I. Genèse et évolution d’une doctrine : d’Abidjan 2014 à Marrakech 2025
La fondation doctrinale d’Abidjan (février 2014)
Le discours prononcé par le Roi Mohammed VI lors du Forum économique maroco-ivoirien le 24 février 2014 à Abidjan constitue l’acte de naissance de ce que l’Institut Géopolitique Horizons (IGH) a qualifié de « Doctrine d’Abidjan »1. Ce texte fondateur établit les piliers conceptuels de l’approche marocaine selon l’analyse de l’IGH :
Cette formulation, apparemment simple, révolutionne en réalité la rhétorique diplomatique africaine en rompant avec le paternalisme occidental et en posant les bases d’une coopération Sud-Sud authentique, selon l’analyse comparative de l’IGH.
Les Six Piliers de la « Doctrine d’Abidjan » selon l’IGH : Une Architecture Géopolitique Cohérente (2014-2025)
Abidjan 2014 : « L’Afrique doit faire confiance à l’Afrique. Elle a moins besoin d’assistance, et requiert davantage de partenariats mutuellement bénéfiques. »
Marrakech 2025 : « Le Maroc s’affirme comme un catalyseur stratégique des partenariats Sud-Sud et joue un rôle de pont naturel entre les différentes régions du continent. »
Abidjan 2014 : « La coopération, hier basée sur la relation de confiance et les liens historiques, est, aujourd’hui, de plus en plus fondée sur l’efficacité, la performance et la crédibilité. »
Marrakech 2025 : Les quatre lignes directrices concrètes pour le financement du développement africain remplacent les discours théoriques.
Abidjan 2014 : « Il y a des projets qui, bien qu’étant de moindre envergure, revêtent une importance particulière. Car ils touchent directement les citoyens. »
Marrakech 2025 : « Notre continent est appelé à une plus grande mobilisation de ses ressources domestiques » et « l’Afrique ne peut pas compter uniquement sur l’Aide publique au développement. »
Abidjan 2014 : « Ces défis ne peuvent être relevés que par la coopération, la solidarité entre les peuples africains et le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États. »
Marrakech 2025 : Appel à « l’amélioration de la représentation de l’Afrique dans toute sa diversité, au sein du système financier international. »
Abidjan 2014 : « Le développement durable du Continent africain exige que la créativité et le dynamisme du secteur privé se concentrent sur des domaines porteurs. »
Marrakech 2025 : « L’heure est venue pour l’Afrique de tirer pleinement parti de ses énormes richesses, de créer des valeurs ajoutées, de générer des revenus destinés à financer son développement. »
Abidjan 2014 : Concept encore embryonnaire, focus sur « la coopération triangulaire, en tant qu’outil novateur. »
Marrakech 2025 : Architecture complète : Fonds Mohammed VI, Casablanca Finance City, « mécanismes innovants de financement du développement. »
• Continuité temporelle : 11 années de constance dans les orientations fondamentales
• Progression logique : De la philosophie (2014) aux instruments (2025)
• Mise en œuvre concrète : Retour à l’UA (2017), création du FM6I (2020), projets infrastructurels
• Reconnaissance internationale : Soutien évolutif des partenaires, installation du fonds Africa 50 à Casablanca
L’élargissement de Marrakech (juin 2025)
Le message royal du 1er juin 2025 au Forum Ibrahim Governance Weekend opère une transformation qualitative de la doctrine initiale2. Là où Abidjan 2014 posait les fondements politiques et philosophiques, Marrakech 2025 dévoile l’architecture économique et financière. L’IGH observe cette évolution comme une maturation stratégique remarquable.
II. L’audace géopolitique d’une puissance relative
Le paradoxe de la position marocaine
L’IGH identifie le Maroc comme un cas d’école géopolitique unique : avec un PIB de 144,4 milliards de dollars en 20233 (0,14% de l’économie mondiale) et un PIB par habitant de 3.403 dollars, il défie ouvertement l’ordre financier international dominé par des puissances disposant de budgets équivalents à la totalité de son économie.
Cette situation soulève une question fondamentale que l’IGH pose : comment un pays classé parmi les principales économies africaines4 peut-il légitimement prétendre redéfinir l’architecture financière continentale ? L’analyse des données économiques révèle cette audace :
- Taille économique relative : Le Maroc pèse moins que certaines multinationales selon les données disponibles
- Position africaine : Derrière l’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Algérie et le Nigeria selon les données du FMI5
- Croissance modeste : 3,4% en 2023, prévision de 2,9% en 20246, loin des leaders continentaux
Les fondements de cette audace stratégique selon l’IGH
Cette apparente disproportion cache en réalité une stratégie sophistiquée que l’IGH identifie comme s’appuyant sur plusieurs atouts distinctifs :
Le Maroc exploite sa situation de « pont naturel » entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Cette position lui confère une valeur ajoutée géopolitique qui transcende sa taille économique selon l’analyse de l’IGH.
Le royaume bénéficie d’une stabilité politique et d’une expérience diplomatique multi-séculaire qui en font un interlocuteur crédible malgré ses limitations économiques relatives.
