Par Abdelhakim Yamani, Institut Géopolitique Horizons
À l’approche de la réunion cruciale du Conseil de sécurité prévue à la mi-avril 2025, tous les signes convergent vers une probable démission de Staffan de Mistura, Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara occidental. Cette issue, qui marquerait la fin d’une mission entamée en octobre 2021, s’inscrit dans un contexte géopolitique profondément transformé, où les réalités du terrain et les évolutions diplomatiques ont rendu obsolète le cadre onusien traditionnel de résolution du conflit.
L’ultimatum qui arrive à échéance
Le point de rupture remonte à octobre 2024, lorsque de Mistura a clairement signifié au Conseil de sécurité que si aucun progrès n’était réalisé dans les six mois suivants, le Secrétaire général António Guterres devrait réévaluer la pertinence de sa mission. Ce délai arrive précisément à terme lors de la réunion d’avril, sans qu’aucune avancée significative n’ait été enregistrée.
La proposition controversée de partition du territoire qu’il avait présentée lors d’une réunion à huis clos du Conseil de sécurité en octobre 2024 a considérablement affaibli sa position. Le ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita, avait fermement rejeté cette idée, soulignant qu’elle ne correspondait ni aux résolutions onusiennes ni au cadre du processus politique soutenu par le Conseil de sécurité.
Dans ses dernières consultations, notamment avec la Slovénie, membre non-permanent du Conseil de sécurité, de Mistura semble davantage accomplir un rituel obligé que nourrir un réel espoir de percée diplomatique. Comme l’observe un diplomate proche du dossier : « Il remplit consciencieusement sa mission jusqu’au bout, mais est parfaitement conscient qu’il ne dispose plus des leviers nécessaires pour rapprocher des positions qui n’ont jamais été aussi éloignées. »
Une mission dépassée par les nouvelles réalités
L’échec central de la mission de Mistura réside dans l’impossibilité de relancer le format des tables rondes, seul cadre de négociation ayant montré un semblant de progrès sous son prédécesseur Horst Köhler. Malgré les appels répétés du Conseil de sécurité, l’Algérie maintient son refus catégorique d’y participer, tout en continuant à soutenir activement le Polisario.
Parallèlement, le contexte international s’est radicalement transformé. La dynamique diplomatique autour du Sahara occidental a considérablement évolué, avec trois pays (États-Unis, France et Israël) ayant formellement reconnu la souveraineté marocaine, onze pays européens soutenant le plan d’autonomie marocain, et plus de 28 pays ayant ouvert des consulats à Laâyoune et Dakhla, manifestant une reconnaissance de facto de la position marocaine.
Cette évolution s’inscrit dans un cadre plus large où le Maroc a considérablement renforcé sa position en tant que puissance régionale incontournable. Sa réintégration à l’Union Africaine en 2017, ses initiatives panafricaines comme le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, et sa diplomatie économique offensive ont transformé les équilibres régionaux en sa faveur.
Un fardeau financier sous le regard critique de Trump
La récente tribune de Michael Rubin dans le Washington Examiner du 19 mars 2025 reflète la position critique de l’administration Trump envers les missions onusiennes jugées inefficaces, dont la MINURSO constitue un exemple emblématique. Citant un gaspillage de milliards de dollars sur 34 ans sans même avoir réalisé un recensement, l’analyste proche de Trump qualifie cette mission de coûteuse et contre-productive, suggérant sa suppression pure et simple.
Cette position pourrait se traduire par une décision de l’administration Trump, installée à la Maison Blanche depuis le 20 janvier dernier, de suspendre ou conditionner strictement sa contribution au budget de la MINURSO, créant une pression financière susceptible de catalyser une résolution définitive du conflit basée sur le plan d’autonomie marocain.
Le Groupe des Amis du Sahara : l’acteur émergent de la résolution
Face à l’impasse du processus onusien, le « Groupe des Amis du Sahara occidental » émerge comme un acteur potentiellement décisif. Ce groupe informel réunissant la France, la Russie, l’Espagne, le Royaume-Uni et les États-Unis dispose d’un poids considérable, comptant quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.
Un consensus sans précédent s’y dessine en faveur de la souveraineté marocaine, avec trois membres qui reconnaissent explicitement cette souveraineté, tandis que les deux autres l’admettent implicitement. Le groupe dispose désormais des leviers nécessaires pour redéfinir le conflit, le faisant passer d’une question de décolonisation à un différend régional alimenté principalement par l’Algérie.
Cette reconfiguration conceptuelle permet d’envisager des solutions qui ne passent pas nécessairement par l’autodétermination traditionnelle, ouvrant la voie à une reconnaissance internationale de la souveraineté marocaine assortie de garanties d’autonomie.
Les scénarios post-démission
La probable démission de Staffan de Mistura en avril 2025 ouvre plusieurs perspectives pour l’avenir du processus politique au Sahara occidental :
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche depuis le 20 janvier pourrait se traduire par une initiative diplomatique majeure visant à consolider et élargir la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine, potentiellement liée à un renforcement de la coopération avec Israël et à un engagement accru du Maroc dans la stabilisation du Sahel.
Le Groupe des Amis pourrait également être à l’origine d’une proposition de résolution au Conseil de sécurité qui entérinerait formellement le plan d’autonomie comme cadre exclusif de résolution, créant une dynamique internationale irrésistible.
Une troisième voie, plus audacieuse, serait l’établissement de négociations directes entre le Maroc et l’Algérie, conformément aux initiatives proposées par le Roi Mohammed VI dans ses discours successifs. Cette approche reconnaîtrait que, bien que le conflit implique officiellement le Maroc et le Polisario, sa résolution passe nécessairement par un règlement des différends entre Rabat et Alger.
Quant à la MINURSO, sa transformation en une mission temporaire d’accompagnement de la mise en œuvre du plan d’autonomie, avec des objectifs précis et limités dans le temps, marquerait la reconnaissance internationale de l’irréversibilité de la souveraineté marocaine sur le territoire.
2025 : l’année de résolution d’un conflit anachronique
L’année 2025, qui coïncide avec le cinquantenaire de la Marche Verte, apparaît comme un moment charnière pour la résolution définitive de ce conflit. La convergence des intérêts internationaux, l’épuisement des alternatives au plan d’autonomie, et les risques croissants liés à la persistance du conflit créent une opportunité historique unique.
Face aux défis majeurs qui confrontent la région – instabilité au Sahel, pressions migratoires, menaces terroristes, transition énergétique – la persistance d’un conflit gelé aux portes de l’Europe apparaît désormais comme un luxe que la communauté internationale ne peut plus se permettre.
La démission probable de Staffan de Mistura ne marquera donc pas simplement l’échec d’une médiation personnelle, mais plus fondamentalement la fin d’un paradigme de résolution obsolète, ouvrant la voie à une approche plus réaliste et pragmatique reconnaissant les nouvelles réalités géopolitiques régionales et internationales.








