qui reste largement à venir pour les infrastructures proprement dites.
Des missions déjà sur le terrain
Le communiqué présentait l’essentiel des engagements sectoriels au futur ou au conditionnel. Le discours du ministre Diop apporte une correction empirique : il se réjouit du « séjour fructueux » effectué au Mali, durant les mois d’avril et de mai 2026, par plusieurs délégations d’experts marocains ayant travaillé « de concert » avec leurs homologues sur l’électricité, l’eau, les énergies renouvelables, la santé, l’agriculture, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle. Pour ces secteurs au moins, la coopération technique avait donc déjà quitté le stade de l’intention près de trois mois avant la session politique — cohérence à mettre en regard du paraphe de l’accord aérien, signé dès novembre 2025.
Freetown-Bamako : une convergence à surveiller
La session de Bamako se tient cinq jours après le sommet de la CEDEAO à Freetown, le 19 juillet 2026. Le corpus mobilisé ici ne comprend ni le communiqué final de ce sommet ni de déclaration de source malienne sur ce dossier : impossible, en l’état, d’établir un lien de causalité entre les deux séquences. Cette proximité doit être lue comme une convergence temporelle et stratégique à surveiller, non comme une coordination démontrée. Le Maroc, membre ni de la CEDEAO ni de l’AES, y occupe une position d’interlocuteur externe capable de dialoguer avec plusieurs espaces sans exiger leur alignement.
Les 20 mégawatts annoncés en première phase énergétique restent modestes au regard des besoins électriques maliens ; les projets solaires demeurent au stade des missions d’évaluation ; l’Initiative atlantique reste un engagement à mettre en œuvre « progressivement ». Le mécanisme de suivi promis pour les vingt-et-un accords sera le test principal de cette session, avant la semaine économique d’octobre 2026 et la cinquième session de la Commission mixte, déjà programmée pour 2028 au Maroc.
« Le communiqué de Bamako ne proclame pas une nouvelle architecture. Il commence à l’équiper. » |
Sources : communiqué conjoint officiel (24 juillet 2026) ; discours d’ouverture de S.E.M. Abdoulaye Diop ; rapport de la Cellule juridique de la 4e sous-commission (ministère malien des Affaires étrangères). Statut : diffusion publique
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