En l’absence d’alternative africaine crédible, l’IGH observe que le Maroc occupe un vide géopolitique que les puissances traditionnelles ont négligé.
III. Architecture financière : des instruments concrets à l’ambition continentale
Le Fonds Mohammed VI : catalyseur d’une nouvelle finance africaine
Le discours de 2025 révèle la maturité des instruments financiers marocains, particulièrement le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, créé en 20207.
Casablanca Finance City : hub continental en construction
La stratégie marocaine s’appuie sur Casablanca Finance City (CFC), qui abrite le fonds Africa 50 de la BAD8 et attire des acteurs financiers internationaux majeurs. L’IGH estime que CFC génère un effet de réseau qui dépasse largement la taille de l’économie marocaine.
Les quatre piliers du paradigme de Marrakech selon l’IGH
Le discours royal de 2025 structure sa vision autour de quatre axes que l’IGH qualifie de révolutionnaires :
Réduction de la dépendance à l’aide publique au développement et mobilisation des ressources domestiques.
Amélioration de la gouvernance et du climat des affaires comme préalables au développement.
Dynamisation des échanges intra-africains via la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine.
Transformation locale des matières premières et création de chaînes de valeur régionales.
IV. Défis et limites de l’approche marocaine
Contraintes structurelles identifiées par l’IGH
L’ambition marocaine se heurte à plusieurs obstacles majeurs que l’IGH identifie comme questionnant la viabilité de cette stratégie :
- Limitation des ressources : Un budget national face aux besoins continentaux estimés par les institutions internationales à des centaines de milliards
- Concurrence régionale : L’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria disposent de moyens supérieurs
- Scepticisme international : Les institutions de Bretton Woods restent circonspectes face aux alternatives non-occidentales
Risques géopolitiques
La multiplication des initiatives (Initiative Atlantique, Processus de Rabat, Gazoduc Africain Atlantique) peut dépasser les capacités réelles du royaume et créer des attentes impossibles à satisfaire selon l’analyse de l’IGH.
V. Impact géopolitique et implications futures
Disruption de l’ordre établi
L’approche marocaine constitue selon l’IGH une remise en cause subtile mais réelle de l’hégémonie occidentale en Afrique. En proposant des alternatives concrètes aux mécanismes traditionnels, le Maroc ouvre une brèche dans le monopole des institutions de Bretton Woods.
Réaction des puissances établies
Les puissances traditionnelles observent avec attention cette montée en puissance marocaine. Les évolutions récentes des positions internationales sur la question du Sahara occidental9 peuvent être interprétées comme une tentative de canaliser cette ambition plutôt que de la subir.
Pour le Maroc : L’IGH recommande de prioriser la consolidation institutionnelle avant l’expansion géographique ; développer des partenariats stratégiques avec d’autres puissances moyennes africaines.
Pour les partenaires africains : Évaluer objectivement les propositions marocaines sans céder à l’enthousiasme ni au scepticisme a priori.
Pour les puissances occidentales : Comprendre que l’émergence d’alternatives africaines est inévitable et adapter leur stratégie en conséquence.
Conclusion stratégique
De la Doctrine d’Abidjan au Paradigme de Marrakech, le Maroc a opéré une transformation remarquable de sa diplomatie économique africaine. En onze années, le royaume est passé d’un discours politique généraliste à une proposition institutionnelle et financière concrète.
Le test de crédibilité de cette doctrine réside dans sa capacité à produire des résultats tangibles au-delà de la rhétorique. Si le Maroc parvient à démontrer l’efficacité de ses mécanismes financiers alternatifs, il pourrait créer un précédent inspirant pour d’autres puissances moyennes et accélérer la recomposition de l’architecture géoéconomique mondiale, selon les projections de l’IGH.
Notes de bas de page
1 Texte intégral du discours de SM le Roi au Forum économique maroco-ivoirien à Abidjan, 24 février 2014, reproduit dans ce document.
2 Message de SM le Roi Mohammed VI aux participants à l’édition 2025 du Forum « Ibrahim Governance Weekend », Marrakech, 1er juin 2025, lu par M. André Azoulay, Conseiller de Sa Majesté, reproduit dans ce document.
3 Données économiques, PIB du Maroc 2023, Banque mondiale et FMI, sources convergentes consultées via recherche web.
4 Classements économiques africains basés sur les données publiques disponibles et analyses institutionnelles comparatives.
5 Fonds monétaire international, « World Economic Outlook April 2024 », données consultées via recherche web, juin 2025.
6 Banque mondiale, « Mise à jour économique du Maroc – été 2024 : l’économie marocaine fait preuve de résilience mais le secteur privé est confronté à des défis », juillet 2024, consulté via recherche web.
7 Informations officielles sur la création du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, 2020, et déclarations publiques de son directeur général Mohamed Benchaâboun.
8 Ministère de l’Économie et des Finances du Royaume du Maroc, « Casablanca Finance City abrite le Fonds Africa 50 d’investissement en infrastructures en Afrique », information confirmée par recherche web.
9 Évolutions diplomatiques internationales rapportées dans la presse spécialisée et sources officielles publiques, 2024-2025.
Note méthodologique IGH







